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Marco Polo, Livre des merveilles du monde

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Le Livre des Merveilles

Le Livre des Merveilles

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Contreplat supérieur avec la cote du manuscrit

 

Le Livre des Merveilles


Fol. A : Ex-libris du duc de Berry, tracé à la plume par son secrétaire Jean Flamel
 

Fol. A : Ex-libris du duc de Berry, tracé à la plume par son secrétaire Jean Flamel
 

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Le duc de Bourgogne Jean sans Peur (1371-1419) est le commanditaire du manuscrit. Il en fit cadeau à son oncle, le duc Jean de Berry (1340-1416), célèbre bibliophile, pour les étrennes en 1413.
Le manuscrit est ensuite détenu par Jacques d’Armagnac (1433-1477), duc de Nemours, lui aussi grand bibliophile, avant d'entrer dans la Bibliothèque Royale sous François Ier

 

Fol. A : Ex-libris du duc de Berry, tracé à la plume par son secrétaire Jean Flamel
 
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Fol. A : Ex-libris du duc de Berry, tracé à la plume par son secrétaire Jean Flamel
 

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Le duc de Bourgogne Jean sans Peur (1371-1419) est le commanditaire du manuscrit. Il en fit cadeau à son oncle, le duc Jean de Berry (1340-1416), célèbre bibliophile, pour les étrennes en 1413.
Le manuscrit est ensuite détenu par Jacques d’Armagnac (1433-1477), duc de Nemours, lui aussi grand bibliophile, avant d'entrer dans la Bibliothèque Royale sous François Ier

 

Fol. A : Ex-libris du duc de Berry, tracé à la plume par son secrétaire Jean Flamel
 


Le Livre des Merveilles

 

Le Livre des Merveilles
 

Le Livre des Merveilles
 
Fol. 1 : Les frères Nicolo et Maffeo Polo quittent Constantinople
 

Fol. 1 : Les frères Nicolo et Maffeo Polo quittent Constantinople
 

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Le Livre des Merveilles commence par un bref récit du voyage que le père de l'auteur, Niccolo, et son oncle Maffeo, ont entrepris en 1260 et non en 1252 comme l'indique le texte. Marco, né en 1254, est alors trop jeune pour les accompagner. « Nobles, sages et avisés », les deux marchands vénitiens se sont embarqués sur un de leurs vaisseaux « chargé de marchandises variées et précieuses ». Ils voguent sans encombre jusqu'à Constantinople où ils font une escale fructueuse en négoce, puis se rendent au port de Soudak sur la mer Noire afin « d'accroître leurs gains et leurs profits ». Ils vont sans doute rejoindre leur frère aîné, Marco « le vieux », qui est installé dans ce comptoir vénitien de Crimée.

En 1260, Constantinople est la capitale de l’Empire latin créé en 1204, à la suite du pillage de Byzance par les Croisés. Les Vénitiens y possèdent une colonie depuis de nombreuses années, ainsi que des comptoirs dans tout l’est de la Méditerranée et jusqu’en Crimée. Les Polo sont des marchands installés à Constantinople depuis une génération, ils sont aisés sans être richissimes. Cependant les privilèges et positions des Vénitiens, principaux appuis de l’Empire latin, se heurtent de plus en plus à ceux de Génois, alliés à Michel VIII Paléologue, empereur byzantin de Nicée rêvant de reprendre l’ancienne capitale impériale.
Quand en 1261, les Byzantins reprennent Constantinople, les Polo sont en Crimée. Ne pouvant rentrer chez eux, ils décident d’aller vers l’Est et de s’enfoncer dans les terres des Mongols, que des missionnaires avaient commencé à explorer.

Ici commence le Livre des Merveilles de la Grande Asie, de la Petite et de la Grande Inde, et des diverses régions du monde

Pour connaître l'exacte vérité des différentes régions du monde, prenez ce livre, et écoutez-en la lecture. Vous y apprendrez les fabuleuses merveilles de la Grande Arménie, de la Perse, du pays des Tartares et de l'Inde. Tout cela, et bien d'autres choses encore, notre livre vous le racontera dans l'ordre et en détail, suivant le propre récit qu'en fit Marc Polo, sage et noble citoyen de Venise. Il en fut le témoin. Ce qu'il ne vit pas lui-même, il le connut de sources sûres ; et ce sont peu de choses. Nous préciserons donc bien ce qu'il vit réellement, et ce qu'il apprit seulement. De sorte que notre livre sera exact et sans nul mensonge. L'auditeur ou le lecteur pourra y accorder une foi absolue. Tout y est parfaitement vrai. Je peux vous l'affirmer, depuis le temps que le Seigneur créa Adam, notre premier père, nul homme ne parcourut autant du monde ni ne connut autant de ses merveilles que ne fit Marc Pol. Pensant qu'il serait dommage de ne pas rapporter ce qu'il avait appris et vu, il entreprit de le raconter. D'autres pourraient ainsi en avoir connaissance. Il ne resta pas moins de vingt-six ans dans les diverses régions du monde, puis, en l'an 1298 de l'Incarnation du Christ, il fit, point par point, le récit de son voyage à messire Rusticien de Pise, prisonnier avec lui dans les prisons de Gênes.

Fol. 1 : Les frères Nicolo et Maffeo Polo quittent Constantinople
 


Le Livre des Merveilles

 

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Fol. 1 : Les frères Nicolo et Maffeo Polo quittent Constantinople
 

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Le Livre des Merveilles commence par un bref récit du voyage que le père de l'auteur, Niccolo, et son oncle Maffeo, ont entrepris en 1260 et non en 1252 comme l'indique le texte. Marco, né en 1254, est alors trop jeune pour les accompagner. « Nobles, sages et avisés », les deux marchands vénitiens se sont embarqués sur un de leurs vaisseaux « chargé de marchandises variées et précieuses ». Ils voguent sans encombre jusqu'à Constantinople où ils font une escale fructueuse en négoce, puis se rendent au port de Soudak sur la mer Noire afin « d'accroître leurs gains et leurs profits ». Ils vont sans doute rejoindre leur frère aîné, Marco « le vieux », qui est installé dans ce comptoir vénitien de Crimée.

En 1260, Constantinople est la capitale de l’Empire latin créé en 1204, à la suite du pillage de Byzance par les Croisés. Les Vénitiens y possèdent une colonie depuis de nombreuses années, ainsi que des comptoirs dans tout l’est de la Méditerranée et jusqu’en Crimée. Les Polo sont des marchands installés à Constantinople depuis une génération, ils sont aisés sans être richissimes. Cependant les privilèges et positions des Vénitiens, principaux appuis de l’Empire latin, se heurtent de plus en plus à ceux de Génois, alliés à Michel VIII Paléologue, empereur byzantin de Nicée rêvant de reprendre l’ancienne capitale impériale.
Quand en 1261, les Byzantins reprennent Constantinople, les Polo sont en Crimée. Ne pouvant rentrer chez eux, ils décident d’aller vers l’Est et de s’enfoncer dans les terres des Mongols, que des missionnaires avaient commencé à explorer.

Ici commence le Livre des Merveilles de la Grande Asie, de la Petite et de la Grande Inde, et des diverses régions du monde

Pour connaître l'exacte vérité des différentes régions du monde, prenez ce livre, et écoutez-en la lecture. Vous y apprendrez les fabuleuses merveilles de la Grande Arménie, de la Perse, du pays des Tartares et de l'Inde. Tout cela, et bien d'autres choses encore, notre livre vous le racontera dans l'ordre et en détail, suivant le propre récit qu'en fit Marc Polo, sage et noble citoyen de Venise. Il en fut le témoin. Ce qu'il ne vit pas lui-même, il le connut de sources sûres ; et ce sont peu de choses. Nous préciserons donc bien ce qu'il vit réellement, et ce qu'il apprit seulement. De sorte que notre livre sera exact et sans nul mensonge. L'auditeur ou le lecteur pourra y accorder une foi absolue. Tout y est parfaitement vrai. Je peux vous l'affirmer, depuis le temps que le Seigneur créa Adam, notre premier père, nul homme ne parcourut autant du monde ni ne connut autant de ses merveilles que ne fit Marc Pol. Pensant qu'il serait dommage de ne pas rapporter ce qu'il avait appris et vu, il entreprit de le raconter. D'autres pourraient ainsi en avoir connaissance. Il ne resta pas moins de vingt-six ans dans les diverses régions du monde, puis, en l'an 1298 de l'Incarnation du Christ, il fit, point par point, le récit de son voyage à messire Rusticien de Pise, prisonnier avec lui dans les prisons de Gênes.

Fol. 1 : Les frères Nicolo et Maffeo Polo quittent Constantinople
 
Fol. 3v : Kubilaï Khan donne une tablette servant de sauf-conduit aux Polo qui rentrent en Italie
 

Fol. 3v : Kubilaï Khan donne une tablette servant de sauf-conduit aux Polo qui rentrent en Italie
 

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L’Empire Mongol est au fait de sa puissance à la fin du 13e siècle. Issu des conquêtes de Gengis Khan, il est divisé en quatre régions sous le règne de ses descendants qui l’ont encore agrandi. Berké, petit-fils de Gengis Khan règne sur la Horde d’Or en Russie ; Hulegu, autre petit-fils de Gengis Khan et frère de Kubilaï, règne en Perse ; Kubilaï est empereur de Chine ; enfin, au centre, l’Asie centrale est sous la domination des descendants de Djaghataï. Cependant cette unité familiale et politique n’est pas exempte de tensions, voire de guerres, entre les différents Khan, particulièrement pour le contrôle de la région centrale de l’Empire.
Pour autant, après les troubles des conquêtes de Gengis Khan, la « paix mongole » règne sur une grande partie de l’Asie, permettant une circulation plus facile des hommes, des marchandises et des idées.

Comment le Grand Khan leur donna une tablette de commandement en or

Leur ayant confié son message, le Grand Khan leur fit remettre une tablette de commandement en or. Où qu'ils allassent, on devait les fournir en chevaux et en hommes, selon leurs besoins et les nécessités de leur sécurité, et leur donner tout ce qu'ils pourraient souhaiter. Leurs préparatifs achevés, les trois ambassadeurs prirent congé du Grand Khan et partirent.
Après je ne sais combien de journées de route, le seigneur tartar tomba malade. Gravement atteint, il resta en une cité sans pouvoir continuer plus avant. Les deux frères s'entendirent avec lui pour le laisser là et poursuivre seuls leur ambassade. Ils reprirent donc la route. Partout, ils étaient servis et honorés selon leurs besoins et leurs souhaits grâce à la tablette de commandement des seigneurs.
Ils finirent par arriver à l'Aias, en Arménie. Ils avaient mis trois années pour l'atteindre, car, ici et là, leur route avait été empêchée par la neige ou par de grosses pluies qui rendaient impossible la traversée des fleuves.

Fol. 3v : Kubilaï Khan donne une tablette servant de sauf-conduit aux Polo qui rentrent en Italie
 
Fol. 4 : Les Polo quittent Venise
 

Fol. 4 : Les Polo quittent Venise
 

Plus de détails sur la page

Au 13e siècle, Venise est à l’apogée de sa puissance dans l’est de la Méditerranée. La République aristocratique s’est émancipée de Byzance et ses nombreuses possessions (Côte Dalmate, Crête, etc.) lui permettent de contrôler une grande part du commerce avec l’Orient. Les Vénitiens sont aussi à l’origine de la création de l’Empire latin d’Orient, où leur influence sur la politique et la religion est très importante.
Cependant, Venise doit affronter la concurrence de Gênes pour le commerce avec l’Orient et l’Empire latin doit lutter contre l’Empire byzantin, réfugié à Nicée. Les Latins cherchent alors une alliance de revers contre les Byzantins et Venise tend à vouloir développer des liens avec les Mongols, dont la tolérance religieuse fait des partenaires plus acceptables que les musulmans. En effet, ces derniers reconquièrent peu à peu sous la direction de Baibars, sultan d’Égypte, un Royaume de Jérusalem réduit à une mince bande côtière autour de Saint-Jean d’Acre.

Comment les deux frères quittèrent Venise, emmenant avec eux, auprès du Grand khan, Marc, le fils de messire Nicolas Pol

Deux ans plus tard, le nouveau pape n'était toujours pas élu. Craignant d'attendre longtemps encore avant de pouvoir retourner auprès du Grand Khan, les deux frères quittèrent Venise pour Acre. Ils se rendirent auprès du légat du pape, et lui racontant l'histoire, sollicitèrent de lui l'autorisation de prendre un peu d'huile sainte du Saint-Sépulcre de Jérusalem pour en faire présent au Grand Khan, selon son désir. Avec l'autorisation du légat, ils se rendirent donc à Jérusalem.

De retour à Acre, ils s'entretinrent de nouveau avec le légat. « Aucun pape n'est élu. Nous voulons retourner auprès du Grand Khan. Nous avons déjà beaucoup tardé », dirent-ils. « Il me plaît que vous y retourniez », leur répondit le légat. Il fit rédiger des lettres adressées au Grand Khan, l'assurant que les deux frères avaient bien accompli auprès de lui la mission dont il les avait chargés, mais qu'ils n'avaient pu la mener à bien, puisqu'on était toujours sans pape.

Fol. 4 : Les Polo quittent Venise
 
Fol. 3v : Kubilaï Khan donne une tablette servant de sauf-conduit aux Polo qui rentrent en Italie
 

Fol. 3v : Kubilaï Khan donne une tablette servant de sauf-conduit aux Polo qui rentrent en Italie
 

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L’Empire Mongol est au fait de sa puissance à la fin du 13e siècle. Issu des conquêtes de Gengis Khan, il est divisé en quatre régions sous le règne de ses descendants qui l’ont encore agrandi. Berké, petit-fils de Gengis Khan règne sur la Horde d’Or en Russie ; Hulegu, autre petit-fils de Gengis Khan et frère de Kubilaï, règne en Perse ; Kubilaï est empereur de Chine ; enfin, au centre, l’Asie centrale est sous la domination des descendants de Djaghataï. Cependant cette unité familiale et politique n’est pas exempte de tensions, voire de guerres, entre les différents Khan, particulièrement pour le contrôle de la région centrale de l’Empire.
Pour autant, après les troubles des conquêtes de Gengis Khan, la « paix mongole » règne sur une grande partie de l’Asie, permettant une circulation plus facile des hommes, des marchandises et des idées.

Comment le Grand Khan leur donna une tablette de commandement en or

Leur ayant confié son message, le Grand Khan leur fit remettre une tablette de commandement en or. Où qu'ils allassent, on devait les fournir en chevaux et en hommes, selon leurs besoins et les nécessités de leur sécurité, et leur donner tout ce qu'ils pourraient souhaiter. Leurs préparatifs achevés, les trois ambassadeurs prirent congé du Grand Khan et partirent.
Après je ne sais combien de journées de route, le seigneur tartar tomba malade. Gravement atteint, il resta en une cité sans pouvoir continuer plus avant. Les deux frères s'entendirent avec lui pour le laisser là et poursuivre seuls leur ambassade. Ils reprirent donc la route. Partout, ils étaient servis et honorés selon leurs besoins et leurs souhaits grâce à la tablette de commandement des seigneurs.
Ils finirent par arriver à l'Aias, en Arménie. Ils avaient mis trois années pour l'atteindre, car, ici et là, leur route avait été empêchée par la neige ou par de grosses pluies qui rendaient impossible la traversée des fleuves.

Fol. 3v : Kubilaï Khan donne une tablette servant de sauf-conduit aux Polo qui rentrent en Italie
 
Fol. 4 : Les Polo quittent Venise
 

Fol. 4 : Les Polo quittent Venise
 

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Au 13e siècle, Venise est à l’apogée de sa puissance dans l’est de la Méditerranée. La République aristocratique s’est émancipée de Byzance et ses nombreuses possessions (Côte Dalmate, Crête, etc.) lui permettent de contrôler une grande part du commerce avec l’Orient. Les Vénitiens sont aussi à l’origine de la création de l’Empire latin d’Orient, où leur influence sur la politique et la religion est très importante.
Cependant, Venise doit affronter la concurrence de Gênes pour le commerce avec l’Orient et l’Empire latin doit lutter contre l’Empire byzantin, réfugié à Nicée. Les Latins cherchent alors une alliance de revers contre les Byzantins et Venise tend à vouloir développer des liens avec les Mongols, dont la tolérance religieuse fait des partenaires plus acceptables que les musulmans. En effet, ces derniers reconquièrent peu à peu sous la direction de Baibars, sultan d’Égypte, un Royaume de Jérusalem réduit à une mince bande côtière autour de Saint-Jean d’Acre.

Comment les deux frères quittèrent Venise, emmenant avec eux, auprès du Grand khan, Marc, le fils de messire Nicolas Pol

Deux ans plus tard, le nouveau pape n'était toujours pas élu. Craignant d'attendre longtemps encore avant de pouvoir retourner auprès du Grand Khan, les deux frères quittèrent Venise pour Acre. Ils se rendirent auprès du légat du pape, et lui racontant l'histoire, sollicitèrent de lui l'autorisation de prendre un peu d'huile sainte du Saint-Sépulcre de Jérusalem pour en faire présent au Grand Khan, selon son désir. Avec l'autorisation du légat, ils se rendirent donc à Jérusalem.

De retour à Acre, ils s'entretinrent de nouveau avec le légat. « Aucun pape n'est élu. Nous voulons retourner auprès du Grand Khan. Nous avons déjà beaucoup tardé », dirent-ils. « Il me plaît que vous y retourniez », leur répondit le légat. Il fit rédiger des lettres adressées au Grand Khan, l'assurant que les deux frères avaient bien accompli auprès de lui la mission dont il les avait chargés, mais qu'ils n'avaient pu la mener à bien, puisqu'on était toujours sans pape.

Fol. 4 : Les Polo quittent Venise
 
Fol. 4v : Les Polo rencontrent le pape Grégoire X
 

Fol. 4v : Les Polo rencontrent le pape Grégoire X
 

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À la fin du 13e siècle, l’Église de Rome renoue avec l’effort d’évangélisation. Elle s’appuie sur les ordres mendiants qui viennent de se créer, notamment les Prêcheurs (Dominicains, fondés en 1215) et les Mineurs (Franciscains, fondés en 1209). Les missions se multiplient alors en direction de l’Asie, particulièrement vers l’Empire Mongol dont on pense faire un allié contre l’Islam.
Le Livre des merveilles contient d’ailleurs, en plus du récit de Marco Polo, celui d’Odoric de Pordenone, un frère mineur qui voyagea en Inde et en Chine au début du 14e siècle, ainsi que celui de Guillaume de Boldense un frère prêcheur qui voyagea en Égypte et au Levant à la même période.

Comment les deux frères se rendirent auprès du pape

Revenus avec honneur à Acre, ils se présentèrent très humblement devant le pape. Celui-ci les accueillit à grand honneur et leur fit très grande fête. Ils les bénit, et leur accorda deux frères prêcheurs pour les accompagner auprès du Grand Khan et le convaincre. C'étaient les plus sages clercs qui fussent en ce temps. Ils s'appelaient frère Nicole de Mersente et frère Guillaume de Tripoli. Le pape leur accorda des privilèges d'autorité et leur confia les lettres et le message qu'il adressait au Grand Khan, en retour. Tous les quatre reçurent la bénédiction du saint Père et, prenant congé, quittèrent Acre, emmenant avec eux Marc, le fils de messire Nicolas.

Alors qu'ils arrivaient à l'Aias, Baudorquedar, le sultan de Babylone, envahit l'Arménie et fit grand ravage dans ces régions. Nos quatre ambassadeurs furent à deux doigts d'être pris et massacrés. Terrifiés, les deux prêcheurs refusèrent d'aller plus avant, remettant à messires Nicolas et Matfré les lettres et les privilèges dont ils étaient chargés. Ils les quittèrent et partirent avec le Maître du Temple.

