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Bijoux et gemmes dans les littératures de l’imaginaire

© Copyright 1955 CS Lewis Pte Ltd, used with permission
Les anneaux voyageurs du Monde de Narnia
Les tomes du Monde de Narnia [The Chronicles of Narnia], écrits entre 1949 et 1954 par Clive Staples Lewis (1898-1963) font pénétrer le lecteur dans un monde magique. S'il fut le sixième à être publié, Le Neveu du Magicien est le premier de la série si l'on considère l'ordre chronologique des évènements qui s'y déroulent. Le bijou magique y occupe déjà une place de choix. Élaborés à partir de poussière magique par l’excentrique Andrew Ketterley, oncle de Digory, le jeune protagoniste, des anneaux permettent de voyager entre les mondes. Le magicien les teste sur des cobayes, des cochons-d’Inde, En touchant l’anneau jaune, on rentre ainsi dans le Bois d’Entre-les-Mondes, lieu de passage d’un royaume à l’autre. L’anneau vert permet quant à lui d’en sortir et de revenir sur Terre.
« " Comme tu t’éloignes toujours du sujet !" dit l’oncle Andrew. "C’est à cela que servaient les créatures. Je les avais achetées moi-même. Voyons voir… où en étais-je ? Ah, oui. J’ai enfin réussi à faire les anneaux : les anneaux jaunes. Mais une nouvelle difficulté est apparue. J'étais à peu près sûr, maintenant, qu'un anneau jaune enverrait toute créature qui le toucherait dans l'Autre Monde. Mais à quoi cela servirait-il si je ne pouvais pas les faire revenir pour qu'ils me disent ce qu'ils avaient trouvé là-bas ?" […]
"J’allais vous dire, quand vous m’avez si grossièrement interrompu, dit l’oncle Andrew, que j’ai enfin trouvé le moyen de faire le retour. Les anneaux verts nous ramènent en arrière.
"Mais Polly n’a pas d’anneau vert. "
"Non" dit l’oncle Andrew avec un sourire cruel. »
Traduction d’après Clive Staples Lewis, Le Neveu du Magicien [The Magician’s Nephew], New York, Macmillan, 1966, p. 12-13
© Copyright 1955 CS Lewis Pte Ltd, used with permission
La gemme, entre magie et filiation
Le merveilleux émaille les contes et les récits mythiques des civilisations humaines depuis le néolithique, toutefois c’est au 19e siècle que le fantastique et la fantasy apparaissent en tant que genres littéraires. Le fantastique se définit par l’irruption d’un élément merveilleux dans le réel. La fantasy dont le mot désigne, comme le signale l’anthologiste et essayiste Jacques Goimard (1934-2012), « la faculté de créer librement, sans contrainte » est un genre proche bien que différent. L’action se déroule dans un monde complétement imaginaire sans lien avec le nôtre. Par exemple, Harry Potter de J.K. Rowling est une œuvre fantastique alors que Le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien (1892-1973) est un roman de fantasy. Hérité du roman gothique anglais où l’élément surnaturel est angoissant et les récits horrifiques, c’est via la littérature jeunesse que fantastique et fantasy se développent lors de l’ère victorienne (1837-1901). Influencée par la redécouverte du folklore européen et par la collecte de contes et légendes, cette période de forte croissance industrielle, économique et également démographique motive, selon Anne Besson, une production littéraire à destination des plus jeunes – du moins au sein des classes les plus aisées de la société — laissant ainsi la part belle aux fées, aux mondes imaginaires et aux objets magiques dont le bijou fait partie. Il en est ainsi entre les lignes de La Princesse et le Gobelin de George MacDonald (1824-1905) de 1872 :
« Elle revint avec une petite bague dans la main. […]
"Donne-moi ta main " dit-elle.
Irène leva sa main droite.
"Oui, c’est la main que je veux" dit la dame et mit la bague à son index.
"Quelle belle bague ! dit Irène. Comment s’appelle la pierre ?"
"C’est une opale de feu"
"S'il vous plaît, dois-je le garder ?"
"Toujours."
"Oh, merci, grand-mère ! C’est plus beau que tout ce que je n’ai jamais vu, à l'exception de — de toutes les couleurs—sur votre—S'il vous plaît, est-ce votre couronne ?"
