Portraits, figures et dessins fantasques de Victor Hugo

Bibliothèque nationale de France
Adèle au cerceau
Deux autres portraits contemporains d’Adèle figurent dans le même recueil.
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Des portraits-charges

"Admire Napoléon III"
La légende de cette caricature tourne en dérision la cible favorite de Hugo.
© Bibliothèque nationale de France
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Que recouvre le terme de « figurines » ? Vraisemblablement cette collection de charges réalisées à partir de la fin de l'exil et visant pour la plupart l'ordre établi : avocats, juges, magistrats et militaires dans le « Théâtre de la Gaîté », et, à travers « Le Poème de la sorcière », dévots et inquisiteurs. Le souvenir de l'œuvre de Goya, que Victor Hugo cite dès 1830, est certainement présent dans cette série de caricatures.
Dans ces portraits-charges, quelques constantes se retrouvent : des profils dans la majeure partie des cas, une extrême simplification du dessin. Certains sont ombrés, quelques-uns légendés.
Après 1835, la veine caricaturale de Hugo s'estompe quelques temps, pour reprendre dans les dernières années de l'exil, à partir de 1864 environ.
Personnages de romans
C'est aussi en forçant le trait que Victor Hugo croque ses personnages de roman. Ainsi, le personnage, saisi de profil, l'index levé comme un prophète, pourrait bien être l'Homme-qui-rit. Car le monstre, comme le juste, comme le poète ne sont-ils pas les visionnaires du siècle ?

Personnage de profil à gauche
« Deux yeux pareils à des jours de souffrance ; un hiatus pour bouche, une protubérance camuse avec deux trous qui étaient les narines, pour face un écrasement, et tout cela ayant pour résultante le rire, il est certain que la nature ne produit pas toute seule de tels chefs-d'œuvre […] de cette sculpture puissante et profonde était sorti ce masque, Gwynplaine. »
Comme nombre de ses contemporains, Victor Hugo s’est intéressé au crétinisme, fléau qui sévissait alors dans les régions montagneuses. "Dans la balance de Dieu toute la création inanimée pèse moins qu’un crétin./ Le rire./ Qui sait si cet éclair de joie dans cette âme douloureuse pleine de ténèbres ne vaut pas aux yeux du Seigneur l’éternelle clarté du soleil sur les tours éternelle du Marboré." C’est bien dans cette association de la douleur et du rire que réside, semble-t-il, le noyau de L’Homme qui rit. Ce dessin est inspiré d’un portrait représentant un goîtreux par l’alpiniste anglais Edward Wymper.
Bibliothèque nationale de France
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Gavroche à onze ans
« C'était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l'air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la fayousse, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais comme les chats et les passereaux, gaîment, riait quand on l'appelait galopin, se fâchait quand on l'appelait voyou. Il n'avait pas de gîte, pas de pain, pas de feu, pas d'amour ; mais il était joyeux parce qu'il était libre. »
Dans les ébauches des Misérables, nombreuses sont les définitions de Gavroche : "le gamin de Paris, c’est le peuple enfant ayant au front la ride du monde vieux" ; ou encore : "le gamin de Paris est l’homuntio de Plaute. C’est Rabelais petit". Gavroche est sans doute aussi le personnage le plus représenté dans l’œuvre graphique de Victor Hugo, dans les circonstances de la vie les plus diverses : "à six ans", "rêveur", jouant avec Jehan Frollo...
© Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet
© Maisons de Victor Hugo / Roger-Viollet
Dessins fantasques
Les dessins « fantasques » gardent aujourd'hui encore tout leur mystère. La présence de spectres, d'êtres hybrides qui tiennent de l'humain, de l'animal, du végétal, du minéral, les situe dans la mouvance des Tables. Mais il ne s'agit pas de dessins spirites : ils ont tous été réalisés entre 1856 et 1857, à Guernesey, alors que le cercle Hugo avait cessé d'interroger les esprits. De plus leur tracé, comme l'ont fait remarquer Joumet et Robert, est très différent de celui, hésitant, des Tables.