Fol. 4v : Les Polo rencontrent le pape Grégoire X
 
Fol. 5 : Kubilaï Khan reçoit les cadeaux du Pape
 

Fol. 5 : Kubilaï Khan reçoit les cadeaux du Pape
 

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Au début des années 1270, Kubilaï a réglé le conflit dynastique qui l’opposait à son frère Arïq Bögä pour le titre de Grand Khan. Il se consacre dès lors à la conquête de l’Empire des Song au sud de la Chine, la région du Mangi. Cette conquête est définitivement achevée en 1280. Il est ainsi le premier non-chinois a régné sur toute la Chine. Il s’applique dès lors à reprendre toutes les traditions de l’Empire, tout d’abord en installant sa capitale à Pékin, où dès 1260, il fait bâtir une nouvelle ville au nord de la vieille ville chinoise.
Il présente dans son gouvernement ce double visage de Grand Khan, héritier principal de l’Empire de son grand-père Gengis Khan, et Empereur de Chine, héritier d’un État de mille cinq cents ans. Lui-même bouddhiste, il est d’une grande tolérance envers les autres religions, permettant la coexistence de toutes, dans la mesure où elles ne remettent pas en cause son autorité. Par son faste et l’étendue des ses possessions, il est le plus grand seigneur de son temps.

Comment messires Nicolas et Matfré Pol se présentèrent devant le Grand Khan

Arrivés dans cette grande cité, les deux frères et Marc se rendirent au palais, où ils trouvèrent le Grand Khan en compagnie de tous ses barons. Ils s'agenouillèrent très humblement devant lui. Le Grand Khan les fit relever, et les accueillant à grand honneur, leur témoigna la joie profonde qu'il avait de les revoir.
Le Grand Khan leur demanda de leurs nouvelles et comment ils avaient fait tout ce voyage. Les deux frères répondirent que tout était très bien puisqu'ils le retrouvaient heureux et en bonne santé. Ils lui présentèrent alors les privilèges et les chartes que leur avait confiés le pape à son intention. Le Grand Khan en fut plein de joie. Les deux frères lui offrirent également un peu d'huile sainte du Saint-Sépulcre. Le Grand Khan en fut rempli d'allégresse, et la garda en grande vénération.
Avisant Marco, le Grand Khan demanda qui était ce jeune homme. « Sire, dit son père, c'est mon fils ; il est votre homme ! » « Qu'il soit le bienvenu ! », dit le Grand Khan. Pourquoi vous en parler longuement ? Il y eut une grande fête pour célébrer le retour des deux frères. Servis et honorés par tous, ils demeurèrent à la cour parmi les autres seigneurs.

Fol. 5 : Kubilaï Khan reçoit les cadeaux du Pape
 
Fol. 4v : Les Polo rencontrent le pape Grégoire X
 

Fol. 4v : Les Polo rencontrent le pape Grégoire X
 

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À la fin du 13e siècle, l’Église de Rome renoue avec l’effort d’évangélisation. Elle s’appuie sur les ordres mendiants qui viennent de se créer, notamment les Prêcheurs (Dominicains, fondés en 1215) et les Mineurs (Franciscains, fondés en 1209). Les missions se multiplient alors en direction de l’Asie, particulièrement vers l’Empire Mongol dont on pense faire un allié contre l’Islam.
Le Livre des merveilles contient d’ailleurs, en plus du récit de Marco Polo, celui d’Odoric de Pordenone, un frère mineur qui voyagea en Inde et en Chine au début du 14e siècle, ainsi que celui de Guillaume de Boldense un frère prêcheur qui voyagea en Égypte et au Levant à la même période.

Comment les deux frères se rendirent auprès du pape

Revenus avec honneur à Acre, ils se présentèrent très humblement devant le pape. Celui-ci les accueillit à grand honneur et leur fit très grande fête. Ils les bénit, et leur accorda deux frères prêcheurs pour les accompagner auprès du Grand Khan et le convaincre. C'étaient les plus sages clercs qui fussent en ce temps. Ils s'appelaient frère Nicole de Mersente et frère Guillaume de Tripoli. Le pape leur accorda des privilèges d'autorité et leur confia les lettres et le message qu'il adressait au Grand Khan, en retour. Tous les quatre reçurent la bénédiction du saint Père et, prenant congé, quittèrent Acre, emmenant avec eux Marc, le fils de messire Nicolas.

Alors qu'ils arrivaient à l'Aias, Baudorquedar, le sultan de Babylone, envahit l'Arménie et fit grand ravage dans ces régions. Nos quatre ambassadeurs furent à deux doigts d'être pris et massacrés. Terrifiés, les deux prêcheurs refusèrent d'aller plus avant, remettant à messires Nicolas et Matfré les lettres et les privilèges dont ils étaient chargés. Ils les quittèrent et partirent avec le Maître du Temple.

Fol. 4v : Les Polo rencontrent le pape Grégoire X
 
Fol. 5 : Kubilaï Khan reçoit les cadeaux du Pape
 

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Au début des années 1270, Kubilaï a réglé le conflit dynastique qui l’opposait à son frère Arïq Bögä pour le titre de Grand Khan. Il se consacre dès lors à la conquête de l’Empire des Song au sud de la Chine, la région du Mangi. Cette conquête est définitivement achevée en 1280. Il est ainsi le premier non-chinois a régné sur toute la Chine. Il s’applique dès lors à reprendre toutes les traditions de l’Empire, tout d’abord en installant sa capitale à Pékin, où dès 1260, il fait bâtir une nouvelle ville au nord de la vieille ville chinoise.
Il présente dans son gouvernement ce double visage de Grand Khan, héritier principal de l’Empire de son grand-père Gengis Khan, et Empereur de Chine, héritier d’un État de mille cinq cents ans. Lui-même bouddhiste, il est d’une grande tolérance envers les autres religions, permettant la coexistence de toutes, dans la mesure où elles ne remettent pas en cause son autorité. Par son faste et l’étendue des ses possessions, il est le plus grand seigneur de son temps.

Comment messires Nicolas et Matfré Pol se présentèrent devant le Grand Khan

Arrivés dans cette grande cité, les deux frères et Marc se rendirent au palais, où ils trouvèrent le Grand Khan en compagnie de tous ses barons. Ils s'agenouillèrent très humblement devant lui. Le Grand Khan les fit relever, et les accueillant à grand honneur, leur témoigna la joie profonde qu'il avait de les revoir.
Le Grand Khan leur demanda de leurs nouvelles et comment ils avaient fait tout ce voyage. Les deux frères répondirent que tout était très bien puisqu'ils le retrouvaient heureux et en bonne santé. Ils lui présentèrent alors les privilèges et les chartes que leur avait confiés le pape à son intention. Le Grand Khan en fut plein de joie. Les deux frères lui offrirent également un peu d'huile sainte du Saint-Sépulcre. Le Grand Khan en fut rempli d'allégresse, et la garda en grande vénération.
Avisant Marco, le Grand Khan demanda qui était ce jeune homme. « Sire, dit son père, c'est mon fils ; il est votre homme ! » « Qu'il soit le bienvenu ! », dit le Grand Khan. Pourquoi vous en parler longuement ? Il y eut une grande fête pour célébrer le retour des deux frères. Servis et honorés par tous, ils demeurèrent à la cour parmi les autres seigneurs.

Fol. 5 : Kubilaï Khan reçoit les cadeaux du Pape
 


Le voyage des Rois Mages

Le voyage des Rois Mages

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Extrapolée à partir de l’Évangile selon Matthieu (II, 2-11), la légende des Rois Mages connaît un succès grandissant. Les Rois vont peu à peu se voir dotés d’une identité et d’une histoire. Jacques de Voragine dans la Légende dorée en a rassemblé et fixé une partie et son livre connut un immense succès au 14e siècle. Marco Polo n’a pas pu le lire avant son départ, mais il en a certainement eu connaissance à son retour. Les éléments légendaires qu’il apporte semblent plutôt provenir des chrétiens d’Orient.

Il parle de la grande cité de Pers

La Perse est une grande province. Dans l'Antiquité, elle était brillante et splendide. Mais les Tartars l'ont pillée et détruite. C'est de Sabah en Perse que partirent les trois rois mages qui vinrent adorer le Christ. Ils sont enterrés dans la cité de Saba, côte à côte, en trois grands et beaux sépulcres surmontés d'une maison carrée. Leurs corps sont toujours intacts, avec cheveux et barbe. Ils s'appelaient Gaspar, Melchior et Balthazar.
Marco Polo questionna les hommes de la cité de Saba pour connaître la vie de ces trois mages. Personne ne sut rien lui en dire. Il se rendit, à trois journées de là, au château de Cala Ataperistan, qui signifie en français le « château des adorateurs de feu ». Et c'est bien vrai, car les habitants de ce château adorent le feu, et voici pourquoi.
On raconte qu'autrefois trois rois de ce pays s'en allèrent adorer un prophète qui venait de naître. Ils apportaient en offrande de l'or, de l'encens et de la myrrhe. S'il acceptait l'or, il serait roi de la terre, s'il acceptait l'encens, ce serait un dieu, et si enfin il acceptait de la myrrhe, il serait médecin. Or voici qu'arrivé là où l'enfant était né, le plus jeune de ces rois entra dans la pièce et trouva l'enfant d'un âge identique au sien. Il sortit émerveillé. Puis le roi d'âge moyen entra, et il trouva également l'enfant d'un âge identique au sien. Il en sortit tout émerveillé. Enfin, le plus âgé des trois entra, et il lui arriva la même aventure qu'aux deux autres. Il sortit tout pensif. Les trois rois se racontèrent alors ce qu'ils avaient vu, et ils en furent émerveillés. Ils décidèrent d'entrer ensemble dans la pièce. Ils virent cette fois-ci un enfant de treize jours, l'âge qu'il avait réellement. Ils l'adorèrent, et l'enfant accepta les trois présents, l'or, l'encens et la myrrhe, et leur fit cadeau d'une boîte fermée. Les trois rois s'en retournèrent dans leur pays.

Le voyage des Rois Mages


Les Rois Mages adorent le feu divin

Les Rois Mages adorent le feu divin

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En rencontrant des « Adorateurs du feu », Marco Polo rencontre des zoroastriens, des fidèles de l’ancienne religion de l’Empire Perse ayant gardé leur foi après la conquête par les musulmans de l’Empire Sassanide en 651. Cette religion, fondée par Zoroastre ou Zarathoustra au 7e siècle avant Jésus-Christ, est une religion monothéiste autour du dieu Ahura-Mazda, d’où le nom de mazdéisme qui lui est parfois donné. Elle connut plusieurs scissions dans son histoire qui donnèrent naissance au mithraïsme ou au manichéisme. Le culte du feu, fils d’Ahura-Mazda, est un élément important de la liturgie zoroastrienne. De nos jours, les communautés zoroastriennes en Iran et Parsi en Inde maintiennent ce culte.

Comment les trois rois jetèrent la pierre dans le puits
Quelques jours plus tard, les trois rois avisèrent la boîte dont l'enfant leur avait fait présent. Ils l'ouvrirent et y découvrirent une pierre. Étonnés, ils se demandaient pourquoi l'enfant leur avait fait un tel présent et ce que cela signifiait. C'était que, quand ils avaient présenté leurs offrandes à l'enfant, celui-ci les avait acceptées toutes les trois, car il était vrai dieu, vrai roi, et vrai médecin, et que la foi qu'ils avaient en lui devait être solide comme cette pierre. Mais les trois rois ne comprirent pas la signification de la pierre. Ils la jetèrent dans un puits. Alors, un feu ardent descendit du ciel dans le puits. Émerveillés de ce prodige, les trois rois regrettèrent leur geste, car alors seulement ils comprirent le sens de ce présent.
Ils prirent de ce feu et l'emportèrent chez eux, le plaçant dans une belle et riche église. Ils l'y laissent brûler et l'adorent comme un dieu. Et pour tous leurs sacrifices ils utilisent ce feu. Et s'il vient à s'éteindre, ils vont en chercher chez d'autres adorateurs du feu, voisins, et le portent dans leur église. Voici donc pourquoi les hommes de cette cité de Saba adorent le feu. II leur faut marcher parfois dix jours durant pour trouver du feu. C'est ce qu'ils racontèrent à Marc Pol, l'assurant que tout cela était vrai. Et même que l'un des rois était de la cité de Satu, l'autre de Deana et le troisième de cette même bourgade de Saba, où ils adoraient le feu ainsi que toute la contrée. Je vous ai parlé de cette coutume, je vous parlerai maintenant des coutumes des autres contrées de Perse.

Les Rois Mages adorent le feu divin


Le voyage des Rois Mages

Le voyage des Rois Mages

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Extrapolée à partir de l’Évangile selon Matthieu (II, 2-11), la légende des Rois Mages connaît un succès grandissant. Les Rois vont peu à peu se voir dotés d’une identité et d’une histoire. Jacques de Voragine dans la Légende dorée en a rassemblé et fixé une partie et son livre connut un immense succès au 14e siècle. Marco Polo n’a pas pu le lire avant son départ, mais il en a certainement eu connaissance à son retour. Les éléments légendaires qu’il apporte semblent plutôt provenir des chrétiens d’Orient.

Il parle de la grande cité de Pers

La Perse est une grande province. Dans l'Antiquité, elle était brillante et splendide. Mais les Tartars l'ont pillée et détruite. C'est de Sabah en Perse que partirent les trois rois mages qui vinrent adorer le Christ. Ils sont enterrés dans la cité de Saba, côte à côte, en trois grands et beaux sépulcres surmontés d'une maison carrée. Leurs corps sont toujours intacts, avec cheveux et barbe. Ils s'appelaient Gaspar, Melchior et Balthazar.
Marco Polo questionna les hommes de la cité de Saba pour connaître la vie de ces trois mages. Personne ne sut rien lui en dire. Il se rendit, à trois journées de là, au château de Cala Ataperistan, qui signifie en français le « château des adorateurs de feu ». Et c'est bien vrai, car les habitants de ce château adorent le feu, et voici pourquoi.
On raconte qu'autrefois trois rois de ce pays s'en allèrent adorer un prophète qui venait de naître. Ils apportaient en offrande de l'or, de l'encens et de la myrrhe. S'il acceptait l'or, il serait roi de la terre, s'il acceptait l'encens, ce serait un dieu, et si enfin il acceptait de la myrrhe, il serait médecin. Or voici qu'arrivé là où l'enfant était né, le plus jeune de ces rois entra dans la pièce et trouva l'enfant d'un âge identique au sien. Il sortit émerveillé. Puis le roi d'âge moyen entra, et il trouva également l'enfant d'un âge identique au sien. Il en sortit tout émerveillé. Enfin, le plus âgé des trois entra, et il lui arriva la même aventure qu'aux deux autres. Il sortit tout pensif. Les trois rois se racontèrent alors ce qu'ils avaient vu, et ils en furent émerveillés. Ils décidèrent d'entrer ensemble dans la pièce. Ils virent cette fois-ci un enfant de treize jours, l'âge qu'il avait réellement. Ils l'adorèrent, et l'enfant accepta les trois présents, l'or, l'encens et la myrrhe, et leur fit cadeau d'une boîte fermée. Les trois rois s'en retournèrent dans leur pays.

Le voyage des Rois Mages


Les Rois Mages adorent le feu divin

Les Rois Mages adorent le feu divin

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En rencontrant des « Adorateurs du feu », Marco Polo rencontre des zoroastriens, des fidèles de l’ancienne religion de l’Empire Perse ayant gardé leur foi après la conquête par les musulmans de l’Empire Sassanide en 651. Cette religion, fondée par Zoroastre ou Zarathoustra au 7e siècle avant Jésus-Christ, est une religion monothéiste autour du dieu Ahura-Mazda, d’où le nom de mazdéisme qui lui est parfois donné. Elle connut plusieurs scissions dans son histoire qui donnèrent naissance au mithraïsme ou au manichéisme. Le culte du feu, fils d’Ahura-Mazda, est un élément important de la liturgie zoroastrienne. De nos jours, les communautés zoroastriennes en Iran et Parsi en Inde maintiennent ce culte.

Comment les trois rois jetèrent la pierre dans le puits
Quelques jours plus tard, les trois rois avisèrent la boîte dont l'enfant leur avait fait présent. Ils l'ouvrirent et y découvrirent une pierre. Étonnés, ils se demandaient pourquoi l'enfant leur avait fait un tel présent et ce que cela signifiait. C'était que, quand ils avaient présenté leurs offrandes à l'enfant, celui-ci les avait acceptées toutes les trois, car il était vrai dieu, vrai roi, et vrai médecin, et que la foi qu'ils avaient en lui devait être solide comme cette pierre. Mais les trois rois ne comprirent pas la signification de la pierre. Ils la jetèrent dans un puits. Alors, un feu ardent descendit du ciel dans le puits. Émerveillés de ce prodige, les trois rois regrettèrent leur geste, car alors seulement ils comprirent le sens de ce présent.
Ils prirent de ce feu et l'emportèrent chez eux, le plaçant dans une belle et riche église. Ils l'y laissent brûler et l'adorent comme un dieu. Et pour tous leurs sacrifices ils utilisent ce feu. Et s'il vient à s'éteindre, ils vont en chercher chez d'autres adorateurs du feu, voisins, et le portent dans leur église. Voici donc pourquoi les hommes de cette cité de Saba adorent le feu. II leur faut marcher parfois dix jours durant pour trouver du feu. C'est ce qu'ils racontèrent à Marc Pol, l'assurant que tout cela était vrai. Et même que l'un des rois était de la cité de Satu, l'autre de Deana et le troisième de cette même bourgade de Saba, où ils adoraient le feu ainsi que toute la contrée. Je vous ai parlé de cette coutume, je vous parlerai maintenant des coutumes des autres contrées de Perse.

Les Rois Mages adorent le feu divin


Des marchands arrivent à Ormuz

Des marchands arrivent à Ormuz

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Le port d’Ormuz, situé en face de l’île portant actuellement ce nom dans le détroit séparant l’océan Indien du golfe Persique, est un grand port de commerce entre l’Inde et l’Arabie. Il est probable que les Polo aient cherché à y embarquer pour l’Extrême-Orient. Cependant, l’état des bateaux utilisés les fait renoncer à ce projet et privilégier la route terrestre, beaucoup plus longue, mais qui leur parut plus sûre. Pendant des siècles, les marchands arabes ont utilisé leurs bateaux traditionnels, jouant des vents de la mousson entre l’Inde et l’Arabie pour voyager et faire commerce.