"Oui, c'est ma couronne. La pierre de ta bague est de la même sorte, mais elle est moins belle. Elle n'a que du rouge, mais la mienne a toutes les couleurs" » 1
Bracelets, bagues et gemmes mirifiques s’invitent également dans les récits de la période édouardienne (1901-1910) marquée par l’expansion de la littérature pour enfants. L’irlandais Bram Stoker (1847-1912), connu comme l’auteur de Dracula, invite le lecteur au coeur des mystères de l’Égypte ancienne avec Le Joyau des sept étoiles. Dans ce huitième roman écrit en 1903, Stocker raconte sur un ton fantastique comment une bague contenant un rubis étoilé désignée comme « la pierre aux sept étoiles » permet la résurrection de la reine égyptienne Tera, onzième souveraine de la dynastie thébaine.
Au 20e et 21e siècle, la gemme est également un réceptacle magique dans beaucoup de romans fantastiques et de fantasy. Dans La Prophétie des pierres (2002) de Flavia Bujor, le jour de leurs quatorze ans, trois adolescentes qui ne se connaissent pas reçoivent une pierre correspondant à leur prénom : Jade, Ambre et Opale. En unissant le pouvoir de leurs trois pierres, elles sont capables de prodiges. Elles parviennent par exemple à encourager via la pensée toute une ville à fuir alors que des gardes chargés de surveiller les remparts de la cité ont sombré dans un profond sommeil.
Le fantastique et la fantasy ne sont pas l’apanage des œuvres destinées aux enfants. La littérature adolescente (ou young adulte) représente l’une des évolutions éditoriales majeures de ces dernières années dans les littératures de jeunesse. Les genres de l’imaginaire y occupent une large place via des déclinaisons comme l’urban fantasy – où la magie et le merveilleux se manifestent dans notre monde actuel –, la romance paranormale – où un humain et un être merveilleux vont devoir lutter pour s’aimer –, la dark académie dont l’intrigue se situe au sein d’une université prestigieuse et souvent inquiétante, etc.
La série fantastique à destination des adolescents Gemme, de Geneviève Boucher, parue chez Kennes Édition en 2021, offre un autre exemple de représentation de pierre magique. L’héroïne se retrouve confrontée à une communauté d’êtres surnaturels ayant le pouvoir de « maîtriser la lumière ». La magie opère de diverses manières selon la pierre à laquelle elle est liée, à l’image des différents modes de réflexion de la lumière par les minéraux. Le type de gemme auquel est attaché un clan dépend du mois de naissance de ses membres – par conséquent, les naissances ne sont autorisées qu’un mois par an afin de se conformer à cette règle fondatrice –, une dimension qui dote la pierre d’une influence directe sur la filiation de cette société fictive.

La Prophétie des pierres
À la réception de leurs pierres respectives, les trois héroïnes de La Prophétie des pierres comprennent chacune de leur côté qu’elles ont été adoptées, la pierre dont elles héritent leur ayant été transmise par leurs mères.
« Les trois filles, serrant leur pierre, fixaient toutes leurs pensées sur la libération de Nathyrnn. Leurs joues se colorèrent car, sans s’en rendre compte, elles fournissaient un immense effort. Il se passa alors quelque chose de tout à fait imprévu. Les filles fermèrent simultanément les yeux. Et sous le regard ébahi d’Adrien, une sphère translucide se matérialisa autour d'elle, issue de nulle part. Le globe commença alors à s'élever dans l’air, contenant les trois filles qui flottaient à l'intérieur avec légèreté. {…) Elles ne s'étaient aperçues de rien. Une image s’imposait à elles, celle d'une foule franchissant les portes de la ville. Elles murmuraient des mots qu'elles ne connaissaient pas et projetaient des images dont le sens leur était inconnu. Quelque chose s'était emparé d’elles, et pourtant ce quelque chose semblait provenir du plus profond de leur âme. Sans le vouloir, elle transmettaient ces pensées à l’ensemble de la population de Nathrynn. »
Flavia Bujol, La Prophétie des pierres, France Loisirs Editions, 2003
© Éditions Anne Carrière
© Éditions Anne Carrière
La pierre précieuse ou fine comme outil de reconnaissance filiale est un fil rouge dans de nombreuses œuvres littéraires. Dans Stardust : le Mystère de l’étoile (1999) de l’écrivain anglais Neil Gaiman, le jeune héros, Tristan, rencontre une étoile, Yvaine — une charmante jeune femme qui n’a aucunement l’allure d’une roche céleste — tombée sur la terre après avoir été heurtée par une pierre. Le projectile ayant frappé Yvaine s’avère être un rubis magique que le roi, désespéré de voir ses héritiers se battre pour le trône, avait projeté haut dans le ciel avant de mettre ces derniers au défi de la retrouver. Le fils capable de venir à bout de cette quête sera désigné comme souverain. D’aventures en aventures, Tristan, toujours épaulé par Yvaine, retrouvera la pierre en premier. Lui qui pensait n’être qu’un simple villageois apprend alors qu’il est de sang royal, car seul un prince pouvait retrouver le rubis magique. La fin du récit se solde sur son accession au trône en tant que roi.
