Le héros médiéval-fantastique

© Blizard, World of Warcraft
World of Warcraft
Le jeu massivement multi-joueurs au sein d'univers persistants a permis d'explorer de nouvelles directions dans la pratique du jeu de rôle. Cette forme collective de récit est à l'origine l'expression d'une construction héroïque, entre théâtre et improvisation, sur des bases réglées et chiffrées de détermination d'actions basiques telles que le mouvement ou le combat. Le jeu de rôle apparaît dans les années 1970 et influence nettement le jeu vidéo qui lui fait suite. Le rapport s'inverse avec la mise en place des services de jeux en réseaux. Désormais, pour plus de six millions d'abonnés en ligne aux différents serveurs de World of Warcraft, le joueur construit sa destinée à travers un avatar agissant en son nom, face aux projections de l'ensemble des joueurs. La volonté des concepteurs n'est plus là que pour animer et fournir un support à des tentatives de recomposition d'une identité censée se surpasser d'abord face aux autres. Tout humain qui se projette dans le jeu via Internet est appelé à devenir un héros jugé par ses pairs. L'espace social parallèle - à la fois extension et fantasme du quotidien - se trouve renforcé par une immersion en temps réel ressentie comme potentiellement infinie.
© Blizard, World of Warcraft
Proche du précédent par les supports privilégiés d’héroïsation : bande dessinée, cinéma, jeux vidéo, mais aussi jeux de rôle, jeux en ligne massivement multijoueurs, le héros médiéval-fantastique découle de la fantasy anglo-saxonne. Il nourrit le concept du « Livre dont vous êtes le héros » et a favorisé l’essor des jeux de rôle, en réel ou sur écran. Le héros médiéval-fantastique emprunte ses caractéristiques et son environnement principalement au monde des chansons de geste (cycle arthurien, matière de Bretagne), aux récits merveilleux ou fantastiques et parfois à de multiples civilisations fondues dans un syncrétisme puissant et imaginatif (City of heroes, World of Warcraft). Le Seigneur des anneaux de Tolkien en est l’exemple contemporain le plus frappant, avec la synergie populaire et commerciale créée autour des livres, films, objets dérivés, jeux vidéo et sites internet.

L'univers de Tolkien
C'est en 1954-1955 que le vénérable professeur J. R. R. Tolkien (1892-1973), titulaire d'une chaire de langues anciennes à Oxford, publie The Lord of the Rings (Le Seigneur des anneaux), qui réactive en le renouvelant l'univers des grandes épopées médiévales. Ce récit utilise une structure romanesque qui va servir de base à la plupart des livres de fantasy, genre occupant une place croissante dans la production littéraire. Il relate comment un groupe d'individus, souvent jeunes et inexpérimentés, se rencontrent et unissent leurs forces dans une quête mystique ; après de périlleuses épreuves contre les forces du Mal et la magie du Chaos, ils finissent par triompher et sauver le monde des forces des Ténèbres. Ce récit d'aventures est aussi un roman d'apprentissage. On y trouve entre autres les grands types de héros : le preux chevalier, champion du Bien, romantique, vaillant et audacieux (Aragorn), le mentor qui structure la quête et joue le rôle du père (Gandalf), ou l'homme placide mais déterminé qui puise au plus profond de lui-même pour forger son destin (Frodon). R.M.
© 2004-2007 Blizzard Entertainment, Inc. Tous droits réservés. Blizzard, Blizzard Entertainment, World of Warcraft et Warcraft sont des marques ou des marques déposées de Blizzard Entertainment, Inc. aux Etats-Unis et/ou dans d'autres pays.
© John Howe / Reproduced courtesy of HarperCollins Publishers
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À l’issue d’un panorama où se côtoient des personnalités historiques dignes d’admiration et d’estime et des créatures imaginaires incarnant des valeurs que chacun pourra confronter à ses modèles personnels, la plasticité contemporaine du concept de héros peut tout autant surprendre les uns qu’elle désolera les autres. En raison d’une surmédiatisation agressive, la fabrique héroïque nous impose l’omniprésence de figures au culte envahissant. Sans doute pouvons-nous nous réjouir d’avoir encore, dans nos sociétés, la possibilité de rejeter ou d’accepter certains modèles, d’en choisir d’autres, plus proches, plus personnels. La liberté, comme Saint-Exupéry de nous poser encore cette question : « Si la vie humaine n’a pas de prix, nous agissons toujours comme si quelque chose dépassait, en valeur, la vie humaine… Mais quoi ? »