De la plaine de Curmos [Ormuz] et de la vallee dangereuse

On arrive alors à la mer Océane. Sur ses rives, il y a la cité de Curmos, avec son port. Les bateaux y abordent chargés d'épices, de pierres précieuses, de perles, d'étoffes d'or et de soie, de dents d'éléphants et de bien d'autres marchandises. Les marchands les vendent à d'autres marchands qui eux-mêmes vont en faire commerce à travers le vaste monde. Curmos est une ville très commerçante. D'elle dépendent de nombreuses cités et châteaux. Elle est la capitale du royaume. Le roi se nomme Ruenedam Acromat.
La chaleur du soleil rend le pays très chaud et la terre malsaine. Si quelque roi étranger meurt en cette contrée, le roi confisque ses biens. On y fait un très bon vin de dattes bien épicé. Il donne la diarrhée à ceux qui n'en ont pas l'habitude et peut les purger entièrement. Mais ensuite, il leur fait grand bien et les fait engraisser. Quand ils sont malades, ils mangent de la chair et du pain de froment, mais s'ils en mangent quand ils sont en bonne santé, ils tombent aussitôt malades. Quand ils sont en bonne santé, ils mangent des dattes et du poisson salé, des oignons et des ciboules. Les oignons les gardent en bonne santé. Leurs bateaux sont mal construits. Ils en perdent beaucoup, car ils ne sont pas cloués avec des clous de fer, mais cousus avec le fil qu'ils font à partir de l'écorce des arbres à noix d'Inde. Ils en aplatissent l'écorce, qui devient comme du crin de cheval. Ils en font du fil dont ils cousent leurs bateaux. Ce fil est assez solide pour résister à l'eau de mer, mais pas à un accident. Leurs bateaux ont un mât, une voile, un gouvernail, mais pas de couverture. Quand ils sont chargés, ils les recouvrent de cuir, et y mettent les chevaux qu'ils vont vendre en Inde. Ils n'ont pas de fer pour faire les clous, et assemblent leurs bateaux avec des chevilles de bois, qu'ils cousent ensuite de fil. Il y a grand danger à utiliser ces bateaux qui coulent vite, car il y a assez souvent de grandes tempêtes sur la mer d'Inde.
Les gens de ce pays sont noirs et adorent Mahomet. L'été, ils ne restent pas dans les villes, à cause des grandes chaleurs qui les font suffoquer. Ils vont à la campagne, dans des jardins bien arrosés. Voici comment ils se protègent de la chaleur. Souvent, il souffle du désert de sable un vent dont la chaleur serait capable de les tuer. Dès qu'ils le sentent venir, ils se plongent dans l'eau jusqu'au niveau de la tête, et ce jusqu'à ce que le vent se calme.
Ils sèment leur froment, leur orge et leurs autres céréales au mois de novembre, et les récoltent au mois de mars. Ils n'ont aucune herbe verte, sauf les dattes qui donnent jusqu'au milieu du mois de mai, et cela à cause de la grande chaleur qui dessèche tout. Les bateaux n'en souffrent pas, car ils les badigeonnent d'huile de poisson.
Ils font grand deuil quand l'un d'entre eux meurt. Ils pleurent leurs défunts quatre longues années, se réunissant au moins une fois par jour pour se lamenter et les pleurer entre parents, voisins et amis. Laissons cette région. Nous vous parlerons du pays d'Inde en temps opportun, par le nord, et nous reviendrons par un autre chemin vers cette cité de Creman. On ne peut aller dans la cité dont je vais maintenant vous parler que par la cité de Creman. Le roi Ruemedan Acromat de Cormort que nous venons de quitter est vassal du roi de Creman. Sur la route de retour de Curmos à Creman, il y a une grande plaine où jaillissent naturellement des bains chauds. Elle est peuplée de nombreuses cités où l'on trouve abondance de fruits à bon marché, ainsi que de dattes, et toutes sortes d'autres nourritures. Le pain qu'ils font avec le froment est très amer. Nul ne peut en manger à moins d'y être habitué. C'est que l'eau qu'ils utilisent pour le faire est elle-même très amère. Les bains dont je vous ai parlé ont la vertu de guérir de la gale et de bien d'autres maladies.

Des marchands arrivent à Ormuz
Fol. 15

Fol. 15

Fol. 15


Des marchands arrivent à Ormuz

Des marchands arrivent à Ormuz

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Le port d’Ormuz, situé en face de l’île portant actuellement ce nom dans le détroit séparant l’océan Indien du golfe Persique, est un grand port de commerce entre l’Inde et l’Arabie. Il est probable que les Polo aient cherché à y embarquer pour l’Extrême-Orient. Cependant, l’état des bateaux utilisés les fait renoncer à ce projet et privilégier la route terrestre, beaucoup plus longue, mais qui leur parut plus sûre. Pendant des siècles, les marchands arabes ont utilisé leurs bateaux traditionnels, jouant des vents de la mousson entre l’Inde et l’Arabie pour voyager et faire commerce.

De la plaine de Curmos [Ormuz] et de la vallee dangereuse

On arrive alors à la mer Océane. Sur ses rives, il y a la cité de Curmos, avec son port. Les bateaux y abordent chargés d'épices, de pierres précieuses, de perles, d'étoffes d'or et de soie, de dents d'éléphants et de bien d'autres marchandises. Les marchands les vendent à d'autres marchands qui eux-mêmes vont en faire commerce à travers le vaste monde. Curmos est une ville très commerçante. D'elle dépendent de nombreuses cités et châteaux. Elle est la capitale du royaume. Le roi se nomme Ruenedam Acromat.
La chaleur du soleil rend le pays très chaud et la terre malsaine. Si quelque roi étranger meurt en cette contrée, le roi confisque ses biens. On y fait un très bon vin de dattes bien épicé. Il donne la diarrhée à ceux qui n'en ont pas l'habitude et peut les purger entièrement. Mais ensuite, il leur fait grand bien et les fait engraisser. Quand ils sont malades, ils mangent de la chair et du pain de froment, mais s'ils en mangent quand ils sont en bonne santé, ils tombent aussitôt malades. Quand ils sont en bonne santé, ils mangent des dattes et du poisson salé, des oignons et des ciboules. Les oignons les gardent en bonne santé. Leurs bateaux sont mal construits. Ils en perdent beaucoup, car ils ne sont pas cloués avec des clous de fer, mais cousus avec le fil qu'ils font à partir de l'écorce des arbres à noix d'Inde. Ils en aplatissent l'écorce, qui devient comme du crin de cheval. Ils en font du fil dont ils cousent leurs bateaux. Ce fil est assez solide pour résister à l'eau de mer, mais pas à un accident. Leurs bateaux ont un mât, une voile, un gouvernail, mais pas de couverture. Quand ils sont chargés, ils les recouvrent de cuir, et y mettent les chevaux qu'ils vont vendre en Inde. Ils n'ont pas de fer pour faire les clous, et assemblent leurs bateaux avec des chevilles de bois, qu'ils cousent ensuite de fil. Il y a grand danger à utiliser ces bateaux qui coulent vite, car il y a assez souvent de grandes tempêtes sur la mer d'Inde.
Les gens de ce pays sont noirs et adorent Mahomet. L'été, ils ne restent pas dans les villes, à cause des grandes chaleurs qui les font suffoquer. Ils vont à la campagne, dans des jardins bien arrosés. Voici comment ils se protègent de la chaleur. Souvent, il souffle du désert de sable un vent dont la chaleur serait capable de les tuer. Dès qu'ils le sentent venir, ils se plongent dans l'eau jusqu'au niveau de la tête, et ce jusqu'à ce que le vent se calme.
Ils sèment leur froment, leur orge et leurs autres céréales au mois de novembre, et les récoltent au mois de mars. Ils n'ont aucune herbe verte, sauf les dattes qui donnent jusqu'au milieu du mois de mai, et cela à cause de la grande chaleur qui dessèche tout. Les bateaux n'en souffrent pas, car ils les badigeonnent d'huile de poisson.
Ils font grand deuil quand l'un d'entre eux meurt. Ils pleurent leurs défunts quatre longues années, se réunissant au moins une fois par jour pour se lamenter et les pleurer entre parents, voisins et amis. Laissons cette région. Nous vous parlerons du pays d'Inde en temps opportun, par le nord, et nous reviendrons par un autre chemin vers cette cité de Creman. On ne peut aller dans la cité dont je vais maintenant vous parler que par la cité de Creman. Le roi Ruemedan Acromat de Cormort que nous venons de quitter est vassal du roi de Creman. Sur la route de retour de Curmos à Creman, il y a une grande plaine où jaillissent naturellement des bains chauds. Elle est peuplée de nombreuses cités où l'on trouve abondance de fruits à bon marché, ainsi que de dattes, et toutes sortes d'autres nourritures. Le pain qu'ils font avec le froment est très amer. Nul ne peut en manger à moins d'y être habitué. C'est que l'eau qu'ils utilisent pour le faire est elle-même très amère. Les bains dont je vous ai parlé ont la vertu de guérir de la gale et de bien d'autres maladies.

Des marchands arrivent à Ormuz
Fol. 15

Fol. 15

Fol. 15


Le Vieux de la Montagne dans son faux paradis

Le Vieux de la Montagne dans son faux paradis

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La forteresse d’Alamut dans l’Elbrouz, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Téhéran, fut de 1094 à 1256 le siège des Nizârites, un schisme au sein du chiisme ismaélien, partisans de l'Imam Nizar, au lieu d’Al Mustali son frère. Après la guerre de succession entre les deux frères qui voit triompher Al Mustali comme sultan au Caire, le Persan Hassan ibn al-Sabbah, un des partisans de Nizar s’installe à Alamut et prend la direction du groupe. Opposés aux Fatimides chiites du Caire, mais aussi au califat sunnite des Abbassides à Bagdad, les Nizârites d’Alamut édifient un royaume dont la forteresse, réputée imprenable, est le centre. Ils étendent aussi leur prédication vers la Syrie et rencontrent alors les Croisés. La conquête de la Perse par Hulegut, les fait disparaître en tant qu'état indépendant, et leurs descendants sont devenus au19e siècle les fidèles de l’Aga Khan. Marco Polo n’a pas pu voir la forteresse d’Alumut, détruite par Hulegut en 1256, mais il en a entendu parler.

Il parle du Vieux de la Montagne et de ses affaires

Mulecte est une région où vivait autrefois le Vieux de la Montagne. Ce nom de Mulecte signifie en français « Dieu de la Terre ». Je vais vous raconter son histoire comme Marc Pol l'apprit lui-même des habitants de cette région.
Le Vieux de la Montagne s'appelait en leur langue Aloadin. Il avait un jardin clos entre deux montagnes, le plus grand et le plus beau qu'on ait jamais vu au monde, avec les fruits les plus délicieux, des maisons et des palais les plus splendides, tout pleins d'or et de peintures. Il courait dans ce jardin des rivières de vin, de lait, de miel et d'eau. Les plus belles dames et demoiselles du monde y jouaient de tous instruments et y chantaient à merveille. C'était un plaisir de les voir danser. Le Vieux de la Montagne faisait croire à ses hommes que ce jardin était le Paradis. D'ailleurs, c'est ainsi qu'il l'avait fait, en suivant l'exacte description que Mahomet donne du paradis : un beau jardin plein de rivières de vin, de lait, de miel et d'eau, plein de belles femmes pour le plaisir. Tel était le jardin du Vieux de la Montagne. Et tous croyaient dur comme fer que c'était le Paradis. Le Vieux n'y laissait entrer personne, hormis ceux dont il voulait faire ses Assassins. D'ailleurs, un château en défendait l'entrée, si solide que personne ne pouvait le prendre. Et c'était la seule entrée.
Le Vieux de la Montagne appelait à sa cour des jeunes gens de la région, de douze ans environ, qui rêvaient de devenir chevaliers. Il leur racontait l'histoire du Paradis de Mahomet, et les enfants le croyaient, comme le croient tous les musulmans du monde. Le Vieux leur faisait boire un breuvage somnifère. Et une fois endormis, les faisait déposer à dix, six ou quatre dans ce jardin. Et les enfants se réveillaient là, dans le jardin.

Le Vieux de la Montagne dans son faux paradis


Le Vieux de la Montagne drogue les Assassins, ses disciples

Le Vieux de la Montagne drogue les Assassins, ses disciples

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Plus que la doctrine des Nizârites, c’est la terreur qu’ils firent régner dans tout le Moyen-Orient qui les rendit célèbres. Sous la conduite du « Vieux de la Montagne » (Chayr al-Jabal), ils tuèrent plusieurs souverains importants, aussi bien parmi les musulmans que les chrétiens, et Saladin lui-même échappa de peu à un attentat. Ils eurent longtemps la réputation de consommer du haschisch avant de commettre leurs crimes, d’où le nom Assassins qui est depuis passé dans la langue courante. Si cette étymologie est aujourd’hui contestée, le souvenir de la terreur qu’ils inspirèrent reste encore vif.

Comment le Vieux de la Montagne "fait" ses assassins

À leur réveil, les enfants pensent être au Paradis, tant l'endroit est magnifique. Les dames et les demoiselles leur font sans cesse des douceurs. Jamais ils ne penseraient quitter un tel lieu de leur plein gré. Le Vieux de la Montagne tient noble, digne et grande cour, et fait accroire aux hommes de son entourage qu'il est un grand prophète. Et ils le croient réellement. Quand il veut disposer d'un Assassin pour quelque mission, il fait donner à boire d'un certain breuvage à l'un de ceux qui sont dans le jardin. Puis, il le fait porter dans son palais. À son réveil, celui-ci s'humilie profondément devant lui, croyant avoir affaire au vrai prophète. À la question du Vieux : « D'où viens-tu ? », il répond : « Du Paradis. » Et il ajoute que le Paradis est bien comme le dit Mahomet. Son seul rêve est d'y retourner. Quand le Vieux veut faire assassiner un grand seigneur, il dit à ses Assassins : « Allez assassiner un tel. À votre retour, vous retournerez au Paradis, et si par malheur vous mourez, je vous y ferai porter par mes anges ! » Ainsi leur en fait-il accroire. Et ils font tout ce qu'il commande, tant est grand leur désir de retourner dans son Paradis. Et ainsi le Vieux de la Montagne faisait-il supprimer tous ses ennemis. Les seigneurs, qui redoutaient ses sbires, achetaient sa paix et son amitié.

Il raconte la mort du Vieux de la Montagne
En l'an 1242 de l'Incarnation du Christ, Alau, le seigneur des Tartars du Levant, ayant eu connaissance de la cruauté du Vieux de la Montagne, s'avisa de le supprimer. Il lança contre lui un de ses barons avec une armée imposante. Trois années durant, ses hommes assiégèrent son château sans pouvoir le prendre tant il était solide. N'était la famine, jamais ils n'auraient pu en venir à bout. Ils tuèrent alors le Vieux de la Montagne et ses Assassins. Et il n'y en eut plus jamais d'autre. Ainsi mit-il fin aux horribles cruautés du Vieux de la Montagne.

Le Vieux de la Montagne drogue les Assassins, ses disciples


Le Vieux de la Montagne dans son faux paradis

Le Vieux de la Montagne dans son faux paradis

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La forteresse d’Alamut dans l’Elbrouz, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Téhéran, fut de 1094 à 1256 le siège des Nizârites, un schisme au sein du chiisme ismaélien, partisans de l'Imam Nizar, au lieu d’Al Mustali son frère. Après la guerre de succession entre les deux frères qui voit triompher Al Mustali comme sultan au Caire, le Persan Hassan ibn al-Sabbah, un des partisans de Nizar s’installe à Alamut et prend la direction du groupe. Opposés aux Fatimides chiites du Caire, mais aussi au califat sunnite des Abbassides à Bagdad, les Nizârites d’Alamut édifient un royaume dont la forteresse, réputée imprenable, est le centre. Ils étendent aussi leur prédication vers la Syrie et rencontrent alors les Croisés. La conquête de la Perse par Hulegut, les fait disparaître en tant qu'état indépendant, et leurs descendants sont devenus au19e siècle les fidèles de l’Aga Khan. Marco Polo n’a pas pu voir la forteresse d’Alumut, détruite par Hulegut en 1256, mais il en a entendu parler.

Il parle du Vieux de la Montagne et de ses affaires

Mulecte est une région où vivait autrefois le Vieux de la Montagne. Ce nom de Mulecte signifie en français « Dieu de la Terre ». Je vais vous raconter son histoire comme Marc Pol l'apprit lui-même des habitants de cette région.
Le Vieux de la Montagne s'appelait en leur langue Aloadin. Il avait un jardin clos entre deux montagnes, le plus grand et le plus beau qu'on ait jamais vu au monde, avec les fruits les plus délicieux, des maisons et des palais les plus splendides, tout pleins d'or et de peintures. Il courait dans ce jardin des rivières de vin, de lait, de miel et d'eau. Les plus belles dames et demoiselles du monde y jouaient de tous instruments et y chantaient à merveille. C'était un plaisir de les voir danser. Le Vieux de la Montagne faisait croire à ses hommes que ce jardin était le Paradis. D'ailleurs, c'est ainsi qu'il l'avait fait, en suivant l'exacte description que Mahomet donne du paradis : un beau jardin plein de rivières de vin, de lait, de miel et d'eau, plein de belles femmes pour le plaisir. Tel était le jardin du Vieux de la Montagne. Et tous croyaient dur comme fer que c'était le Paradis. Le Vieux n'y laissait entrer personne, hormis ceux dont il voulait faire ses Assassins. D'ailleurs, un château en défendait l'entrée, si solide que personne ne pouvait le prendre. Et c'était la seule entrée.
Le Vieux de la Montagne appelait à sa cour des jeunes gens de la région, de douze ans environ, qui rêvaient de devenir chevaliers. Il leur racontait l'histoire du Paradis de Mahomet, et les enfants le croyaient, comme le croient tous les musulmans du monde. Le Vieux leur faisait boire un breuvage somnifère. Et une fois endormis, les faisait déposer à dix, six ou quatre dans ce jardin. Et les enfants se réveillaient là, dans le jardin.

Le Vieux de la Montagne dans son faux paradis


Le Vieux de la Montagne drogue les Assassins, ses disciples

Le Vieux de la Montagne drogue les Assassins, ses disciples

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Plus que la doctrine des Nizârites, c’est la terreur qu’ils firent régner dans tout le Moyen-Orient qui les rendit célèbres. Sous la conduite du « Vieux de la Montagne » (Chayr al-Jabal), ils tuèrent plusieurs souverains importants, aussi bien parmi les musulmans que les chrétiens, et Saladin lui-même échappa de peu à un attentat. Ils eurent longtemps la réputation de consommer du haschisch avant de commettre leurs crimes, d’où le nom Assassins qui est depuis passé dans la langue courante. Si cette étymologie est aujourd’hui contestée, le souvenir de la terreur qu’ils inspirèrent reste encore vif.

Comment le Vieux de la Montagne "fait" ses assassins

À leur réveil, les enfants pensent être au Paradis, tant l'endroit est magnifique. Les dames et les demoiselles leur font sans cesse des douceurs. Jamais ils ne penseraient quitter un tel lieu de leur plein gré. Le Vieux de la Montagne tient noble, digne et grande cour, et fait accroire aux hommes de son entourage qu'il est un grand prophète. Et ils le croient réellement. Quand il veut disposer d'un Assassin pour quelque mission, il fait donner à boire d'un certain breuvage à l'un de ceux qui sont dans le jardin. Puis, il le fait porter dans son palais. À son réveil, celui-ci s'humilie profondément devant lui, croyant avoir affaire au vrai prophète. À la question du Vieux : « D'où viens-tu ? », il répond : « Du Paradis. » Et il ajoute que le Paradis est bien comme le dit Mahomet. Son seul rêve est d'y retourner. Quand le Vieux veut faire assassiner un grand seigneur, il dit à ses Assassins : « Allez assassiner un tel. À votre retour, vous retournerez au Paradis, et si par malheur vous mourez, je vous y ferai porter par mes anges ! » Ainsi leur en fait-il accroire. Et ils font tout ce qu'il commande, tant est grand leur désir de retourner dans son Paradis. Et ainsi le Vieux de la Montagne faisait-il supprimer tous ses ennemis. Les seigneurs, qui redoutaient ses sbires, achetaient sa paix et son amitié.

Il raconte la mort du Vieux de la Montagne
En l'an 1242 de l'Incarnation du Christ, Alau, le seigneur des Tartars du Levant, ayant eu connaissance de la cruauté du Vieux de la Montagne, s'avisa de le supprimer. Il lança contre lui un de ses barons avec une armée imposante. Trois années durant, ses hommes assiégèrent son château sans pouvoir le prendre tant il était solide. N'était la famine, jamais ils n'auraient pu en venir à bout. Ils tuèrent alors le Vieux de la Montagne et ses Assassins. Et il n'y en eut plus jamais d'autre. Ainsi mit-il fin aux horribles cruautés du Vieux de la Montagne.

Le Vieux de la Montagne drogue les Assassins, ses disciples


Les habitants de Tangut [Gansu] adorent leur dieu

Les habitants de Tangut [Gansu] adorent leur dieu

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Sortant d’un long voyage à travers les plaines désertiques d’Asie centrale, Marco Polo a sans doute pris le temps de se reposer à Sacion, l’actuelle Dunhuang, et il a observé les mœurs de ceux qu’il appelle idolâtres. Il se réfère au bouddhisme proche des traditions tibétaines qui est alors pratiqué au Gansu. Contrairement à beaucoup de voyageurs de son temps, Marco Polo s’abstient de porter un jugement sur les pratiques religieuses qu’il décrit.