Dans Harry Potter, on relève la présence de nombreuses pierres et autres bijoux magiques au pouvoir plus ou moins positifs. Le collier d’opale (Harry Potter et le Prince de sang mêlé) par exemple a la réputation d’avoir tué dix-neuf moldus et ensorcelle une camarade du héros, Katie Bell, en la soumettant au sortilège de l’impérium, manquant ainsi de la tuer. La pierre philosophale de Nicolas Flamel est considérée comme l’objet le plus puissant des arts alchimiques. Elle transforme le plomb en or et offre l’immortalité, bien que le directeur de l'établissement où est scolarisé Harry, Dumbledore, nuance ce dernier aspect en déclarant que « les humains ont un don pour désirer ce qui leur fait le plus de mal ». Enfin, la bague de Gaunt permet à l’orphelin Tom Jédusor, futur Voldemort, grand antagoniste de la saga, de retrouver son père matricide et de se venger en le tuant. Il utilise ensuite la bague pour créer un horcrux afin d’atteindre son but suprême : vaincre la mort et mettre en place, grâce à sa longévité, son projet d'anéantissement des moldus et autres « sang de bourbe » (respectivement non-sorciers et sorciers dont les parents sont non-sorciers). Ce bijou est orné de la pierre de Résurrection, une gemme d’un noir mat rappelant l’onyx. Cette pierre est également une relique de la mort qui offre la possibilité de communiquer avec les défunts. Le bijou est connu de Voldemort grâce au Conte des trois frères, récit tiré des Contes de Beedle le Barde inventés par J.K Rowling au sein de son propre monde imaginaire. Celui-ci décrit comment trois frères réussissent à vaincre la mort.
L’anneau et le pacte magique
L’exemple le plus populaire d’anneau magique au sein de la littérature fantasy reste bien évidemment les anneaux de pouvoirs du Seigneur des Anneaux publié en 1954 par John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973). Les anneaux de pouvoir sont forgés en mithril, l’« argent de la Moria ». Les arborer dote leur propriétaire d’incroyables facultés mais le frappe également d’une forme de malédiction. Les anneaux des nains décuplent la ténacité et la volonté de leur porteur mais nourrissent également une obsession abyssale pour la richesse et le désir de possession. Ceux des hommes offrent une longévité exceptionnelle à celui qui les possèdent, mais celui qui le garde trop longtemps s’enlise du côté des ombres et se métamorphose en Nazgûl, un « spectre de l’anneau » soumis à Sauron dont l’aura maléfique a empoisonné les anneaux de pouvoirs distribués aux nains et aux hommes lors de leur fabrication.

Le forgeage de l'anneau
« Frodon le reçut dans sa paume contractée : l’objet semblait être devenu plus épais et plus lourd que jamais.
— Élevez-le ! dit Gandalf. Et regardez attentivement.
Le faisant, Frodon vit alors des lignes fines, plus fines que les plus fins traits de plume, qui couraient le long de l’anneau, à l’extérieur et à l’intérieur : des lignes de feu qui paraissaient former les lettres d’une gracieuse inscription. Elles brillaient d’un éclat perçant et pourtant lointain, comme d’une grande profondeur.
— Je ne puis lire les lettres de feu dit Frodon d’une voix mal assurée.
— Non, dit Gandalf, mais moi je le peux. Les lettres sont de l’elfique, d’un monde antique, mais la langue est celle du Mordor, que je ne veux prononcer ici. Voici toutefois en langue commune ce que cela dit, assez littéralement :
"Un Anneau pour les gouverner tous. Un Anneau pour les trouver.
