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Le renouveau des connaissances géographiques

Commentaire sur l’Apocalypse
Le renouveau des connaissances géographiques
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Le 15e siècle est une période de renouveau des connaissances géographiques qui rompt avec la tradition médiévale. Cette avancée est particulièrement frappante s’agissant de la connaissance de l’océan Indien. Les représentations de l’océan Indien témoignent en effet des échanges et des transferts de savoir entre Orient et Occident depuis la cartographie antique jusqu’à l’époque moderne. L’océan Indien était déjà décrit par les géographes grecs et romains. Ce savoir antique fut transmis et interprété de manières diverses. Jusqu’au 13e siècle, les mappemondes des géographes chrétiens montrent le plus souvent la répartition de l’Europe, de l’Afrique et de l’Asie autour de la Méditerranée. Le Moyen Âge reprenait la partition du globe en cinq zones proposée par Parménide au 5e siècle avant J.-C. – une zone torride, deux tempérées et deux glaciales. Seule une zone est habitée. La plupart des représentations médiévales ne considèrent que la terre habitée : ce sont les « mappemondes ». Parfois, leur forme ovale, en « chlamyde », vient rappeler qu’elles ne figurent qu’une partie de la surface du globe terrestre. Dès le 8e siècle, les représentations schématiques de la terre habitée prennent la forme dite du « T dans l’O » : les trois parties, inscrites dans le O de l’anneau océanique, sont séparées par le T dont la hampe figure la Méditerranée et les branches représentent deux fleuves : l’une, le Tanaïs, limite traditionnelle entre l’Europe et l’Asie ; l’autre, le Nil, partage ordinaire de l’Asie et de l’Afrique. Ce monde est fini, clos par le cercle océanique infranchissable.

Les mappemondes sont souvent orientées vers l’est, c’est-à-dire vers le soleil levant, orientation cardinale qui prend valeur théologique par analogie avec le Christ, vrai soleil et lumière véritable. L’Orient et le Paradis terrestre sont placés en haut. On voit ici Ève cueillir la pomme sur l’arbre de la connaissance, Adam à ses côtés. Le serpent est enroulé sur l’arbre. Quatre fleuves naissent du Paradis : le Gange, l’Indus, le Tigre et l’Euphrate. À l’est du jardin d’Eden, un texte évoque l’Inde « célèbre pour ses gemmes et ses éléphants… où abondent l’or et l’argent. La terre, dit-on, produit deux récoltes par an. On y trouve des hommes de toutes les couleurs, d’énormes éléphants et des dragons, ainsi que des monocéros, des perroquets, du bois d’ébène, de la cannelle… ».

Sur cette représentation, l’océan, dans lequel on voit nager des poissons, entoure la Terre. Parmi les îles présentes dans l’océan, la Grande Bretagne est reconnaissable en bas à gauche aux emblèmes de cinq de ses villes. La Méditerranée, reliée à l’océan, sépare l’Europe de l’Afrique. L’océan Indien, confondu avec la mer Rouge, occupe le sud de la carte. Une grande île jaune apparaît à l’extrémité est de la mer rouge, Trapobane, ancien nom de Ceylan. Plus à droite, on perçoit l’esquisse d’un quatrième continent, ou antipode. Cette mappemonde illustre le prologue du commentaire de l’Apocalypse composé par le moine espagnol Beatus de Liebana. L’abbaye de Saint-Sever, en Gascogne où le manuscrit fut copié vers 1060, occupe une place remarquable dans la mappemonde. Ce manuscrit est d’ailleurs connu sous le nom de Beatus de Saint-Sever.

© Bibliothèque nationale de France

  • Date
    Vers 1060
  • Auteur(es)
    Beatus de Liebana
  • Description technique
    Manuscrit enluminé sur parchemin, 36, 7 x 28, 6 cm
  • Provenance

    BnF, département des Manuscrits, Latin 8878, f. 45v-46

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm5062002942