Il parle de la province de Tangut

Après trente jours à travers le désert, on atteint la cité de Sacion. Elle est sujette au Grand Khan. La province s'appelle Tangut. Ses habitants sont tous idolâtres, mais il y a également des chrétiens nestoriens et des musulmans. Les idolâtres ont un langage à eux. La ville est située entre vent Grec et Levant. Ils vivent du commerce des céréales.
Le pays est plein de leurs monastères et de leurs abbayes. Ils les ont en grande révérence et dévotion, et y célèbrent de nombreux sacrifices. Tous les parents font élever un mouton en l'honneur de l'idole. À la fin de l'année, ou pour la fête de l'idole, ceux qui ont nourri le mouton le mangent avec les enfants devant l'idole, avec grand respect. Ils célèbrent l'idole et la prient de protéger leurs enfants. Puis ils la laissent. L'idole, pensent-ils, se nourrit de l'odeur de la chair du mouton. Revenus chez eux, ils réunissent parents et amis pour une grande fête où ils mangent la viande. Ils en recueillent les os et les mettent en sûreté dedans une huche.

Les habitants de Tangut [Gansu] adorent leur dieu
Les funérailles à Tangut [Gansu]

Les funérailles à Tangut [Gansu]

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Les cérémonies funéraires observées par Marco Polo étaient encore pratiquées au début du 20e siècle dans la province du Gansu et ailleurs en Asie. La tradition de brûler des représentations en papier de richesses est encore vivante. Les Chinois ont ainsi l’habitude de brûler de faux billets de banque à la valeur extravagante.

Il parle de la province de Tangut [suite]

Les idolâtres incinèrent leurs défunts. Les parents du défunt construisent sur le chemin qui mène au bûcher une petite maison de bois qu'ils recouvrent d'étoffes d'or et de soie. Au passage du cortège funèbre, les hommes de la maison inondent le corps de vin et de nourriture. Ainsi selon eux, le défunt sera-t-il accueilli dans l'autre monde. Arrivés au bûcher, ils découpent dans le parchemin et le papier, hommes, chevaux, chameaux et des cercles qui ressemblent à nos besants, et ils les font brûler avec le mort. C'est autant d'esclaves, de bêtes et de richesses qu'il aura, disent-ils, dans l'autre monde. La musique précède le cortège. Mais avant de l'incinérer, ils questionnent leurs astrologues pour savoir quel est le jour favorable. Il peut arriver qu'ils gardent le corps bien six mois, jusqu'au jour que les astrologues désignent. Pour cela ils fabriquent un cercueil de bois bien solide d'une paume au moins, délicatement peint. Ils y placent le corps après l'avoir entouré dans des étoffes précieuses, et avoir répandu du camphre et des épices pour éviter la puanteur. Et aussi longtemps qu'ils gardent le mort, ils lui présentent une table pleine de nourriture. Ils prétendent que son âme vient manger et boire, et lui laissent suffisamment de nourriture chaque jour. Parfois même leurs sorciers leur font croire qu'il n'est pas bon de passer le corps du mort par la porte. Alors ils démolissent le mur de la maison, et passent par là pour sortir brûler le défunt. Ainsi font tous les idolâtres de la région. Laissons ce sujet, et parlons d'une autre cité qui se trouve vers la Grande Ourse, à l'extrémité du désert.

Les funérailles à Tangut [Gansu]


Les habitants de Tangut [Gansu] adorent leur dieu

Les habitants de Tangut [Gansu] adorent leur dieu

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Sortant d’un long voyage à travers les plaines désertiques d’Asie centrale, Marco Polo a sans doute pris le temps de se reposer à Sacion, l’actuelle Dunhuang, et il a observé les mœurs de ceux qu’il appelle idolâtres. Il se réfère au bouddhisme proche des traditions tibétaines qui est alors pratiqué au Gansu. Contrairement à beaucoup de voyageurs de son temps, Marco Polo s’abstient de porter un jugement sur les pratiques religieuses qu’il décrit.

Il parle de la province de Tangut

Après trente jours à travers le désert, on atteint la cité de Sacion. Elle est sujette au Grand Khan. La province s'appelle Tangut. Ses habitants sont tous idolâtres, mais il y a également des chrétiens nestoriens et des musulmans. Les idolâtres ont un langage à eux. La ville est située entre vent Grec et Levant. Ils vivent du commerce des céréales.
Le pays est plein de leurs monastères et de leurs abbayes. Ils les ont en grande révérence et dévotion, et y célèbrent de nombreux sacrifices. Tous les parents font élever un mouton en l'honneur de l'idole. À la fin de l'année, ou pour la fête de l'idole, ceux qui ont nourri le mouton le mangent avec les enfants devant l'idole, avec grand respect. Ils célèbrent l'idole et la prient de protéger leurs enfants. Puis ils la laissent. L'idole, pensent-ils, se nourrit de l'odeur de la chair du mouton. Revenus chez eux, ils réunissent parents et amis pour une grande fête où ils mangent la viande. Ils en recueillent les os et les mettent en sûreté dedans une huche.

Les habitants de Tangut [Gansu] adorent leur dieu
Les funérailles à Tangut [Gansu]

Les funérailles à Tangut [Gansu]

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Les cérémonies funéraires observées par Marco Polo étaient encore pratiquées au début du 20e siècle dans la province du Gansu et ailleurs en Asie. La tradition de brûler des représentations en papier de richesses est encore vivante. Les Chinois ont ainsi l’habitude de brûler de faux billets de banque à la valeur extravagante.

Il parle de la province de Tangut [suite]

Les idolâtres incinèrent leurs défunts. Les parents du défunt construisent sur le chemin qui mène au bûcher une petite maison de bois qu'ils recouvrent d'étoffes d'or et de soie. Au passage du cortège funèbre, les hommes de la maison inondent le corps de vin et de nourriture. Ainsi selon eux, le défunt sera-t-il accueilli dans l'autre monde. Arrivés au bûcher, ils découpent dans le parchemin et le papier, hommes, chevaux, chameaux et des cercles qui ressemblent à nos besants, et ils les font brûler avec le mort. C'est autant d'esclaves, de bêtes et de richesses qu'il aura, disent-ils, dans l'autre monde. La musique précède le cortège. Mais avant de l'incinérer, ils questionnent leurs astrologues pour savoir quel est le jour favorable. Il peut arriver qu'ils gardent le corps bien six mois, jusqu'au jour que les astrologues désignent. Pour cela ils fabriquent un cercueil de bois bien solide d'une paume au moins, délicatement peint. Ils y placent le corps après l'avoir entouré dans des étoffes précieuses, et avoir répandu du camphre et des épices pour éviter la puanteur. Et aussi longtemps qu'ils gardent le mort, ils lui présentent une table pleine de nourriture. Ils prétendent que son âme vient manger et boire, et lui laissent suffisamment de nourriture chaque jour. Parfois même leurs sorciers leur font croire qu'il n'est pas bon de passer le corps du mort par la porte. Alors ils démolissent le mur de la maison, et passent par là pour sortir brûler le défunt. Ainsi font tous les idolâtres de la région. Laissons ce sujet, et parlons d'une autre cité qui se trouve vers la Grande Ourse, à l'extrémité du désert.

Les funérailles à Tangut [Gansu]


Le couronnement de Gengis Khan

Le couronnement de Gengis Khan

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Temoudjin, dit Gengis Khan, né vers 1150, est le fils d’un chef de clan mongol puissant. Orphelin, Temoudjin se met vers l’âge de 15 ans au service de Toghril, chef des Kéraïts. Il vainc alors plusieurs peuples nomades, dont les Tatars, et rallie des clans entiers, qui le choisissent comme souverain. En 1203, Il se retourne alors contre Toghril et s’empare du pays Kéraït. En 1206, Temoudjin est maître de toute la Mongolie. Il est alors proclamé Khan de tous les Mongols lors d’une assemblée des chefs et prend le nom de Gengis Khan. Il emmène son peuple à la conquête du monde, en commençant par la Chine du Nord. En 1215, ses armées s’emparent de Pékin, en 1218, de la Corée. Puis il se consacre aux territoires à l’ouest de la Mongolie. En 1220, Boukhara puis Samarcande tombent. En 1226, il est le maître du nord de l’Inde. Ses armées avancent jusqu’en Russie. Quand il meurt d’une chute de cheval, en 1227, son empire s’étend du Dniepr à la Corée et de l’Inde au cercle Arctique.

Il parle de Gengis Khan qui fut le premier Khan des Tartars

En l'an 1187 de l'Incarnation du Christ, les Tartars désignèrent comme roi un certain Gengis Khan. C'était un homme de grande valeur, de grande sagesse et de grand courage. Et voici que, lorsque tous les Tartars du monde apprirent son élection, ils accoururent de tout le pays et le tinrent pour seigneur. Et lui gouvernait en parfaite autorité. Qu'ajouter ? C'était merveille de voir les Tartars si nombreux. Gengis Khan fit grands préparatifs de guerre, des javelots, des traits d'arbalètes et bien d'autres armes, selon leur habitude, et il partit conquérir ces régions, au total bien sept provinces. Jamais il ne faisait tort ni dommage aux habitants d'une province conquise, mais leur laissait avec eux [pour les gouverner] quelques-uns de ses hommes. Avec le reste de sa troupe, il poursuivait ses innombrables conquêtes. Voyant qu'il les protégeait et les gardait si bien des autres, et n'ayant eux-mêmes subi nul dommage du fait de sa grande bonté, les habitants des provinces conquises prenaient volontiers son parti et lui étaient d'une parfaite fidélité.
Quand la terre entière fut couverte des hommes qu'il avait rassemblés, Gengis Khan pensa partir à la conquête d'une grande partie du monde et envoya ses ambassadeurs au Prêtre Jean. Alors, en l'an 1200 de l'Incarnation du Christ, il lui demanda sa fille en mariage. Profondément offensé, le Prêtre Jean répondit à ses ambassadeurs : « Que n'a-t-il honte de demander ma fille en mariage ! Il sait bien pourtant qu'il est mon homme et mon serf ! Retournez le lui dire ! Plutôt brûler ma fille que de la lui donner pour femme ! Il mérite la mort pour s'opposer ainsi, traître et félon, à son légitime seigneur ! » Il congédia les ambassadeurs de Gengis Khan, leur interdisant de se représenter devant lui. Ceux-ci partirent sur-le-champ et, brûlant les étapes, arrivèrent auprès de leur maître à qui ils rapportèrent sans rien en omettre les paroles du Prêtre Jean.

Comment Gengis Khan assembla ses hommes pour marcher contre le Prêtre Jean

Quand Gengis Khan sut l'outrage que le Prêtre Jean lui faisait, il en eut le cœur si enflé que peu s'en fallut qu'il lui crevât dans la poitrine, car il était homme de très haute autorité.
À la fin, il parla de crime et s'écria devant son entourage que jamais plus il n'aurait d'autorité s'il ne lavait un si terrible outrage, que jamais honte ne serait si chèrement rachetée, et qu'il lui montrerait très bientôt s'il était son serf.
Il assembla alors tous les hommes de toutes ses armées et fit les plus grands préparatifs de guerre qu'on ait jamais vus ni entendu raconter. Il invita le Prêtre Jean à préparer ses défenses. Celui-ci prit pour une plaisanterie sans importance l'avancée contre lui des armées de Gengis Khan. « Ce n'est pas un homme de guerre », disait-il. Il fit cependant grands préparatifs pour s'en emparer et le supprimer, s'il osait venir. Ainsi les deux camps s'armaient-ils ! Pourquoi faire un long récit ? Gengis Khan arriva avec toute son armée dans la belle et grande plaine de Tanduc, qui appartenait au Prêtre Jean ; il y installa son camp, une troupe sans nombre. Heureux et impatient, il attendait son ennemi dans cette large et belle plaine. Laissons Gengis Khan et son armée, et retournons au Prêtre Jean et à ses hommes.

Le couronnement de Gengis Khan


Le Prêtre Jean [Toghril] reçoit les messagers de Gengis Khan

Le Prêtre Jean [Toghril] reçoit les messagers de Gengis Khan

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La légende du Prêtre Jean, souverain fabuleux d’un royaume chrétien situé en Asie ou en Afrique, est née au 11e siècle en Europe. Elle grandit quand commence à circuler, à partir de 1165, une lettre du Prêtre Jean à l’empereur Manuel Ier Comnène, apocryphe sans doute rédigé en Allemagne pour permettre le rapprochement de la Papauté et de l’Empire. Divers souverains mongols de confession nestorienne ont été identifiés au cours de l’histoire au Prêtre Jean ou à ses descendants, de même que la présence de communautés chrétiennes isolées en Inde ou en Éthiopie a contribué à la légende. Marco Polo identifie pour sa part le Prêtre Jean à Toghril, appelé aussi Wang Khan, chef des Kéraïts, des tribus turques de confession nestorienne vivant en Mongolie centrale. Elles dominaient la région, jusqu’à ce que Gengis Khan en rassemblant les tribus mongoles mette fin à leur hégémonie en 1203.

Comment le Prêtre Jean marcha contre Gengis Khan

Ainsi raconte l'histoire. Lorsque le Prêtre Jean apprit que Gengis Khan marchait sur lui avec son armée, il partit à sa rencontre avec tous ses hommes et arriva en la plaine de Tanduc ; il y installa son camp à vingt milles de celui de Gengis Khan, et les deux armées se reposèrent. Ainsi donc les deux grandes armées se trouvaient-elles dans cette plaine de Tanduc. Un jour, Gengis Khan fit appeler ses astrologues chrétiens et musulmans pour leur demander qui serait vainqueur, du Prêtre Jean ou de lui. Les musulmans cherchèrent en vain. Les chrétiens en revanche lui en dirent toute la vérité et lui en firent claire démonstration. Ils prirent en effet un roseau et le fendirent en deux morceaux, l'un d'un côté, l'autre de l'autre ; [il était posé à terre] et personne ne les tenait. Les astrologues nommèrent un des morceaux Gengis Khan, et l'autre Prêtre Jean. « Regardez, dirent-ils, et vous connaîtrez l'issue de la bataille que doit gagner le meilleur. Le morceau de roseau qui viendra se placer sur l'autre sera vainqueur. » Gengis Khan leur répondit qu'il le regarderait volontiers et qu'ils agissent aussitôt. Alors les astrologues chrétiens lurent un psaume du Psautier et firent leurs autres magies. Et devant tout le monde, le morceau de roseau où était inscrit le nom de Gengis Khan joignit, sans que personne ne le touchât, celui du Prêtre Jean et vint se placer sur lui. Gengis Khan en eut grand-joie. C'est la raison pour laquelle depuis ce jour les chrétiens eurent sa confiance, et il leur fit toujours grand honneur.

Il raconte la bataille de Gengis Khan et du Prêtre Jean

Les armées se reposèrent pendant deux jours, puis les deux partis s'armèrent et se combattirent férocement. Ce fut la plus grande bataille qu'on ait jamais vue. Il y eut beaucoup de morts de part et d'autre. À la fin, Gengis Khan fut vainqueur et le Prêtre Jean mourut. Ce jour là, il perdit toute sa terre, que Gengis Khan conquit jour après jour. Après cette bataille, Gengis Khan régna encore six ans, continuant sans cesse ses conquêtes.
À la fin de la sixième année, il se rendit au château de Calacuy, et y mourut d'une flèche. Et ce fut grand dommage car c'était un homme probe et sage. Après vous avoir raconté comment les Tartars eurent comme premier seigneur Gengis Khan et comment il vainquit le Prêtre Jean, je vous parlerai maintenant de ses successeurs, de leurs coutumes et de leurs usages.

Le Prêtre Jean [Toghril] reçoit les messagers de Gengis Khan


Le couronnement de Gengis Khan

Le couronnement de Gengis Khan

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Temoudjin, dit Gengis Khan, né vers 1150, est le fils d’un chef de clan mongol puissant. Orphelin, Temoudjin se met vers l’âge de 15 ans au service de Toghril, chef des Kéraïts. Il vainc alors plusieurs peuples nomades, dont les Tatars, et rallie des clans entiers, qui le choisissent comme souverain. En 1203, Il se retourne alors contre Toghril et s’empare du pays Kéraït. En 1206, Temoudjin est maître de toute la Mongolie. Il est alors proclamé Khan de tous les Mongols lors d’une assemblée des chefs et prend le nom de Gengis Khan. Il emmène son peuple à la conquête du monde, en commençant par la Chine du Nord. En 1215, ses armées s’emparent de Pékin, en 1218, de la Corée. Puis il se consacre aux territoires à l’ouest de la Mongolie. En 1220, Boukhara puis Samarcande tombent. En 1226, il est le maître du nord de l’Inde. Ses armées avancent jusqu’en Russie. Quand il meurt d’une chute de cheval, en 1227, son empire s’étend du Dniepr à la Corée et de l’Inde au cercle Arctique.

Il parle de Gengis Khan qui fut le premier Khan des Tartars

En l'an 1187 de l'Incarnation du Christ, les Tartars désignèrent comme roi un certain Gengis Khan. C'était un homme de grande valeur, de grande sagesse et de grand courage. Et voici que, lorsque tous les Tartars du monde apprirent son élection, ils accoururent de tout le pays et le tinrent pour seigneur. Et lui gouvernait en parfaite autorité. Qu'ajouter ? C'était merveille de voir les Tartars si nombreux. Gengis Khan fit grands préparatifs de guerre, des javelots, des traits d'arbalètes et bien d'autres armes, selon leur habitude, et il partit conquérir ces régions, au total bien sept provinces. Jamais il ne faisait tort ni dommage aux habitants d'une province conquise, mais leur laissait avec eux [pour les gouverner] quelques-uns de ses hommes. Avec le reste de sa troupe, il poursuivait ses innombrables conquêtes. Voyant qu'il les protégeait et les gardait si bien des autres, et n'ayant eux-mêmes subi nul dommage du fait de sa grande bonté, les habitants des provinces conquises prenaient volontiers son parti et lui étaient d'une parfaite fidélité.
Quand la terre entière fut couverte des hommes qu'il avait rassemblés, Gengis Khan pensa partir à la conquête d'une grande partie du monde et envoya ses ambassadeurs au Prêtre Jean. Alors, en l'an 1200 de l'Incarnation du Christ, il lui demanda sa fille en mariage. Profondément offensé, le Prêtre Jean répondit à ses ambassadeurs : « Que n'a-t-il honte de demander ma fille en mariage ! Il sait bien pourtant qu'il est mon homme et mon serf ! Retournez le lui dire ! Plutôt brûler ma fille que de la lui donner pour femme ! Il mérite la mort pour s'opposer ainsi, traître et félon, à son légitime seigneur ! » Il congédia les ambassadeurs de Gengis Khan, leur interdisant de se représenter devant lui. Ceux-ci partirent sur-le-champ et, brûlant les étapes, arrivèrent auprès de leur maître à qui ils rapportèrent sans rien en omettre les paroles du Prêtre Jean.

Comment Gengis Khan assembla ses hommes pour marcher contre le Prêtre Jean

Quand Gengis Khan sut l'outrage que le Prêtre Jean lui faisait, il en eut le cœur si enflé que peu s'en fallut qu'il lui crevât dans la poitrine, car il était homme de très haute autorité.
À la fin, il parla de crime et s'écria devant son entourage que jamais plus il n'aurait d'autorité s'il ne lavait un si terrible outrage, que jamais honte ne serait si chèrement rachetée, et qu'il lui montrerait très bientôt s'il était son serf.
Il assembla alors tous les hommes de toutes ses armées et fit les plus grands préparatifs de guerre qu'on ait jamais vus ni entendu raconter. Il invita le Prêtre Jean à préparer ses défenses. Celui-ci prit pour une plaisanterie sans importance l'avancée contre lui des armées de Gengis Khan. « Ce n'est pas un homme de guerre », disait-il. Il fit cependant grands préparatifs pour s'en emparer et le supprimer, s'il osait venir. Ainsi les deux camps s'armaient-ils ! Pourquoi faire un long récit ? Gengis Khan arriva avec toute son armée dans la belle et grande plaine de Tanduc, qui appartenait au Prêtre Jean ; il y installa son camp, une troupe sans nombre. Heureux et impatient, il attendait son ennemi dans cette large et belle plaine. Laissons Gengis Khan et son armée, et retournons au Prêtre Jean et à ses hommes.