Un Anneau pour les amener tous et dans les ténèbres les lier."
Ce ne sont que deux vers d’un poème depuis longtemps connu dans la tradition elfique :
"Trois Anneaux pour les Rois Elfes sous le ciel,
Sept pour les Seigneurs Nains dans leurs demeures de pierre,
Neuf pour les Hommes Mortels destinés au trépas,
Un pour le Seigneur des Ténèbres sur son sombre trône,
Dans le pays de Mordor où s'étendent les Ombres
Un Anneau pour les gouverner tous
Un Anneau pour les trouver
Un Anneau pour les amener tous,
Et dans les ténèbres les lier
Au pays de Mordor où s’étendent les ombres »
John Ronald Reuel Tolkien, « La Communauté de l’anneau » dans Le Seigneur des anneaux, traduction de Francis Ledoux, Christian Bourgeois Éditeur, 1972, p.66-67
© Alan Lee/Éditions Bourgeois
© Alan Lee/Éditions Bourgeois
Dans La Malédiction de l’anneau d’or (2017) écrit par Fred Bernard et illustré par François Roca, Cornélia, une orpheline aveugle, parvient à retirer un anneau magique d’un socle de pierre dont le bijou est prisonnier depuis des siècles. Si celui-ci lui confère d’inquiétants pouvoirs, il l’éloigne aussi bien émotionnellement que géographiquement de son amie d’infortune, la douce Virginia puisqu’ elle est emmenée par un prétendu chevalier pour être désenvoutée. Le chevalier se révèle être un traître qui souhaite profiter des pouvoirs de la jeune femme. Une fois adulte, Virginia qui part à la recherche de Cornélia découvre que son amie est devenue la sorcière voleuse d’enfants d’un autre conte Anya et le Tigre blanc (2015). En contrepartie du pouvoir qu’elle tire de l’anneau, Cornélia a perdu la capacité d’enfanter, ce qui l’a amené à commettre ces terribles enlèvements. Virginia l’aide à se débarrasser de l’anneau, retrouvant ainsi son ancienne amie et sa personnalité originelle.
S’il est parfois décrit comme protecteur, le bijou magique peut tout aussi bien détruire son porteur…et le monde. Ce sont donc des objets puissants, à l’image des talismans, réceptacle magique par excellence.
Dans l’album Le Talisman du loup (2020) de Myriam Dahman et Nicolas Digard, illustré par Julia Sarda, le bijou offre la parole à un loup craint de tous qui se cache chaque soir pour écouter une jeune femme chanter. Mais un soir, touchée par un deuil, la jeune fille cesse ses chansons et le Loup, cherchant un moyen de la consoler, gagne le don de parole en recevant un talisman magique. S’il dissimule son apparence les premiers temps pour parler à son amie, craignant qu’elle soit effrayée par sa nature, un lien durable et fort s’installe entre eux deux, une amitié qui perdure y compris lorsque la jeune fille découvre que son interlocuteur nocturne est un grand loup noir. Ici, la magie du talisman permet à deux êtres solitaires de se rencontrer, au-delà des préjugés et de la peur de l’autre.
S’il est doté d’une aura très positive dans cet exemple, le talisman peut devenir diabolique en offrant des pouvoirs dangereux à son porteur, mais également dans sa conception même. Le court roman de Florence Aubry, Le garçon talisman (2012), paru au Rouergue illustre à merveille cette thématique. L’intrigue se déroule dans un pays et une époque qu’on ne nomme pas. Le lecteur suit les aventures de trois personnages : Val qui essaie de sauver sa sœur plongée dans le coma et pour qui la médecine traditionnelle ne peut rien, Joseph, un ancien orpailleur esseulé et fauché, et Heinrich qui se cache pour survivre en attendant de pouvoir monter à bord d’un bateau qui l’emmènera loin de ce pays où il est traqué pour ses cheveux, mais aussi pour sa peau, ses os… Sans jamais la nommer, l’auteur témoigne de la chasse dont sont victimes les enfants albinos en Tanzanie, pourchassés pour créer des talismans avec des morceaux de leur corps. En mettant en relation trois personnages aux besoins très différents autour du talisman, ce récit interroge notre humanité quand on se retrouve confronté au pire, mais également la force — parfois dévastatrice — de nos croyances.