Carnet oblong, 15 mars - 18 avril 1856
Quelques pages manuscrites figurent dans ce carnet, mais la plus grande partie en est dédiée aux créations fantasques qui ont marqué les années 1856-1857. Les légendes sont rares, mais disent assez la variété de l’inspiration de l’ensemble : "V’là mon p’tit", "Harpiste ou Harpie", "Discussion", "Constellationes", "La chiffonière Mors", "Miss visitée par son succube", "Nox", "Docens"... Les dessins de musiciens sont cependant les plus nombreux.
© Bibliothèque nationale de France
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Carnet oblong, 15 mars - 18 avril 1856
Quelques pages manuscrites figurent dans ce carnet, mais la plus grande partie en est dédiée aux créations fantasques qui ont marqué les années 1856-1857. Les légendes sont rares, mais disent assez la variété de l’inspiration de l’ensemble : "V’là mon p’tit", "Harpiste ou Harpie", "Discussion", "Constellationes", "La chiffonière Mors", "Miss visitée par son succube", "Nox", "Docens"... Les dessins de musiciens sont cependant les plus nombreux.
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Toutes sortes d'hypothèses ont été avancées : dessins exécutés de la main gauche ? influencés par le découpage dentelé des côtes guernesiaises ? par la forme des nuages ? ou par ces cartes de géographie à forme anthropomorphique que l'on reproduisait au 19e siècle en France mais surtout en Angleterre ? dessins inspirés par les conversations familiales à Guernesey ? tracés d'un seul trait comme ceux de Michaux : « Une ligne plutôt que des lignes. Ainsi je commence, me laissant mener par une, une seule, que sans relâcher le crayon de dessus le papier je laisse courir, jusqu'à ce qu'à force d'errer sans se fixer dans cet espace réduit, il y ait obligatoirement arrêt. [...] Ce qu'on voit alors est un dessin comme désireux de rentrer en lui-même. » ?

Le Suisse de la cathédrale se tenait sur la première marche
Ce carnet oblong de 1857 contient des notes variées et dix-sept dessins au crayon et à l’encre. Ce personnage chamarré, à grosse tête au contour déchiqueté, est très proche des musiciens "fantasques".
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Carnet oblong, 15 mars - 18 avril 1856
Quelques pages manuscrites figurent dans ce carnet, mais la plus grande partie en est dédiée aux créations fantasques qui ont marqué les années 1856-1857. Les légendes sont rares, mais disent assez la variété de l’inspiration de l’ensemble : "V’là mon p’tit", "Harpiste ou Harpie", "Discussion", "Constellationes", "La chiffonière Mors", "Miss visitée par son succube", "Nox", "Docens"... Les dessins de musiciens sont cependant les plus nombreux.
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Tous ces dessins s'organisent autour de plusieurs thèmes. Les musiciens sont les plus nombreux. Si on les réunissait, ce serait un orchestre entier que l'on recomposerait où figureraient choristes, instruments à cordes et instruments à vent. Victor Hugo fait d'ailleurs preuve d'une grande connaissance dans ce domaine, reproduisant des instruments créés depuis peu. La musique occupait une place importante dans la vie de Hauteville House : Adèle jouait du piano et composait ; en outre, les concerts donnés à Jersey par Augustine Allix et le violoniste Édouard Réményi se poursuivirent à Guernesey. Ces dessins traduisent-ils la vibration du son ? S'inscrivent-ils dans des recherches sur la cadence, telles celles accomplies par Paul Klee dans La Pensée créatrice ?
Parmi les autres thèmes récurrents figure l'évocation de rapports entre adultes et enfants. Des silhouettes féminines apparaissent aussi, toujours représentées en compagnie d'un perroquet – qu'il faut parfois identifier dans les plis d'une robe – et d'un éventail : ces attributs sont-ils là pour caricaturer la coquetterie ? Satyres, esprits des bois, mages, sorcières enfin, hantent aussi toutes ces pages.
Provenance
Cet article provient du site Les Essentiels de la littérature (2015).
Lien permanent
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