Le couronnement de Gengis Khan


Le Prêtre Jean [Toghril] reçoit les messagers de Gengis Khan

Le Prêtre Jean [Toghril] reçoit les messagers de Gengis Khan

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La légende du Prêtre Jean, souverain fabuleux d’un royaume chrétien situé en Asie ou en Afrique, est née au 11e siècle en Europe. Elle grandit quand commence à circuler, à partir de 1165, une lettre du Prêtre Jean à l’empereur Manuel Ier Comnène, apocryphe sans doute rédigé en Allemagne pour permettre le rapprochement de la Papauté et de l’Empire. Divers souverains mongols de confession nestorienne ont été identifiés au cours de l’histoire au Prêtre Jean ou à ses descendants, de même que la présence de communautés chrétiennes isolées en Inde ou en Éthiopie a contribué à la légende. Marco Polo identifie pour sa part le Prêtre Jean à Toghril, appelé aussi Wang Khan, chef des Kéraïts, des tribus turques de confession nestorienne vivant en Mongolie centrale. Elles dominaient la région, jusqu’à ce que Gengis Khan en rassemblant les tribus mongoles mette fin à leur hégémonie en 1203.

Comment le Prêtre Jean marcha contre Gengis Khan

Ainsi raconte l'histoire. Lorsque le Prêtre Jean apprit que Gengis Khan marchait sur lui avec son armée, il partit à sa rencontre avec tous ses hommes et arriva en la plaine de Tanduc ; il y installa son camp à vingt milles de celui de Gengis Khan, et les deux armées se reposèrent. Ainsi donc les deux grandes armées se trouvaient-elles dans cette plaine de Tanduc. Un jour, Gengis Khan fit appeler ses astrologues chrétiens et musulmans pour leur demander qui serait vainqueur, du Prêtre Jean ou de lui. Les musulmans cherchèrent en vain. Les chrétiens en revanche lui en dirent toute la vérité et lui en firent claire démonstration. Ils prirent en effet un roseau et le fendirent en deux morceaux, l'un d'un côté, l'autre de l'autre ; [il était posé à terre] et personne ne les tenait. Les astrologues nommèrent un des morceaux Gengis Khan, et l'autre Prêtre Jean. « Regardez, dirent-ils, et vous connaîtrez l'issue de la bataille que doit gagner le meilleur. Le morceau de roseau qui viendra se placer sur l'autre sera vainqueur. » Gengis Khan leur répondit qu'il le regarderait volontiers et qu'ils agissent aussitôt. Alors les astrologues chrétiens lurent un psaume du Psautier et firent leurs autres magies. Et devant tout le monde, le morceau de roseau où était inscrit le nom de Gengis Khan joignit, sans que personne ne le touchât, celui du Prêtre Jean et vint se placer sur lui. Gengis Khan en eut grand-joie. C'est la raison pour laquelle depuis ce jour les chrétiens eurent sa confiance, et il leur fit toujours grand honneur.

Il raconte la bataille de Gengis Khan et du Prêtre Jean

Les armées se reposèrent pendant deux jours, puis les deux partis s'armèrent et se combattirent férocement. Ce fut la plus grande bataille qu'on ait jamais vue. Il y eut beaucoup de morts de part et d'autre. À la fin, Gengis Khan fut vainqueur et le Prêtre Jean mourut. Ce jour là, il perdit toute sa terre, que Gengis Khan conquit jour après jour. Après cette bataille, Gengis Khan régna encore six ans, continuant sans cesse ses conquêtes.
À la fin de la sixième année, il se rendit au château de Calacuy, et y mourut d'une flèche. Et ce fut grand dommage car c'était un homme probe et sage. Après vous avoir raconté comment les Tartars eurent comme premier seigneur Gengis Khan et comment il vainquit le Prêtre Jean, je vous parlerai maintenant de ses successeurs, de leurs coutumes et de leurs usages.

Le Prêtre Jean [Toghril] reçoit les messagers de Gengis Khan
Les habitants merveilleux de Bargu

Les habitants merveilleux de Bargu

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Marco Polo n’est pas allé au bord du Lac Baïkal, il ne fait qu’en rapporter ce qu’on lui a dit. Le peintre de l’enluminure interprète très librement ses propos en peignant trois monstres traditionnels des bestiaires antique et médiéval. Pline l’Ancien dans le Livre V de son Histoire naturelle parle des Blemmyes comme d'un peuple situé en Abyssinie, sans tête et ayant les yeux et la bouche sur le ventre. Selon le même auteur, citant Stécias, les Sciapodes sont un peuple de l’Inde n’ayant qu’un seul pied qui leur donne une agilité merveilleuse, et qui peut aussi leur servir de parasol. À l’occident de ce peuple, il s’en trouve un autre ayant les yeux sur les épaules, ce qui a pu inciter l’artiste à peindre un Blemmye à côté d’un Sciapode. Enfin, les cyclopes sont depuis l’Odyssée des monstres bien connus à la brutalité légendaire.

Il parle de la plaine de Caracoron et des us et coutumes de ses habitants

Après quarante journées de chevauchée en direction du vent du Nord, depuis Caracoron et les monts de l'Altaï, sépulture des seigneurs Tartars, l'on arrive à la plaine de Bargu. Ses habitants, les Mescript, sont particulièrement sauvages et vivent de bétail. Ils suivent les coutumes des Tartars et sont sujets du Grand Khan. Ils ne produisent ni vin ni céréales. L'été, ils vivent de la chasse aux bêtes et aux oiseaux, mais pas l'hiver, car il y fait très froid.
On chevauche quarante jours durant au travers de cette immense plaine de Bargu, et l'on arrive à la mer Océane, près des montagnes, là où les faucons pèlerins font leurs nids. Ni homme ni femme, ni bête ni oiseau ne vivent dans ces montagnes, seulement une espèce d'oiseaux que l'on appelle barguelac, dont les faucons se nourrissent. Ils ont la taille d'une perdrix, les pattes d'un perroquet, la queue d'une hirondelle, et leur vol est très rapide. Aucun autre animal ne peut vivre là, tant il y fait froid. Lorsque le Grand Khan désire des petits de faucons pèlerins, c'est là qu'on vient les chercher. Dans les îles à l'entour naissent les petits des gerfauts. Et cet endroit est tellement au nord que l'étoile du Nord y est facilement visible près de la moitié du jour. Il y a là tant de gerfauts que le Grand Khan en a autant qu'il en désire. Lorsque les chrétiens apportent des gerfauts en Tartarie, ce n'est donc pas pour les offrir au Grand Khan comme vous pourriez le croire, mais pour en faire présent au seigneur du Levant. Je vous ai décrit les provinces en direction du vent du Nord, je vais maintenant vous raconter celles qui mènent au pays du Grand Khan. Nous reviendrons donc à la province Campitiu dont nous avons parlé.

Les habitants merveilleux de Bargu
fol. 30

fol. 30

fol. 30
Les habitants merveilleux de Bargu

Les habitants merveilleux de Bargu

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Marco Polo n’est pas allé au bord du Lac Baïkal, il ne fait qu’en rapporter ce qu’on lui a dit. Le peintre de l’enluminure interprète très librement ses propos en peignant trois monstres traditionnels des bestiaires antique et médiéval. Pline l’Ancien dans le Livre V de son Histoire naturelle parle des Blemmyes comme d'un peuple situé en Abyssinie, sans tête et ayant les yeux et la bouche sur le ventre. Selon le même auteur, citant Stécias, les Sciapodes sont un peuple de l’Inde n’ayant qu’un seul pied qui leur donne une agilité merveilleuse, et qui peut aussi leur servir de parasol. À l’occident de ce peuple, il s’en trouve un autre ayant les yeux sur les épaules, ce qui a pu inciter l’artiste à peindre un Blemmye à côté d’un Sciapode. Enfin, les cyclopes sont depuis l’Odyssée des monstres bien connus à la brutalité légendaire.

Il parle de la plaine de Caracoron et des us et coutumes de ses habitants

Après quarante journées de chevauchée en direction du vent du Nord, depuis Caracoron et les monts de l'Altaï, sépulture des seigneurs Tartars, l'on arrive à la plaine de Bargu. Ses habitants, les Mescript, sont particulièrement sauvages et vivent de bétail. Ils suivent les coutumes des Tartars et sont sujets du Grand Khan. Ils ne produisent ni vin ni céréales. L'été, ils vivent de la chasse aux bêtes et aux oiseaux, mais pas l'hiver, car il y fait très froid.
On chevauche quarante jours durant au travers de cette immense plaine de Bargu, et l'on arrive à la mer Océane, près des montagnes, là où les faucons pèlerins font leurs nids. Ni homme ni femme, ni bête ni oiseau ne vivent dans ces montagnes, seulement une espèce d'oiseaux que l'on appelle barguelac, dont les faucons se nourrissent. Ils ont la taille d'une perdrix, les pattes d'un perroquet, la queue d'une hirondelle, et leur vol est très rapide. Aucun autre animal ne peut vivre là, tant il y fait froid. Lorsque le Grand Khan désire des petits de faucons pèlerins, c'est là qu'on vient les chercher. Dans les îles à l'entour naissent les petits des gerfauts. Et cet endroit est tellement au nord que l'étoile du Nord y est facilement visible près de la moitié du jour. Il y a là tant de gerfauts que le Grand Khan en a autant qu'il en désire. Lorsque les chrétiens apportent des gerfauts en Tartarie, ce n'est donc pas pour les offrir au Grand Khan comme vous pourriez le croire, mais pour en faire présent au seigneur du Levant. Je vous ai décrit les provinces en direction du vent du Nord, je vais maintenant vous raconter celles qui mènent au pays du Grand Khan. Nous reviendrons donc à la province Campitiu dont nous avons parlé.

Les habitants merveilleux de Bargu
fol. 30

fol. 30

fol. 30
Fol. 36v

Fol. 36v

Fol. 36v


Le Palais du Grand Khan à Cambaluc [Pékin]

Le Palais du Grand Khan à Cambaluc [Pékin]

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Le Palais Impérial de Pékin fut construit à partir de 1271 dans la ville Tartare que Kubilaï fit construire à partir de 1267 au nord de la ville chinoise traditionnelle. Cette ville devient la capitale officielle de l’Empire de Kubilaï à partir de 1274. Elle est de forme carrée, comme la terre dans la mythologie chinoise. Comme la décrit aussi Marco Polo, c’est une suite de carrés emboîtés les uns dans les autres, avec en son cœur le Palais impérial. Le Palais tel qu’il existait du temps de Marco Polo a été rasé en 1369 quand les Ming s’installèrent sur le trône impérial.

Il parle du palais du Grand Khan

C'est le plus vaste palais qui soit au monde. Il n'a pas d'étage, mais seulement un rez-de-chaussée, dont le carrelage est à environ dix paumes du sol. Son toit est très haut. Les murs des salles et des chambres sont tous couverts d'or et d'argent, et décorés de peintures figurant des dragons, des bêtes, des oiseaux, des chevaliers, des statues et bien d'autres motifs encore. Le toit est ainsi fait qu'il paraît n'être qu'or, argent et peintures. Le palais est si vaste qu'au moins six mille convives pourraient y manger, et il a tant de chambres que c'est merveille. Nul ne saurait imaginer palais plus parfait, tant il est vaste et magnifique. Les poutres du toit sont vermeilles, jaunes, vertes, dorées et de bien d'autres couleurs. Vernissées avec finesse et art, elles brillent comme du cristal, et le palais resplendit au loin. Solide et sûr, ce toit est construit pour l'éternité.
Il y a entre les remparts d'enceinte de belles prairies et de délicats vergers, pleins de mille bêtes, cerfs, daims, chèvres, biches, différentes espèces d'écureuils et nombre de ces animaux qui font le musc, et encore bien d'autres bêtes, toutes magnifiques. Elles vont partout sauf sur la route, là où vont et viennent les gens. Et l'on trouve également, s'étendant d'un angle à l'autre, un lac très poissonneux. Le seigneur l'a fait empoissonner, et, chaque fois qu'il désire des poissons, il en a tant qu'il veut. Une rivière court à travers le lac, mais elle est grillagée de sorte qu'aucun poisson ne peut s'échapper du lac.
Il y a aussi, à une portée d'arc vers le nord, une colline construite de la main des hommes. Elle est haute de cent pas et s'étend sur un mille. Elle est couverte d'arbres aux feuillages persistants, toujours verts. Que le seigneur apprenne l'existence d'un arbre d'une essence particulière, il le fait aussitôt transplanter avec terre et racines sur cette colline. Peu importe sa taille ; des éléphants le transportent. Ainsi le Grand Khan possède-t-il les plus rares essences du monde. Le seigneur a également fait recouvrir cette colline de [pierres] vertes  ; de sorte qu'avec les arbres, elle est toute verte. On l'appelle le mont Vert. Au sommet de cette colline, il y a un magnifique palais, vert à l'intérieur et à l'extérieur. La colline, les arbres, le palais offrent un spectacle d'une délicate beauté, si merveilleux avec toute cette [verdure] que sa seule contemplation procure bonheur et joie. Et c'est bien pour en avoir délassement, plaisir et joie que le Grand Khan l'a fait construire.

Le Palais du Grand Khan à Cambaluc [Pékin]
Fol. 36v

Fol. 36v

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Le Palais du Grand Khan à Cambaluc [Pékin]

Le Palais du Grand Khan à Cambaluc [Pékin]

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Le Palais Impérial de Pékin fut construit à partir de 1271 dans la ville Tartare que Kubilaï fit construire à partir de 1267 au nord de la ville chinoise traditionnelle. Cette ville devient la capitale officielle de l’Empire de Kubilaï à partir de 1274. Elle est de forme carrée, comme la terre dans la mythologie chinoise. Comme la décrit aussi Marco Polo, c’est une suite de carrés emboîtés les uns dans les autres, avec en son cœur le Palais impérial. Le Palais tel qu’il existait du temps de Marco Polo a été rasé en 1369 quand les Ming s’installèrent sur le trône impérial.

Il parle du palais du Grand Khan

C'est le plus vaste palais qui soit au monde. Il n'a pas d'étage, mais seulement un rez-de-chaussée, dont le carrelage est à environ dix paumes du sol. Son toit est très haut. Les murs des salles et des chambres sont tous couverts d'or et d'argent, et décorés de peintures figurant des dragons, des bêtes, des oiseaux, des chevaliers, des statues et bien d'autres motifs encore. Le toit est ainsi fait qu'il paraît n'être qu'or, argent et peintures. Le palais est si vaste qu'au moins six mille convives pourraient y manger, et il a tant de chambres que c'est merveille. Nul ne saurait imaginer palais plus parfait, tant il est vaste et magnifique. Les poutres du toit sont vermeilles, jaunes, vertes, dorées et de bien d'autres couleurs. Vernissées avec finesse et art, elles brillent comme du cristal, et le palais resplendit au loin. Solide et sûr, ce toit est construit pour l'éternité.
Il y a entre les remparts d'enceinte de belles prairies et de délicats vergers, pleins de mille bêtes, cerfs, daims, chèvres, biches, différentes espèces d'écureuils et nombre de ces animaux qui font le musc, et encore bien d'autres bêtes, toutes magnifiques. Elles vont partout sauf sur la route, là où vont et viennent les gens. Et l'on trouve également, s'étendant d'un angle à l'autre, un lac très poissonneux. Le seigneur l'a fait empoissonner, et, chaque fois qu'il désire des poissons, il en a tant qu'il veut. Une rivière court à travers le lac, mais elle est grillagée de sorte qu'aucun poisson ne peut s'échapper du lac.
Il y a aussi, à une portée d'arc vers le nord, une colline construite de la main des hommes. Elle est haute de cent pas et s'étend sur un mille. Elle est couverte d'arbres aux feuillages persistants, toujours verts. Que le seigneur apprenne l'existence d'un arbre d'une essence particulière, il le fait aussitôt transplanter avec terre et racines sur cette colline. Peu importe sa taille ; des éléphants le transportent. Ainsi le Grand Khan possède-t-il les plus rares essences du monde. Le seigneur a également fait recouvrir cette colline de [pierres] vertes  ; de sorte qu'avec les arbres, elle est toute verte. On l'appelle le mont Vert. Au sommet de cette colline, il y a un magnifique palais, vert à l'intérieur et à l'extérieur. La colline, les arbres, le palais offrent un spectacle d'une délicate beauté, si merveilleux avec toute cette [verdure] que sa seule contemplation procure bonheur et joie. Et c'est bien pour en avoir délassement, plaisir et joie que le Grand Khan l'a fait construire.

Le Palais du Grand Khan à Cambaluc [Pékin]


Kubilaï Khan partant chasser au faucon

Kubilaï Khan partant chasser au faucon

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Les chasses impériales sont des moments importants de la vie de la cour, auxquels Marco Polo consacre plusieurs chapitres. La chasse au faucon, ou à l’aigle est une tradition mongole encore vivace de nos jours. Cependant l’Empereur y déploie un faste inouï qui ne pouvait qu’impressionner les visiteurs occidentaux. L’artiste a particulièrement rendu la cour très importante qui entourait en permanence le souverain à la chasse, mais aussi dans tous ses actes.

Comment le Grand Khan traque le gibier

Chaque fauconnier a un appeau et un capuchon pour rappeler et tenir ses rapaces. Et lorsque le seigneur donne l'ordre de les lâcher, les fauconniers n'ont pas à leur courir après ; les hommes dont je vous ai parlé, les Tastaon, s'en chargent. Les oiseaux ne vont nulle part que ces hommes ne les suivent ; et ils leur viennent en aide en cas de besoin. Tous les faucons du Grand Khan portent à la patte une petite tablette qui les identifie, avec le nom de leur maître et celui de leur fauconnier ; ceux des barons également. Ainsi dès qu'il est pris, l'oiseau peut-il être rendu à son maître. Ces hommes l'apportent à un seigneur qu'on appelle Bulargusi, ce qui veut dire "le gardien des choses qui ne trouvent pas de maître". Car quiconque trouve quelque chose, un cheval, une épée, un oiseau, dont il ignore le maître, il l'apporte à ce seigneur qui le garde. Quiconque a trouvé quelque chose, et ne l'a pas rapporté, est aussitôt puni, et il doit le rendre immédiatement. Et ce seigneur se tient sur les hauteurs avec son gonfanon pour être bien visible de tous. Ainsi rien ne peut être perdu qui ne soit trouvé ni rendu.
Quelle merveilleuse quantité d'oiseaux magnifiques ne voit-on pas, lorsque le seigneur chevauche jusqu'à la mer Océane ! Nul plaisir au monde ne vaut celui-là ! Le Grand Khan s'avance, porté par quatre éléphants, dans une chambre de bois recouverte de peaux de lions, tapissée à l'intérieur d'étoffes tissées de fils d'or. Il tient avec lui douze de ses meilleurs gerfauts et il est accompagné de plusieurs de ses seigneurs. Et parfois, tandis qu'ils chevauchent à ses côtés, ceux-ci l'avertissent : « Seigneur, les grues ! ». Aussitôt, le Grand Khan fait découvrir sa chambre, et choisit un de ses gerfauts qu'il laisse aller. À plusieurs reprises le rapace saisit les grues qu'il abat devant lui. Tout en restant sur son lit dans sa chambre, en compagnie de tous ses seigneurs, le Grand Khan en a grand divertissement et grande joie. Jamais, à mon avis, il n'y a eu et, vraiment, jamais il n'y aura de si grand divertissement et de si grand plaisir au monde que celui que le Grand Khan a ou pourrait avoir.
Après une longue marche, le Grand Khan atteint Caccia Modim, où il trouve dressés dix mille beaux et riches pavillons. Ce sont les siens, ceux de ses fils, ceux de ses seigneurs et ceux de ses maîtresses. Voici le pavillon du Grand Khan. La tente où le seigneur tient sa cour est si vaste que mille personnes pourraient largement s'y rassembler. Elle a une ouverture vers le sud. C'est là que demeurent les chevaliers et les barons. Dans une autre salle contiguë à celle-ci, à l'ouest, demeure le seigneur ; c'est là qu'il fait venir ses sujets lorsqu'il veut s'entretenir avec eux. Et derrière la grande salle, il y a une chambre où dort le seigneur. Et il y a encore bien d'autres tentes et bien d'autres chambres, mais sans communication avec la grande salle.
Et voici comment sont faites ces deux salles et la chambre où dort le Grand Khan. Chacune de ces chambres repose sur trois colonnes de bois, recouvertes à l'extérieur de belles peaux de lion rayées de noir, de blanc et de vermeil, qui les protègent de la pluie et du vent. L'intérieur est tapissé de fourrures d'hermine et de zibeline. Ces deux fourrures sont les plus précieuses et les plus belles qui soient – une peau de zibeline vaudrait bien la fourrure d'un vêtement de deux mille livres d'or ou au moins de mille – les Tartars les appellent les « reines des fourrures ». Ces chambres tapissées de fourrures si habilement travaillées, avec les cordes qui toutes de soie les tendent, sont d'une beauté sublime. Elles n'ont pas de prix. Aucun autre roi ne saurait être assez riche pour s'en offrir de semblables. Et tout autour, il y a encore d'autres tentes, magnifiques et bien arrangées, où l'on range les armes du Seigneur et où demeure le reste de sa cour. Et puis, il y a encore des tentes pour les oiseaux et leurs gardiens.
Il y a dans ce camp une telle quantité de tentes de toutes sortes que c'est merveille. On dirait une bonne ville, tant il y a de monde qui y vient quotidiennement de toutes parts : des médecins, des astrologues, des fauconniers et tous les métiers nécessaires à une telle population. Et il est aussi d'usage que chacun y vienne avec toute sa famille.