La pierre et le métal sont entièrement clos sur eux-mêmes, ne désignant aucune individualité précise et non modifiables du fait de leur dureté, ils sont malgré tout forcés de servir une personnalité.
Capable du meilleur comme du pire, « l'auryn », le médaillon de L’Histoire sans fin, roman de fantasy de l’écrivain allemand Michael Ende (1929-1995) publié en 1979, est un bon exemple de la dualité inhérente aux objets magiques. Comme l’anneau, il est à la fois positif, car créateur d’univers, et négatif, car plus le héros l’utilise, plus il perd la mémoire et devient avide de pouvoir.

Atreyu portant l'« Auryn » dans l'adaptation au cinéma de L'Histoire sans fin
L’Histoire sans fin de Michael Ende raconte une double histoire, celle de Bastien, jeune garçon qui découvre un livre magique et celle du Pays Fantastique, rapportée dans le livre en question, dirigé par une enfant chétive, la Petite Impératrice qui tente de lutter contre la disparition de son univers rongé par le « néant » en chargeant Atreiu, enfant guerrier, de trouver l’enfant humain capable de sauver leur monde. Bastien qui « bascule » littéralement dans l’histoire est cet enfant. Il s’acquitte de sa mission, mais le Pays Fantastique étant presque anéanti, il doit le recréer grâce à l’Auryn qui exauce les vœux. Bastien reconstruit ce monde au fil de ses rêves et de ses aventures, mais, grisé par tant de puissance, il tente de détrôner la Petite Impératrice. Atreju l’en empêche, mais il est trop tard, Bastien est réduit à une coquille vide, car à force d’utiliser l’Auryn, il a perdu tous ses souvenirs de petit garçon humain. Il aura besoin de l’aide de son ami pour recouvrer un souvenir suffisamment puissant pour le relier à sa vie humaine et regagner son monde.
© Photo12/7e Art/Neue Constantin Film
© Photo12/7e Art/Neue Constantin Film
Magique, puissant, le bijou enchanté est ambivalent. Il tire son pouvoir d’un imaginaire collectif fort qui s'est construit au fil des siècles autour des gemmes, des métaux et de leurs propriétés. Mais c'est uniquement grâce à son porteur qu'il peut déployer sa puissance. En ce sens, on rejoint le propos du philosophe et sociologue Georg Simmel (1858-1918) dans son ouvrage de référence La Parure (1908). Il avance que « la pierre et le métal sont entièrement clos sur eux-mêmes, ne désignant aucune individualité précise et non modifiables du fait de leur dureté, ils sont malgré tout forcés de servir une personnalité ». Le bijou magique en lui-même n’est ni bon, ni mauvais. Seul son détenteur peut l’orienter vers le mal ou le bien, vers la destruction ou la création. Dans les littératures de l’imaginaire, et c’est d’autant plus vrai en littérature jeunesse, le bijou nous enseigne que sa faculté véritable est celle que nous voulons bien lui donner, nourri de nos failles, de nos angoisses et surtout de nos rêves en tant que simple être humain. Il accompagne le héros dans sa quête initiatique, lui permettant d'éprouver les conséquences de ses actes et, par eux, de dessiner les contours du futur adulte qu’il deviendra.

Intaille magique
L’aspect même du bijou est représentatif de son ambivalence : deux serpents, l’un sombre et l’autre lumineux, s’entrelacent en un signe rappelant le motif de l’ouroboros. Ce symbole, attesté en Mésopotamie et dans l’Égypte ancienne évoque l’infini et la création cosmique, l’éternel recommencement. L’auryn permet à Bastien de recréer le Pays fantastique dévoré par le néant, unissant, comme l’ouroboros, le tout et le rien, l’obscurité et la lumière. Ce bijou serpent est intéressant car le serpent renaît perpétuellement en opérant sa mue, il reste le même tout en évoluant - symboliquement du moins - à chaque changement de peau. L’Histoire sans fin, comme beaucoup d'œuvre jeunesse, est avant tout un récit initiatique qui permet à Bastien de grandir. En retrouvant ses souvenirs d’enfance et en redevenant lui-même, il se prépare pour la nouvelle aventure qui l'attend dans le monde réel : l’adolescence.
Bibliothèque nationale de France
Bibliothèque nationale de France
Provenance
Cet article a été conçu dans le cadre d'un partenariat avec l'École des Arts Joailliers, soutenue par Van Cleef & Arpels.
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