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Émile Zola : art de l'écrivain, art du peintre

Portrait d’Émile Zola par Édouard Manet
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Dans son projet des Rougon-Macquart de 1868, Zola classe la société contemporaine en quatre mondes : le peuple, les commerçants, la bourgeoisie et le grand monde. Dans un cinquième « à part », il range l’artiste, avec la putain, le meurtrier et le prêtre. Ce monde des artistes, Zola le connaît bien : dès l’adolescence, avec son inséparable camarade Paul Cézanne, il s’interroge sur l’art, la poésie et la création artistique. À son arrivée à Paris en 1858, c’est dans un milieu d’artistes qu’il évolue, grâce aux relations d’amis peintres aixois échoués comme lui dans la capitale. Avec Cézanne toujours, il court les ateliers, l’Académie suisse, les musées et les Salons, et fait la
connaissance entre autres de Manet, Monet, Renoir, Fantin-Latour et Sisley, qu’il retrouve au café
Guerbois autour de discussions enflammées. Jusqu’en 1870, le jeune homme, qui rêve de poésie et de littérature, ne fréquente que des peintres et, qui plus est, l’avant-garde artistique : sa formation intellectuelle, sa carrière et sa conception de l’écriture en seront profondément influencées. Devenu le porte-parole de ses amis, il se fera un nom
dans la critique d’art et publiera de nombreux ouvrages critiques. Pour l’écriture de ses romans, il s’inspirera beaucoup du travail des peintres (dans ses prises de notes « sur le vif », dans le choix de ses sujets, dans ses techniques descriptives… ) ; enfin, les thèmes de l’art, de l’artiste et de la création artistique sont récurrents dans son oeuvre romanesque : « Une farce », nouvelle écrite en 1877, met en scène une bande d’artistes qui ressemble fort à la sienne. En 1880, « Madame Sourdis » est une réflexion sur la création artistique et sur la répartition du féminin et du masculin dans le tempérament de l’artiste… L’amant de Thérèse Raquin, Laurent, est un artiste raté qui retrouve une inspiration de génie après le meurtre qu’il commet. Dans L’Œuvre, enfin, publiée en 1886, Zola mêle ses souvenirs de jeunesse à ses propres doutes et réflexions sur la création, et sur les liens qu’elle établit avec l’impuissance, la folie et la mort. Si l’art et l’artiste sont des thèmes alors à la mode – abordés notamment par Balzac dans Le Chef d’Œuvre inconnu et par les Goncourt avec Manette Salomon – , ils trouvent une résonance particulière chez Zola, qui y introduit à la fois son expérience douloureuse de créateur, ses souvenirs de jeunesse et ses idéaux.

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