Kubilaï Khan partant chasser au faucon
Fol. 43

Fol. 43

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Kubilaï Khan partant chasser au faucon

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Les chasses impériales sont des moments importants de la vie de la cour, auxquels Marco Polo consacre plusieurs chapitres. La chasse au faucon, ou à l’aigle est une tradition mongole encore vivace de nos jours. Cependant l’Empereur y déploie un faste inouï qui ne pouvait qu’impressionner les visiteurs occidentaux. L’artiste a particulièrement rendu la cour très importante qui entourait en permanence le souverain à la chasse, mais aussi dans tous ses actes.

Comment le Grand Khan traque le gibier

Chaque fauconnier a un appeau et un capuchon pour rappeler et tenir ses rapaces. Et lorsque le seigneur donne l'ordre de les lâcher, les fauconniers n'ont pas à leur courir après ; les hommes dont je vous ai parlé, les Tastaon, s'en chargent. Les oiseaux ne vont nulle part que ces hommes ne les suivent ; et ils leur viennent en aide en cas de besoin. Tous les faucons du Grand Khan portent à la patte une petite tablette qui les identifie, avec le nom de leur maître et celui de leur fauconnier ; ceux des barons également. Ainsi dès qu'il est pris, l'oiseau peut-il être rendu à son maître. Ces hommes l'apportent à un seigneur qu'on appelle Bulargusi, ce qui veut dire "le gardien des choses qui ne trouvent pas de maître". Car quiconque trouve quelque chose, un cheval, une épée, un oiseau, dont il ignore le maître, il l'apporte à ce seigneur qui le garde. Quiconque a trouvé quelque chose, et ne l'a pas rapporté, est aussitôt puni, et il doit le rendre immédiatement. Et ce seigneur se tient sur les hauteurs avec son gonfanon pour être bien visible de tous. Ainsi rien ne peut être perdu qui ne soit trouvé ni rendu.
Quelle merveilleuse quantité d'oiseaux magnifiques ne voit-on pas, lorsque le seigneur chevauche jusqu'à la mer Océane ! Nul plaisir au monde ne vaut celui-là ! Le Grand Khan s'avance, porté par quatre éléphants, dans une chambre de bois recouverte de peaux de lions, tapissée à l'intérieur d'étoffes tissées de fils d'or. Il tient avec lui douze de ses meilleurs gerfauts et il est accompagné de plusieurs de ses seigneurs. Et parfois, tandis qu'ils chevauchent à ses côtés, ceux-ci l'avertissent : « Seigneur, les grues ! ». Aussitôt, le Grand Khan fait découvrir sa chambre, et choisit un de ses gerfauts qu'il laisse aller. À plusieurs reprises le rapace saisit les grues qu'il abat devant lui. Tout en restant sur son lit dans sa chambre, en compagnie de tous ses seigneurs, le Grand Khan en a grand divertissement et grande joie. Jamais, à mon avis, il n'y a eu et, vraiment, jamais il n'y aura de si grand divertissement et de si grand plaisir au monde que celui que le Grand Khan a ou pourrait avoir.
Après une longue marche, le Grand Khan atteint Caccia Modim, où il trouve dressés dix mille beaux et riches pavillons. Ce sont les siens, ceux de ses fils, ceux de ses seigneurs et ceux de ses maîtresses. Voici le pavillon du Grand Khan. La tente où le seigneur tient sa cour est si vaste que mille personnes pourraient largement s'y rassembler. Elle a une ouverture vers le sud. C'est là que demeurent les chevaliers et les barons. Dans une autre salle contiguë à celle-ci, à l'ouest, demeure le seigneur ; c'est là qu'il fait venir ses sujets lorsqu'il veut s'entretenir avec eux. Et derrière la grande salle, il y a une chambre où dort le seigneur. Et il y a encore bien d'autres tentes et bien d'autres chambres, mais sans communication avec la grande salle.
Et voici comment sont faites ces deux salles et la chambre où dort le Grand Khan. Chacune de ces chambres repose sur trois colonnes de bois, recouvertes à l'extérieur de belles peaux de lion rayées de noir, de blanc et de vermeil, qui les protègent de la pluie et du vent. L'intérieur est tapissé de fourrures d'hermine et de zibeline. Ces deux fourrures sont les plus précieuses et les plus belles qui soient – une peau de zibeline vaudrait bien la fourrure d'un vêtement de deux mille livres d'or ou au moins de mille – les Tartars les appellent les « reines des fourrures ». Ces chambres tapissées de fourrures si habilement travaillées, avec les cordes qui toutes de soie les tendent, sont d'une beauté sublime. Elles n'ont pas de prix. Aucun autre roi ne saurait être assez riche pour s'en offrir de semblables. Et tout autour, il y a encore d'autres tentes, magnifiques et bien arrangées, où l'on range les armes du Seigneur et où demeure le reste de sa cour. Et puis, il y a encore des tentes pour les oiseaux et leurs gardiens.
Il y a dans ce camp une telle quantité de tentes de toutes sortes que c'est merveille. On dirait une bonne ville, tant il y a de monde qui y vient quotidiennement de toutes parts : des médecins, des astrologues, des fauconniers et tous les métiers nécessaires à une telle population. Et il est aussi d'usage que chacun y vienne avec toute sa famille.

Kubilaï Khan partant chasser au faucon
Fol. 43

Fol. 43

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Fol. 50v

Fol. 50v

Fol. 50v


Des marchands sur le Fleuve Jaune

Des marchands sur le Fleuve Jaune

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Le Huang He (Fleuve Jaune), rivière irrigant le nord de la Chine, est une importante voie de communication dans l’Empire de Kubilaï, qui permet d’irriguer tout l’arrière-pays et d’exporter les marchandises des fertiles plaines du nord vers l’Outre-mer.

Il parle du fleuve Caramoran et de la grande cité de Casiauf

Après avoir chevauché vingt milles vers l'ouest au départ du château du roi d'Or, on arrive au grand fleuve Caramoran. Il est si large et si profond qu'aucun pont ne peut le traverser. Il se jette dans la mer Océane qui fait le tour de la terre. Un bon nombre de cités et de châteaux commerçants le bordent. Il y a en effet abondance de gingembre et de soie dans la contrée, et aussi une merveilleuse multitude d'oiseaux de toutes sortes. On peut y acheter trois faisans pour un gros d'argent de Venise. À deux jours de là, vers l'ouest, on trouve la splendide cité de Casiauf. Les gens y sont tous idolâtres, comme d'ailleurs tous les habitants du Catay. La cité fait grand commerce d'étoffes d'or et de tissus de toutes sortes. Il n'y a rien d'autre à mentionner. Avançons donc, et parlons de la capitale du royaume, la belle cité de Quengianfu.

Il parle de la cité de Quengianfu
Depuis la cité de Casiauf, l'on chevauche huit jours en direction de l'ouest, traversant des cités et des châteaux très commerçants et vivant d'artisanat. Il y a là nombre de jardins, de vergers et de champs magnifiques où poussent les mûriers, ces arbustes dont les feuilles nourrissent les vers à soie. Les gens sont tous idolâtres. On y chasse abondance de bêtes et d'oiseaux de toutes sortes. Après huit jours de route, l'on atteint donc la magnifique cité de Quengianfu. C'est la capitale du royaume de Quengianfu. C'était autrefois un grand et superbe royaume, sous l'autorité de rois vaillants et grandioses. Le Grand Khan l'a donné à son fils Manglay ; il en est maintenant roi et seigneur. La cité vit de commerce et d'artisanat. Les habitants y tissent avec la soie qu'ils ont en très grande abondance toutes sortes d'étoffes de soie et d'or. Ils y fabriquent également divers équipements pour les armées du Grand Khan. La ville dispose à bon marché de tout ce qui est nécessaire. Elle est orientée vers l'ouest. Ses habitants sont idolâtres. Le palais du seigneur Manglay, le fils du Grand Khan, est à l'extérieur de la ville. Il est splendide. Il est au centre d'une grande plaine où coulent nombre de rivières, de lacs et de fontaines, et entouré d'un solide et épais mur de cinq milles de long tout recouvert de marbre. Nul ne saurait ordonner un palais plus magnifique, avec toutes ses salles et ses chambres ornées de belles peintures et entièrement dorées. Ce Manglay gouverne très bien son royaume avec justice et grande sagesse ; il est adoré de son peuple. Les armées campent autour du palais et y chassent avec plaisir le gibier. Quittons cela et parlons maintenant de la province de Cuntim, très engagée à l'intérieur des montagnes, et dont la route recèle bien des dangers.

Des marchands sur le Fleuve Jaune
Fol. 50v

Fol. 50v

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Des marchands sur le Fleuve Jaune

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Le Huang He (Fleuve Jaune), rivière irrigant le nord de la Chine, est une importante voie de communication dans l’Empire de Kubilaï, qui permet d’irriguer tout l’arrière-pays et d’exporter les marchandises des fertiles plaines du nord vers l’Outre-mer.

Il parle du fleuve Caramoran et de la grande cité de Casiauf

Après avoir chevauché vingt milles vers l'ouest au départ du château du roi d'Or, on arrive au grand fleuve Caramoran. Il est si large et si profond qu'aucun pont ne peut le traverser. Il se jette dans la mer Océane qui fait le tour de la terre. Un bon nombre de cités et de châteaux commerçants le bordent. Il y a en effet abondance de gingembre et de soie dans la contrée, et aussi une merveilleuse multitude d'oiseaux de toutes sortes. On peut y acheter trois faisans pour un gros d'argent de Venise. À deux jours de là, vers l'ouest, on trouve la splendide cité de Casiauf. Les gens y sont tous idolâtres, comme d'ailleurs tous les habitants du Catay. La cité fait grand commerce d'étoffes d'or et de tissus de toutes sortes. Il n'y a rien d'autre à mentionner. Avançons donc, et parlons de la capitale du royaume, la belle cité de Quengianfu.

Il parle de la cité de Quengianfu
Depuis la cité de Casiauf, l'on chevauche huit jours en direction de l'ouest, traversant des cités et des châteaux très commerçants et vivant d'artisanat. Il y a là nombre de jardins, de vergers et de champs magnifiques où poussent les mûriers, ces arbustes dont les feuilles nourrissent les vers à soie. Les gens sont tous idolâtres. On y chasse abondance de bêtes et d'oiseaux de toutes sortes. Après huit jours de route, l'on atteint donc la magnifique cité de Quengianfu. C'est la capitale du royaume de Quengianfu. C'était autrefois un grand et superbe royaume, sous l'autorité de rois vaillants et grandioses. Le Grand Khan l'a donné à son fils Manglay ; il en est maintenant roi et seigneur. La cité vit de commerce et d'artisanat. Les habitants y tissent avec la soie qu'ils ont en très grande abondance toutes sortes d'étoffes de soie et d'or. Ils y fabriquent également divers équipements pour les armées du Grand Khan. La ville dispose à bon marché de tout ce qui est nécessaire. Elle est orientée vers l'ouest. Ses habitants sont idolâtres. Le palais du seigneur Manglay, le fils du Grand Khan, est à l'extérieur de la ville. Il est splendide. Il est au centre d'une grande plaine où coulent nombre de rivières, de lacs et de fontaines, et entouré d'un solide et épais mur de cinq milles de long tout recouvert de marbre. Nul ne saurait ordonner un palais plus magnifique, avec toutes ses salles et ses chambres ornées de belles peintures et entièrement dorées. Ce Manglay gouverne très bien son royaume avec justice et grande sagesse ; il est adoré de son peuple. Les armées campent autour du palais et y chassent avec plaisir le gibier. Quittons cela et parlons maintenant de la province de Cuntim, très engagée à l'intérieur des montagnes, et dont la route recèle bien des dangers.

Des marchands sur le Fleuve Jaune


La poste impériale

La poste impériale

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La poste impériale telle que la décrit Marco Polo fut certainement une des merveilles qui impressionna le plus les souverains occidentaux. Ce système efficace et rapide de messagers permettant au souverain d’être au courant rapidement des événements se déroulant dans son empire fut pendant longtemps un modèle. Cependant, Marco Polo ne mentionne pas un instant le système de corvée extrêmement lourd qui permettait de le faire fonctionner.

Comment les messagers du Grand Khan parcourent maintes terres et provinces depuis Cambaluc

Nombreuses sont les routes et les voies qui partent de Cambaluc en direction des provinces du royaume ; l'une va ici, l'autre là. Chaque route est désignée du nom de la province où elle mène ; mais ce nom reste secret. À vingt-cinq milles de Cambaluc, les messagers disposent sur quelque route que ce soit d'une poste, nous dirions d'un relais de chevaux, qu'ils appellent jamb. Ils y trouvent un palais magnifique avec des lits richement apprêtés d'étoffes de soie pour se reposer et tout ce qui leur est nécessaire, en particulier pour leur mission. Un souverain y viendrait, qu'il y serait parfaitement reçu ! Chacune de ces postes dispose de deux à quatre cents chevaux selon son importance, comme le Grand Khan l'a ordonné. Et ceux-ci sont toujours sellés pour les messagers qu'il envoie à travers le royaume. Sur les principales routes qui mènent aux provinces, l'on rencontre de telles postes tous les vingt-cinq ou trente milles. Et lorsque ses messagers doivent traverser quelque endroit difficile dépourvu de toute habitation, le Grand Khan n'hésite pas à y faire construire un relais, en sorte que les distances à cheval ne soient jamais trop longues. Elles sont alors tous les trente-cinq à quarante milles. Et comme les autres, elles disposent de tout le nécessaire, chevaux et autres, en sorte que les messagers du seigneur aient tout ce qui leur est nécessaire à volonté, d'où qu'ils viennent. Et c'est un grand sujet de gloire. On n'en a jamais vu ou entendu raconter de semblable. Jamais en effet empereur, souverain ou baron ne disposa d'une telle richesse, car à la vérité plus de trois cent mille chevaux vivent dans ces postes uniquement pour le service des messagers du Grand Khan. Et il y a bien plus de mille palais, tous pourvus de riches équipements, comme je vous ai raconté. C'est une chose d'un prix si extraordinaire qu'on peut difficilement l'évaluer.
Je vais maintenant vous raconter quelque chose que j'avais oublié, qu'il faut rappeler ici. Le Grand Khan a donné ordre que partout entre deux postes, il y ait, tous les trois milles, un hameau d'une quarantaine de maisons où vivent des hommes qui vont à pied, qui eux aussi sont des messagers du Grand Khan. Ils portent une large ceinture toute garnie de clochettes qui s'entendent au loin, et ils courent à vive allure d'un château à l'autre. Les hommes du hameau suivant, l'entendant venir, ont préparé un autre coureur tout garni de clochettes, lui aussi. Celui-ci prend ce que l'autre lui apporte, et aussi un petit billet que le rédacteur de l'endroit qui est toujours prêt lui remet. Et il va courant jusqu'au hameau suivant, où on lui donne le change, et il s'en revient. Et ainsi de suite. Tous les trois milles le coureur change. Ainsi une multitude de coureurs portent-ils les nouvelles et les messages du Grand Khan. Et il leur suffit d'un jour et d'une nuit pour parcourir la distance de dix journées, car ils courent de jour comme de nuit. En cas de besoin, ils peuvent couvrir – c'est extraordinaire – la distance de cent journées en dix jours et dix nuits. Il leur suffit souvent d'un jour et d'une nuit pour apporter au Grand Khan des fruits ou d'autres denrées qui étaient à dix jours de là. Le Grand Khan ne leur réclame aucun impôt, mais au contraire leur donne de son bien.
Il y a également dans ces hameaux des hommes garnis de grandes ceintures à clochettes, qui peuvent apporter au Grand Khan les nouvelles urgentes émanées de lointaines provinces, comme par exemple celles de la révolte d'un seigneur. Ces coureurs sont capables de couvrir deux cent cinquante à trois cents milles en une journée et autant la nuit. Et voici comment. Ils montent les chevaux de la poste, qui sont toujours prêts, frais, reposés et rapides, et vont à grand galop autant que les chevaux le peuvent. Et ceux de la poste suivante, les entendant venir grâce aux clochettes qu'ils portent, ont tenu prêts leurs chevaux et équipé leurs hommes. Ils se transmettent les messages ou autres et galopent jusqu'à la poste suivante où, là encore, des hommes et des chevaux de rechange sont prêts, frais et dispos. Et ainsi se relaient-ils d'une poste à l'autre. C'est merveille. Ces coureurs sont très prisés. Ils s'entourent la tête, la poitrine et le ventre de fines bandelettes pour résister au froid. Ils se munissent d'une tablette de commandement portant un gerfaut. Si durant la course, leur cheval tombe épuisé ou s'il a quelque empêchement, ils peuvent prendre la bête du voisin sans que le propriétaire ne refuse, en sorte qu'ils ont toujours des bêtes fraîches et disposes. Et il y a autant de chevaux dans les postes que je vous ai dit.
Le Grand Khan ne dépense rien, ni pour les hommes ni pour les bêtes. Et voici comment et pourquoi. Il demande quelle cité est près de la poste et fait examiner combien de chevaux elle peut donner. Le nombre qu'elle peut, elle doit les fournir. De même pour les châteaux, ils doivent fournir le nombre d'hommes et de bêtes que l'on estime possible pour eux de donner. Ainsi toutes les postes près des cités, des châteaux et des villes se trouvent-elles équipées. Il n'y a que les postes situées dans des endroits difficiles d'accès que le Grand Khan fait équiper de ses propres chevaux. Laissons maintenant les messagers et leurs postes dont nous vous avons amplement parlé, et nous vous raconterons le geste généreux que fait deux fois par an le Grand Khan à l'égard de ses sujets.

