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Focus

Le héros humanitaire

9-11, September 11 th 2001. The world's finest comic book writers and artists tell stories to remember
9-11, September 11 th 2001. The world's finest comic book writers and artists tell stories to remember

© 2001 DC Comics /D. R.

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Face à l'effondrement du héros guerrier se battant pour sa partie se dresse une figure nouvelle : celle de l'humanitaire, luttant contre la misère, à l'image de Mère Teresa ou de l'abbé Pierre. Des figures héroïques qui brouillent parfois les cartes.
L'abbé Pierre et Bernard Kouchner, en avion, au cours d'une mission vers l'ex-Yougoslavie
L'abbé Pierre et Bernard Kouchner, en avion, au cours d'une mission vers l'ex-Yougoslavie
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© Alexis Duclos / Gamma

Comment concilier aujourd’hui l’engagement physique, la violence de l’action héroïque et les valeurs humanistes et pacifistes prédominantes, notamment en Europe ? Disqualifier le héros revient à répéter sa condamnation par la philosophie des Lumières : « La patrie d’un sage est la Terre, son héros est le genre humain ». Prôner l’action non violente, en particulier celle de l’activiste humanitaire, des forces de maintien de la paix, du militant des droits de l’homme correspond davantage au choix de nos contemporains, notamment des jeunes Français.

Mère Teresa, religieuse catholique fondatrice de l’ordre des Missionnaires de la charité, béatifiée en 2003, et Henri Grouès, l’abbé Pierre, décédé en 2007, s’inscrivent, par leur lutte active contre la misère, dans cette catégorie qui essaie de conjuguer humanisme et héroïsme. Les positionnements politiques sont variés mais le vocabulaire est toujours celui de la bataille : l’« insurrection de la bonté » déclenchée par l’abbé Pierre en 1954, les combats pour témoigner ou sauver des vies.

Souvent forte, la médiatisation est nécessaire pour recueillir des fonds, pour la plupart privés. Elle peut entraîner des dérives, un brouillage entre héroïsme et célébrité (Lady Diana), des querelles d’opportunité (Médecins sans frontières, en 1979).

Deux professions confrontées au danger réconcilient héroïsme et humanisme et fournissent sans conteste des sujets d’admiration : pour le journaliste, c’est le combat pour l’information, la défense des droits de l’homme, la démocratie (James Nachtwey, reporter de guerre, Anna Politkovskaïa, journaliste assassinée, spécialiste de la Tchétchénie) ; pour le pompier, héros collectif extrêmement populaire, c’est l’éternel combat du soldat du feu et le sauvetage de vies humaines.

James Nachtwey, War photographer
James Nachtwey, War photographer
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© David Turnley / Corbis

À ces personnages réels correspond une production culturelle de masse qui double dans le domaine de la fiction les actions réelles sur le terrain. Citons, parmi d’autres, le personnage de Docteur Justice, attaché à l’Orgaisation mondiale de la santé, les pompiers new-yorkais, héroïsés par les dessinateurs de comics américains après le 11 septembre 2001, ou Food Force, « premier jeu vidéo humanitaire éducatif », sorti en 2005, soutenu par le Programme alimentaire mondial des Nations unies, et censé sensibiliser les enfants joueurs aux enjeux de la faim dans le monde.