La poste impériale


Le papier monnaie

Le papier monnaie

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Sous la Dynastie Song (960-1276), le commerce de la région du Sichuan est tellement prospère que la monnaie de cuivre est insuffisante. Certains marchands émettent une monnaie privée « Zhu Quan » en papier de mûrier. Ces billets sont garantis par une réserve monétaire (en pièces ou en sel et plus tard en or et argent). En 1024, le gouvernement s’assure le monopole d’émission et Kubilaï achève le processus en faisant du papier monnaie le seul moyen d’échange légal. C’est sous la Dynastie Ming (1368-1644) qu’à partir de 1380, l’émission des billets est confiée au ministre des Finances. Les guerres et les dépenses de la cour impériale vont à plusieurs reprises provoquer de l’inflation et des crises financières. En 1455, l’émission de papier-monnaie est alors arrêtée pour revenir au numéraire classique d’or, d’argent et de cuivre.

Comment le Grand Khan fait utiliser comme monnaie à travers tout son pays des écorces d'arbre qui ressemblent à du papier-monnaie

C'est à Cambaluc que se trouve l'Hôtel de la Monnaie du Grand Khan. Celui-ci tire à l'évidence un parfait et juste profit de la monnaie qu'il y fait faire. Ses hommes ramassent l'écorce du mûrier, cet arbre dont les feuilles sont mangées par les vers qui produisent la soie, et qui abondent dans la région. Ils retirent la peau délicate qui sépare le bois de l'arbre de l'épaisse écorce extérieure. Cette peau est blanche et fine comme du papier ; ils la noircissent. Ils la découpent ensuite en feuilles de papier-monnaie. Le plus petit billet vaut un demi-tornesel, puis un tornesel, un demi-gros d'argent de Vénise, puis cinq gros, six gros, dix gros, et ensuite un besant d'or, deux besants d'or, trois, quatre et cinq besants d'or. Et ainsi jusqu'à dix besants d'or. Et tous ces billets portent le sceau du seigneur. Sans rien débourser, le Grand Khan en fait faire chaque année une telle quantité qu'il pourrait en payer la richesse du monde entier. Le Grand Khan se sert de ces billets pour payer ce qu'il doit. Toutes ses provinces, royaumes et terres doivent les utiliser, de même que ses sujets, partout où il a pouvoir et autorité. Personne, pour autant qu'il tienne à la vie, ne se risque à les refuser, il serait aussitôt puni de mort. D'ailleurs tous les acceptent volontiers. Sur les terres qui relèvent du Grand Khan, les gens les utilisent comme si c'était de l'or fin pour payer les marchandises qu'ils achètent ou qu'ils vendent. C'est une monnaie si légère que celle qui vaut dix besants n'en pèse même pas un.
Les marchands qui viennent d'Inde ou d'ailleurs n'osent vendre leur or, leur argent ou leurs perles à nul autre qu'au Grand Khan.
Le Grand Khan a nommé pour évaluer leurs marchandises douze de ses barons, hommes sages et compétents. Ceux-ci [achètent] aux marchands leur or, leur argent et leurs perles, qu'ils leur paient largement avec ces billets de banque. Et eux les acceptent très volontiers, car personne ne leur en donnerait autant, et ils en sont payés comptant. Il y a aussi qu'avec cette monnaie ils peuvent acheter tout ce qu'ils veulent partout et qu'elle est plus légère. Et le seigneur achète tant de leur or chaque année que ce sont des sommes infinies qu'il paie avec cette monnaie qui ne lui coûte rien.
Plusieurs fois par an, il fait proclamer à travers la cité que quiconque possède de l'or, de l'argent, des pierres précieuses ou des perles, les porte à l'Hôtel de la Monnaie, qu'il en sera bien et largement payé. Et les gens les portent volontiers, car personne d'autre ne leur en donnerait autant ; la quantité qu'ils y apportent est fabuleuse. Mais certains qui ne veulent pas s'en défaire les gardent. Ainsi le Grand Khan possède-t-il toute la richesse de ses terres.
Lorsque, malgré leur solidité, ces feuilles de papier-monnaie sont abîmées, les gens se rendent à l'Hôtel de la Monnaie. Moyennant trois pour cent, on leur en donne des neuves. Quand un seigneur ou quiconque souhaite de l'or, de l'argent ou des pierres précieuses pour sa vaisselle ou quelque autre riche ornement, il l'achète à l'Hôtel avec ces billets. Je vous ai expliqué comment et pourquoi le Grand Khan est assurément l'homme le plus riche du monde. Je vais maintenant vous raconter les grandes seigneuries qui relèvent de son autorité.

Le papier monnaie


La poste impériale

La poste impériale

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La poste impériale telle que la décrit Marco Polo fut certainement une des merveilles qui impressionna le plus les souverains occidentaux. Ce système efficace et rapide de messagers permettant au souverain d’être au courant rapidement des événements se déroulant dans son empire fut pendant longtemps un modèle. Cependant, Marco Polo ne mentionne pas un instant le système de corvée extrêmement lourd qui permettait de le faire fonctionner.

Comment les messagers du Grand Khan parcourent maintes terres et provinces depuis Cambaluc

Nombreuses sont les routes et les voies qui partent de Cambaluc en direction des provinces du royaume ; l'une va ici, l'autre là. Chaque route est désignée du nom de la province où elle mène ; mais ce nom reste secret. À vingt-cinq milles de Cambaluc, les messagers disposent sur quelque route que ce soit d'une poste, nous dirions d'un relais de chevaux, qu'ils appellent jamb. Ils y trouvent un palais magnifique avec des lits richement apprêtés d'étoffes de soie pour se reposer et tout ce qui leur est nécessaire, en particulier pour leur mission. Un souverain y viendrait, qu'il y serait parfaitement reçu ! Chacune de ces postes dispose de deux à quatre cents chevaux selon son importance, comme le Grand Khan l'a ordonné. Et ceux-ci sont toujours sellés pour les messagers qu'il envoie à travers le royaume. Sur les principales routes qui mènent aux provinces, l'on rencontre de telles postes tous les vingt-cinq ou trente milles. Et lorsque ses messagers doivent traverser quelque endroit difficile dépourvu de toute habitation, le Grand Khan n'hésite pas à y faire construire un relais, en sorte que les distances à cheval ne soient jamais trop longues. Elles sont alors tous les trente-cinq à quarante milles. Et comme les autres, elles disposent de tout le nécessaire, chevaux et autres, en sorte que les messagers du seigneur aient tout ce qui leur est nécessaire à volonté, d'où qu'ils viennent. Et c'est un grand sujet de gloire. On n'en a jamais vu ou entendu raconter de semblable. Jamais en effet empereur, souverain ou baron ne disposa d'une telle richesse, car à la vérité plus de trois cent mille chevaux vivent dans ces postes uniquement pour le service des messagers du Grand Khan. Et il y a bien plus de mille palais, tous pourvus de riches équipements, comme je vous ai raconté. C'est une chose d'un prix si extraordinaire qu'on peut difficilement l'évaluer.
Je vais maintenant vous raconter quelque chose que j'avais oublié, qu'il faut rappeler ici. Le Grand Khan a donné ordre que partout entre deux postes, il y ait, tous les trois milles, un hameau d'une quarantaine de maisons où vivent des hommes qui vont à pied, qui eux aussi sont des messagers du Grand Khan. Ils portent une large ceinture toute garnie de clochettes qui s'entendent au loin, et ils courent à vive allure d'un château à l'autre. Les hommes du hameau suivant, l'entendant venir, ont préparé un autre coureur tout garni de clochettes, lui aussi. Celui-ci prend ce que l'autre lui apporte, et aussi un petit billet que le rédacteur de l'endroit qui est toujours prêt lui remet. Et il va courant jusqu'au hameau suivant, où on lui donne le change, et il s'en revient. Et ainsi de suite. Tous les trois milles le coureur change. Ainsi une multitude de coureurs portent-ils les nouvelles et les messages du Grand Khan. Et il leur suffit d'un jour et d'une nuit pour parcourir la distance de dix journées, car ils courent de jour comme de nuit. En cas de besoin, ils peuvent couvrir – c'est extraordinaire – la distance de cent journées en dix jours et dix nuits. Il leur suffit souvent d'un jour et d'une nuit pour apporter au Grand Khan des fruits ou d'autres denrées qui étaient à dix jours de là. Le Grand Khan ne leur réclame aucun impôt, mais au contraire leur donne de son bien.
Il y a également dans ces hameaux des hommes garnis de grandes ceintures à clochettes, qui peuvent apporter au Grand Khan les nouvelles urgentes émanées de lointaines provinces, comme par exemple celles de la révolte d'un seigneur. Ces coureurs sont capables de couvrir deux cent cinquante à trois cents milles en une journée et autant la nuit. Et voici comment. Ils montent les chevaux de la poste, qui sont toujours prêts, frais, reposés et rapides, et vont à grand galop autant que les chevaux le peuvent. Et ceux de la poste suivante, les entendant venir grâce aux clochettes qu'ils portent, ont tenu prêts leurs chevaux et équipé leurs hommes. Ils se transmettent les messages ou autres et galopent jusqu'à la poste suivante où, là encore, des hommes et des chevaux de rechange sont prêts, frais et dispos. Et ainsi se relaient-ils d'une poste à l'autre. C'est merveille. Ces coureurs sont très prisés. Ils s'entourent la tête, la poitrine et le ventre de fines bandelettes pour résister au froid. Ils se munissent d'une tablette de commandement portant un gerfaut. Si durant la course, leur cheval tombe épuisé ou s'il a quelque empêchement, ils peuvent prendre la bête du voisin sans que le propriétaire ne refuse, en sorte qu'ils ont toujours des bêtes fraîches et disposes. Et il y a autant de chevaux dans les postes que je vous ai dit.
Le Grand Khan ne dépense rien, ni pour les hommes ni pour les bêtes. Et voici comment et pourquoi. Il demande quelle cité est près de la poste et fait examiner combien de chevaux elle peut donner. Le nombre qu'elle peut, elle doit les fournir. De même pour les châteaux, ils doivent fournir le nombre d'hommes et de bêtes que l'on estime possible pour eux de donner. Ainsi toutes les postes près des cités, des châteaux et des villes se trouvent-elles équipées. Il n'y a que les postes situées dans des endroits difficiles d'accès que le Grand Khan fait équiper de ses propres chevaux. Laissons maintenant les messagers et leurs postes dont nous vous avons amplement parlé, et nous vous raconterons le geste généreux que fait deux fois par an le Grand Khan à l'égard de ses sujets.

La poste impériale


Le papier monnaie

Le papier monnaie

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Sous la Dynastie Song (960-1276), le commerce de la région du Sichuan est tellement prospère que la monnaie de cuivre est insuffisante. Certains marchands émettent une monnaie privée « Zhu Quan » en papier de mûrier. Ces billets sont garantis par une réserve monétaire (en pièces ou en sel et plus tard en or et argent). En 1024, le gouvernement s’assure le monopole d’émission et Kubilaï achève le processus en faisant du papier monnaie le seul moyen d’échange légal. C’est sous la Dynastie Ming (1368-1644) qu’à partir de 1380, l’émission des billets est confiée au ministre des Finances. Les guerres et les dépenses de la cour impériale vont à plusieurs reprises provoquer de l’inflation et des crises financières. En 1455, l’émission de papier-monnaie est alors arrêtée pour revenir au numéraire classique d’or, d’argent et de cuivre.

Comment le Grand Khan fait utiliser comme monnaie à travers tout son pays des écorces d'arbre qui ressemblent à du papier-monnaie

C'est à Cambaluc que se trouve l'Hôtel de la Monnaie du Grand Khan. Celui-ci tire à l'évidence un parfait et juste profit de la monnaie qu'il y fait faire. Ses hommes ramassent l'écorce du mûrier, cet arbre dont les feuilles sont mangées par les vers qui produisent la soie, et qui abondent dans la région. Ils retirent la peau délicate qui sépare le bois de l'arbre de l'épaisse écorce extérieure. Cette peau est blanche et fine comme du papier ; ils la noircissent. Ils la découpent ensuite en feuilles de papier-monnaie. Le plus petit billet vaut un demi-tornesel, puis un tornesel, un demi-gros d'argent de Vénise, puis cinq gros, six gros, dix gros, et ensuite un besant d'or, deux besants d'or, trois, quatre et cinq besants d'or. Et ainsi jusqu'à dix besants d'or. Et tous ces billets portent le sceau du seigneur. Sans rien débourser, le Grand Khan en fait faire chaque année une telle quantité qu'il pourrait en payer la richesse du monde entier. Le Grand Khan se sert de ces billets pour payer ce qu'il doit. Toutes ses provinces, royaumes et terres doivent les utiliser, de même que ses sujets, partout où il a pouvoir et autorité. Personne, pour autant qu'il tienne à la vie, ne se risque à les refuser, il serait aussitôt puni de mort. D'ailleurs tous les acceptent volontiers. Sur les terres qui relèvent du Grand Khan, les gens les utilisent comme si c'était de l'or fin pour payer les marchandises qu'ils achètent ou qu'ils vendent. C'est une monnaie si légère que celle qui vaut dix besants n'en pèse même pas un.
Les marchands qui viennent d'Inde ou d'ailleurs n'osent vendre leur or, leur argent ou leurs perles à nul autre qu'au Grand Khan.
Le Grand Khan a nommé pour évaluer leurs marchandises douze de ses barons, hommes sages et compétents. Ceux-ci [achètent] aux marchands leur or, leur argent et leurs perles, qu'ils leur paient largement avec ces billets de banque. Et eux les acceptent très volontiers, car personne ne leur en donnerait autant, et ils en sont payés comptant. Il y a aussi qu'avec cette monnaie ils peuvent acheter tout ce qu'ils veulent partout et qu'elle est plus légère. Et le seigneur achète tant de leur or chaque année que ce sont des sommes infinies qu'il paie avec cette monnaie qui ne lui coûte rien.
Plusieurs fois par an, il fait proclamer à travers la cité que quiconque possède de l'or, de l'argent, des pierres précieuses ou des perles, les porte à l'Hôtel de la Monnaie, qu'il en sera bien et largement payé. Et les gens les portent volontiers, car personne d'autre ne leur en donnerait autant ; la quantité qu'ils y apportent est fabuleuse. Mais certains qui ne veulent pas s'en défaire les gardent. Ainsi le Grand Khan possède-t-il toute la richesse de ses terres.
Lorsque, malgré leur solidité, ces feuilles de papier-monnaie sont abîmées, les gens se rendent à l'Hôtel de la Monnaie. Moyennant trois pour cent, on leur en donne des neuves. Quand un seigneur ou quiconque souhaite de l'or, de l'argent ou des pierres précieuses pour sa vaisselle ou quelque autre riche ornement, il l'achète à l'Hôtel avec ces billets. Je vous ai expliqué comment et pourquoi le Grand Khan est assurément l'homme le plus riche du monde. Je vais maintenant vous raconter les grandes seigneuries qui relèvent de son autorité.

Le papier monnaie


Les dragons du Yunnan

Les dragons du Yunnan

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Le témoignage de Marco Polo s’appuie vraisemblablement sur des descriptions exagérées des alligators de Chine, très nombreux dans le bassin du Yangzi Jiang (Fleuve Bleu). Les alligators de Chine mesurent un mètre et demi environ, une fois adulte, c’est une espèce actuellement menacée de disparition à cause des bouleversements que connaît son habitat. Sur cette base, Marco Polo, et encore plus l’enlumineur ont laissé libre leur imagination pour dessiner des dragons de légende.

Il parle encore de la province de Caraian

Il y a dans cette province des couleuvres et de gros serpents si effrayants et tellement immenses qu'ils terrifient quiconque les approche et devraient impressionner même ceux qui en entendent parler. Je vais vous raconter leur taille et leur grosseur. Ils ont généralement bien dix pas de long, certains plus, certains moins, et sont larges comme un gros tonneau de six paumes ; ils ont près de la tête deux pattes sans pied, mais avec une griffe comme la serre d'un faucon ou la patte d'un lion. Leur tête est immense, leurs yeux sont démesurés, et leur gueule est si vaste qu'ils pourraient bien engloutir un homme tout entier. Il n'y a homme ni bête qui ne les craigne ni ne les redoute, tant ils sont effrayants, laids et féroces. Voici comment on les capture. La chaleur du jour les fait rester sous terre ; ils sortent la nuit pour se repaître, et dévorent toutes les bêtes qu'ils peuvent prendre, puis vont se désaltérer aux fleuves, aux lacs et aux sources. Si grand est leur poids que, lorsqu'ils sortent la nuit pour se nourrir, leur queue laisse derrière eux dans le sable l'empreinte d'un grand trou, comme si on en avait enlevé un plein tonneau. Et voici comment les chasseurs les prennent. Ils placent un piège par les chemins par où ils sont venus, car ils le savent, ils y repasseront. Ils y plantent bien profondément dans le sable un pieu de bois auquel ils ont fixé un morceau de fer tranchant comme un rasoir, et le recouvrent pour que les serpents ne le voient pas ; ainsi font-ils tout au long du chemin que les bêtes empruntent. En passant, le serpent se blesse si violemment à ces fers tranchants qu'ils lui transpercent le poitrail jusqu'au nombril, et il en meurt. Alors, les chasseurs lui tranchent le ventre et en retirent le fiel qu'ils vont vendre fort cher. Car, il faut le savoir, on en fait de très précieux remèdes. La mesure d'un petit denier suffit à guérir un homme mordu par un chien enragé, et facilite l'accouchement des femmes. Il guérit l'ulcère ou toute autre plaie sur laquelle on l'applique même en petite quantité. C'est pourquoi on le vend si cher. Ils vendent également la chair de ces serpents, car elle est savoureuse ; ils en font leurs délices. Lorsque ces bêtes sont affamées, elles attaquent les repaires des lions, des ours et des autres bêtes sauvages, dévorant les petits que leurs parents ne peuvent secourir, et les adultes qui ne peuvent se défendre.

Les dragons du Yunnan
Fol. 56

Fol. 56

Fol. 56


Les dragons du Yunnan

Les dragons du Yunnan

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Le témoignage de Marco Polo s’appuie vraisemblablement sur des descriptions exagérées des alligators de Chine, très nombreux dans le bassin du Yangzi Jiang (Fleuve Bleu). Les alligators de Chine mesurent un mètre et demi environ, une fois adulte, c’est une espèce actuellement menacée de disparition à cause des bouleversements que connaît son habitat. Sur cette base, Marco Polo, et encore plus l’enlumineur ont laissé libre leur imagination pour dessiner des dragons de légende.

Il parle encore de la province de Caraian

Il y a dans cette province des couleuvres et de gros serpents si effrayants et tellement immenses qu'ils terrifient quiconque les approche et devraient impressionner même ceux qui en entendent parler. Je vais vous raconter leur taille et leur grosseur. Ils ont généralement bien dix pas de long, certains plus, certains moins, et sont larges comme un gros tonneau de six paumes ; ils ont près de la tête deux pattes sans pied, mais avec une griffe comme la serre d'un faucon ou la patte d'un lion. Leur tête est immense, leurs yeux sont démesurés, et leur gueule est si vaste qu'ils pourraient bien engloutir un homme tout entier. Il n'y a homme ni bête qui ne les craigne ni ne les redoute, tant ils sont effrayants, laids et féroces. Voici comment on les capture. La chaleur du jour les fait rester sous terre ; ils sortent la nuit pour se repaître, et dévorent toutes les bêtes qu'ils peuvent prendre, puis vont se désaltérer aux fleuves, aux lacs et aux sources. Si grand est leur poids que, lorsqu'ils sortent la nuit pour se nourrir, leur queue laisse derrière eux dans le sable l'empreinte d'un grand trou, comme si on en avait enlevé un plein tonneau. Et voici comment les chasseurs les prennent. Ils placent un piège par les chemins par où ils sont venus, car ils le savent, ils y repasseront. Ils y plantent bien profondément dans le sable un pieu de bois auquel ils ont fixé un morceau de fer tranchant comme un rasoir, et le recouvrent pour que les serpents ne le voient pas ; ainsi font-ils tout au long du chemin que les bêtes empruntent. En passant, le serpent se blesse si violemment à ces fers tranchants qu'ils lui transpercent le poitrail jusqu'au nombril, et il en meurt. Alors, les chasseurs lui tranchent le ventre et en retirent le fiel qu'ils vont vendre fort cher. Car, il faut le savoir, on en fait de très précieux remèdes. La mesure d'un petit denier suffit à guérir un homme mordu par un chien enragé, et facilite l'accouchement des femmes. Il guérit l'ulcère ou toute autre plaie sur laquelle on l'applique même en petite quantité. C'est pourquoi on le vend si cher. Ils vendent également la chair de ces serpents, car elle est savoureuse ; ils en font leurs délices. Lorsque ces bêtes sont affamées, elles attaquent les repaires des lions, des ours et des autres bêtes sauvages, dévorant les petits que leurs parents ne peuvent secourir, et les adultes qui ne peuvent se défendre.

Les dragons du Yunnan
Fol. 56

Fol. 56

Fol. 56


Les animaux fabuleux de Birmanie

Les animaux fabuleux de Birmanie

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Marco Polo a vraisemblablement visité la Birmanie, soit lors de ses missions pour Kubilaï, soit lors de son voyage de retour. Il y a remarqué la présence des éléphants et des licornes, c’est-à-dire des rhinocéros. De nos jours, la jungle birmane reste encore une région difficile d’accès.

Comment l'on descend la grande vallée

En quittant cette province, l'on parvient à une grande descente, qui dure bien deux journées et demie, et qui descend tout le temps. Il n'y a rien à en mentionner hormis le vaste espace où ils tiennent un grand marché. Les gens y viennent de toute la contrée certains jours, trois fois par semaine. Ils y échangent l'or qu'ils ont en abondance contre de l'argent, à la mesure de trois poids d'or fin contre cinq poids d'argent.
Les marchands de plusieurs régions à l'entour y viennent échanger leur argent contre l'or de ces gens, et en tirent un très grand profit. Mais nul ne peut savoir où vivent ceux qui apportent l'or au marché. Par peur des méchantes gens, ils habitent des endroits inaccessibles. Leurs maisons se trouvent dans des lieux sauvages, naturellement protégés ; ainsi personne ne peut leur faire dommage. Et ils s'arrangent pour que nul ne les accompagne pour savoir où ils demeurent. Après deux jours et demi de route en descendant toujours, l'on atteint la province de Mien vers le sud, aux confins de l'Inde. On traverse, quinze journées durant, des endroits presque inaccessibles et d'immenses forêts peuplées d'éléphants et de licornes et d'autres animaux sauvages, mais où ne vit aucun être humain. Il n'y a rien d'autre à mentionner de cette région sauvage et singulière. Quittons-la, je vais vous raconter une histoire.

Les animaux fabuleux de Birmanie
Fol. 60

Fol. 60

Fol. 60


Les animaux fabuleux de Birmanie

Les animaux fabuleux de Birmanie

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Marco Polo a vraisemblablement visité la Birmanie, soit lors de ses missions pour Kubilaï, soit lors de son voyage de retour. Il y a remarqué la présence des éléphants et des licornes, c’est-à-dire des rhinocéros. De nos jours, la jungle birmane reste encore une région difficile d’accès.

Comment l'on descend la grande vallée

En quittant cette province, l'on parvient à une grande descente, qui dure bien deux journées et demie, et qui descend tout le temps. Il n'y a rien à en mentionner hormis le vaste espace où ils tiennent un grand marché. Les gens y viennent de toute la contrée certains jours, trois fois par semaine. Ils y échangent l'or qu'ils ont en abondance contre de l'argent, à la mesure de trois poids d'or fin contre cinq poids d'argent.
Les marchands de plusieurs régions à l'entour y viennent échanger leur argent contre l'or de ces gens, et en tirent un très grand profit. Mais nul ne peut savoir où vivent ceux qui apportent l'or au marché. Par peur des méchantes gens, ils habitent des endroits inaccessibles. Leurs maisons se trouvent dans des lieux sauvages, naturellement protégés ; ainsi personne ne peut leur faire dommage. Et ils s'arrangent pour que nul ne les accompagne pour savoir où ils demeurent. Après deux jours et demi de route en descendant toujours, l'on atteint la province de Mien vers le sud, aux confins de l'Inde. On traverse, quinze journées durant, des endroits presque inaccessibles et d'immenses forêts peuplées d'éléphants et de licornes et d'autres animaux sauvages, mais où ne vit aucun être humain. Il n'y a rien d'autre à mentionner de cette région sauvage et singulière. Quittons-la, je vais vous raconter une histoire.

Les animaux fabuleux de Birmanie
Fol. 60

Fol. 60

Fol. 60
Fol. 71v

Fol. 71v

Fol. 71v


Les Mongols échouent à conquérir Sapangu [Japon]

Les Mongols échouent à conquérir Sapangu [Japon]

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Les Mongols tentèrent par deux fois d’envahir le Japon, en 1274 et en 1281. Lors des deux tentatives, le corps expéditionnaire partit de Corée pour atteindre l’île de Kyushu au sud du Japon. La première échoua face à la résistance farouche des Japonais. La seconde, avec des moyens beaucoup plus importants, fut mise en échec par le typhon Kamikaze (Vent divin en japonais) qui détruisit la flotte mongole.

Il commence par parler de l'île de Sapangu [Japon]

Sapangu est une île très vaste, en haute mer, du côté du Levant, à cinq cents milles de la terre ferme. Les gens y sont blancs de peau et de belles manières. Ils sont idolâtres. On raconte qu'ils ramassent dans leurs îles de l'or à l'infini. C'est si loin de la terre ferme que peu de marchands y vont. C'est la raison pour laquelle l'or y abonde outre mesure.
Parlons maintenant de cette grande merveille qu'est le palais du seigneur de Sapangu. Le toit de ce vaste palais est entièrement recouvert d'or fin, comme nos églises le sont de plomb. Cela est d'une inestimable valeur. Le sol, les murs des chambres et les fenêtres sont taillés dans des pierres d'or de deux doigts d'épaisseur au minimum. La richesse de ce palais est proprement inimaginable. Ils élèvent quantité de poules rouges qui sont délicieuses. Ils récoltent également nombre de pierres précieuses.
La description de telles richesses convainquit Kubilaï Khan d'en entreprendre la conquête. Il y envoya deux de ses barons avec une multitude de bateaux, une foule de cavaliers et de soldats. (…)

Comment les hommes du Grand Khan rescapés sur l'île prirent la cité de leurs ennemis

Les trente mille hommes du Grand Khan dont je vous ai dit qu'ils avaient échoué sur l'île se tenaient pour morts, car ils ne voyaient aucun moyen de s'en échapper. En apprenant que des rescapés se trouvaient sur la petite île et que le reste de l'armée avait changé de cap et fui, le roi de la grande île fut empli de joie. Il rassembla tous ses bateaux qui firent route sur la petite île où ils débarquèrent. Les Tartars les virent arriver et descendre à terre, sans laisser aucune garde sur leurs bateaux, en hommes peu habitués à la guerre. Eux au contraire, en hommes avisés, firent semblant de se soulever, et fuyant atteignirent les bateaux de leurs ennemis, où ils montèrent rapidement et facilement, car ils n'y trouvèrent aucune défense.
Une fois embarqués, ils partirent aussitôt, firent route sur la grande île, y débarquèrent armés des gonfanons et des enseignes du seigneur de ladite île. Les habitants de la cité, voyant leurs bannières revenir, sans se méfier de rien, croyaient que c'étaient les leurs, et les laissèrent débarquer. À peine arrivés, les Tartars s'emparèrent des forteresses, chassèrent tout le monde sauf les jolies femmes qu'ils gardèrent avec eux. Et c'est ainsi que les hommes du Grand Khan s'emparèrent de la cité.

Les Mongols échouent à conquérir Sapangu [Japon]
Fol. 71v

Fol. 71v

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Les Mongols échouent à conquérir Sapangu [Japon]

Les Mongols échouent à conquérir Sapangu [Japon]

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Les Mongols tentèrent par deux fois d’envahir le Japon, en 1274 et en 1281. Lors des deux tentatives, le corps expéditionnaire partit de Corée pour atteindre l’île de Kyushu au sud du Japon. La première échoua face à la résistance farouche des Japonais. La seconde, avec des moyens beaucoup plus importants, fut mise en échec par le typhon Kamikaze (Vent divin en japonais) qui détruisit la flotte mongole.

Il commence par parler de l'île de Sapangu [Japon]

Sapangu est une île très vaste, en haute mer, du côté du Levant, à cinq cents milles de la terre ferme. Les gens y sont blancs de peau et de belles manières. Ils sont idolâtres. On raconte qu'ils ramassent dans leurs îles de l'or à l'infini. C'est si loin de la terre ferme que peu de marchands y vont. C'est la raison pour laquelle l'or y abonde outre mesure.
Parlons maintenant de cette grande merveille qu'est le palais du seigneur de Sapangu. Le toit de ce vaste palais est entièrement recouvert d'or fin, comme nos églises le sont de plomb. Cela est d'une inestimable valeur. Le sol, les murs des chambres et les fenêtres sont taillés dans des pierres d'or de deux doigts d'épaisseur au minimum. La richesse de ce palais est proprement inimaginable. Ils élèvent quantité de poules rouges qui sont délicieuses. Ils récoltent également nombre de pierres précieuses.
La description de telles richesses convainquit Kubilaï Khan d'en entreprendre la conquête. Il y envoya deux de ses barons avec une multitude de bateaux, une foule de cavaliers et de soldats. (…)

Comment les hommes du Grand Khan rescapés sur l'île prirent la cité de leurs ennemis

Les trente mille hommes du Grand Khan dont je vous ai dit qu'ils avaient échoué sur l'île se tenaient pour morts, car ils ne voyaient aucun moyen de s'en échapper. En apprenant que des rescapés se trouvaient sur la petite île et que le reste de l'armée avait changé de cap et fui, le roi de la grande île fut empli de joie. Il rassembla tous ses bateaux qui firent route sur la petite île où ils débarquèrent. Les Tartars les virent arriver et descendre à terre, sans laisser aucune garde sur leurs bateaux, en hommes peu habitués à la guerre. Eux au contraire, en hommes avisés, firent semblant de se soulever, et fuyant atteignirent les bateaux de leurs ennemis, où ils montèrent rapidement et facilement, car ils n'y trouvèrent aucune défense.
Une fois embarqués, ils partirent aussitôt, firent route sur la grande île, y débarquèrent armés des gonfanons et des enseignes du seigneur de ladite île. Les habitants de la cité, voyant leurs bannières revenir, sans se méfier de rien, croyaient que c'étaient les leurs, et les laissèrent débarquer. À peine arrivés, les Tartars s'emparèrent des forteresses, chassèrent tout le monde sauf les jolies femmes qu'ils gardèrent avec eux. Et c'est ainsi que les hommes du Grand Khan s'emparèrent de la cité.

Les Mongols échouent à conquérir Sapangu [Japon]


Les habitants de Sumatra, anthropophages et idolâtres

Les habitants de Sumatra, anthropophages et idolâtres

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Parmi les nombreuses merveilles que Marco Polo dit avoir vu à Sumatra, le peintre a décidé de n’en illustrer que deux, l’anthropophagie des habitants, et l’idolâtrie. Pourtant Marco Polo a aussi vu une licorne, dont il nous donne une description précise. Loin de l’élégant équidé des légendes, que les illustrateurs du Livres des merveilles représentent à plusieurs reprises, il décrit des unicornes « aussi grandes que des éléphants ; elles ont le poil du buffle et les sabots de l’éléphant. Elles portent au milieu du front une très grande corne blanche. Ce n’est pas leur corne qui est dangereuse, mais leur langue, car elle porte beaucoup de grandes et longues épines. Leur tête ressemble à celle du sanglier. Elles la portent toujours inclinée vers le sol. Les unicornes vivent volontiers dans les marais, au bord des lacs. Elles sont très laides. » Il s’agit en fait d’une des premières descriptions du rhinocéros de Sumatra, une espèce aujourd’hui en danger de disparition.

Il parle de la petite île de Java

À quatre-vingts lieues de l'île de Maliair, l'on aborde la petite île de Java. Si petite soit-elle, elle a néanmoins deux [mille] milles de tour. Je vais vous parler de cette île. Cette île compte huit royaumes, gouvernés par huit rois. Tous sont idolâtres, mais chaque royaume a sa langue propre. Cette île produit une grande quantité d'épices. Je vais vous parler des coutumes de la plus grande partie de ce royaume. Mais auparavant, je vais parler d'autre chose. La petite île de Java est située tellement au sud que l'étoile du Nord n'y apparaît jamais. Retournons à notre matière, et nous vous parlerons du royaume de Falet. Les musulmans ont tellement fréquenté ce royaume qu'ils ont fini par convertir tous ceux qui y habitent. Enfin, seulement les citadins, car les montagnards vivent encore comme des bêtes. Ils se nourrissent de chair humaine et de toutes autres viandes. Ils adorent diverses choses.

Les habitants de Sumatra, anthropophages et idolâtres
Fol. 75

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Les habitants de Sumatra, anthropophages et idolâtres

Les habitants de Sumatra, anthropophages et idolâtres

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Parmi les nombreuses merveilles que Marco Polo dit avoir vu à Sumatra, le peintre a décidé de n’en illustrer que deux, l’anthropophagie des habitants, et l’idolâtrie. Pourtant Marco Polo a aussi vu une licorne, dont il nous donne une description précise. Loin de l’élégant équidé des légendes, que les illustrateurs du Livres des merveilles représentent à plusieurs reprises, il décrit des unicornes « aussi grandes que des éléphants ; elles ont le poil du buffle et les sabots de l’éléphant. Elles portent au milieu du front une très grande corne blanche. Ce n’est pas leur corne qui est dangereuse, mais leur langue, car elle porte beaucoup de grandes et longues épines. Leur tête ressemble à celle du sanglier. Elles la portent toujours inclinée vers le sol. Les unicornes vivent volontiers dans les marais, au bord des lacs. Elles sont très laides. » Il s’agit en fait d’une des premières descriptions du rhinocéros de Sumatra, une espèce aujourd’hui en danger de disparition.

Il parle de la petite île de Java

À quatre-vingts lieues de l'île de Maliair, l'on aborde la petite île de Java. Si petite soit-elle, elle a néanmoins deux [mille] milles de tour. Je vais vous parler de cette île. Cette île compte huit royaumes, gouvernés par huit rois. Tous sont idolâtres, mais chaque royaume a sa langue propre. Cette île produit une grande quantité d'épices. Je vais vous parler des coutumes de la plus grande partie de ce royaume. Mais auparavant, je vais parler d'autre chose. La petite île de Java est située tellement au sud que l'étoile du Nord n'y apparaît jamais. Retournons à notre matière, et nous vous parlerons du royaume de Falet. Les musulmans ont tellement fréquenté ce royaume qu'ils ont fini par convertir tous ceux qui y habitent. Enfin, seulement les citadins, car les montagnards vivent encore comme des bêtes. Ils se nourrissent de chair humaine et de toutes autres viandes. Ils adorent diverses choses.

Les habitants de Sumatra, anthropophages et idolâtres
Fol. 75

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Les Cynophales d’Angamanam [Andaman]

Les Cynophales d’Angamanam [Andaman]

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Les cynocéphales de l’Inde sont mentionnés par Pline l’Ancien au Livre VII de son Histoire naturelle : « Ctésias a écrit que dans beaucoup de montagnes [de l’Inde] une race d'hommes à têtes de chien s'habille avec des peaux de bête, aboie au lieu de parler, et, armée de griffes, se nourrit du produit de sa chasse sur les quadrupèdes et les oiseaux : il ajoute qu'il y en avait plus de 120 000 en moment où il écrivait. »

On ne peut que difficilement faire la part entre le texte ancien, bien connu, et un témoignage que Marco Polo aurait entendu et répété. C’est un exemple de la construction du Devisement du Monde, œuvre complexe s’appuyant sur l’expérience du voyageur, mais aussi sur la culture de l’écrivain Rustinien de Pise.

Il parle de l’île d’Angamanam

Angamanan est une très grande île. Ses habitants vivent comme des bêtes, sans être gouvernés par un roi. Ils sont idolâtres. Tous les hommes de cette île ont une méchante tête de chien, avec des yeux et des dents de chien aussi. Ils produisent beaucoup d’épices. Ce sont des hommes féroces qui dévorent tous ceux qui ne sont pas des leurs. Ils se nourrissent de riz, de lait et de viande. Ils ont des fruits qui ne ressemblent pas aux nôtres. Je vous décris cette race d’homme, car elle devait être mentionnée dans ce livre.

Les Cynophales d’Angamanam [Andaman]
Fol. 77

Fol. 77

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Les Cynophales d’Angamanam [Andaman]

Les Cynophales d’Angamanam [Andaman]

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Les cynocéphales de l’Inde sont mentionnés par Pline l’Ancien au Livre VII de son Histoire naturelle : « Ctésias a écrit que dans beaucoup de montagnes [de l’Inde] une race d'hommes à têtes de chien s'habille avec des peaux de bête, aboie au lieu de parler, et, armée de griffes, se nourrit du produit de sa chasse sur les quadrupèdes et les oiseaux : il ajoute qu'il y en avait plus de 120 000 en moment où il écrivait. »

On ne peut que difficilement faire la part entre le texte ancien, bien connu, et un témoignage que Marco Polo aurait entendu et répété. C’est un exemple de la construction du Devisement du Monde, œuvre complexe s’appuyant sur l’expérience du voyageur, mais aussi sur la culture de l’écrivain Rustinien de Pise.

Il parle de l’île d’Angamanam

Angamanan est une très grande île. Ses habitants vivent comme des bêtes, sans être gouvernés par un roi. Ils sont idolâtres. Tous les hommes de cette île ont une méchante tête de chien, avec des yeux et des dents de chien aussi. Ils produisent beaucoup d’épices. Ce sont des hommes féroces qui dévorent tous ceux qui ne sont pas des leurs. Ils se nourrissent de riz, de lait et de viande. Ils ont des fruits qui ne ressemblent pas aux nôtres. Je vous décris cette race d’homme, car elle devait être mentionnée dans ce livre.

Les Cynophales d’Angamanam [Andaman]
Fol. 77

Fol. 77

Fol. 77
Fol. 83v

Fol. 83v

Fol. 83v


La récolte du poivre à Coilun [Quilon]

La récolte du poivre à Coilun [Quilon]

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Le commerce des épices est l’un des grands moteurs des voyages de découvertes des occidentaux. Le poivre à l’époque de Marco Polo est un produit de luxe, dont le commerce passe par l’Arabie, puis par les marchands italiens, particulièrement vénitiens. Les épices passaient par Aden, puis Alexandrie, avant d’être dispersées dans toute l’Europe. Marco Polo a sans doute vu les plantations de poivriers du sud de l’Inde lors de son voyage de retour.

Il parle du royaume de Coilun

À cinq cents milles par vent Garbin de Maabar, l'on rencontre le royaume de Coilun. Ses habitants y sont idolâtres. Il y a également quelques chrétiens. Ils ont une langue à eux, et sont gouvernés par un roi. Ils ne paient d'impôt à personne. Il y pousse un brésil très fin, que l'on appelle à cause de sa provenance le brésil coilomin. Il y a également du gingembre, que l'on appelle aussi le gingembre coilomin.
Il y pousse également du poivre en grande quantité. Et voici comment. Ce sont des arbres domestiques. Ils les plantent, et en récoltent le poivre aux mois de mai, juin et juillet. Ils ont aussi de l'indigo en abondance. Ils le font sécher au soleil. Il faut en effet savoir que la chaleur est telle en ce pays qu'elle est presque insupportable. Mettrait-on un œuf dans la rivière qu'il serait presque cuit aussitôt, tant le soleil tape. Les marchands du Mangi, du Levant et d'Arabie y viennent très nombreux, et y font grand commerce.
Ce royaume compte toutes sortes d'animaux très divers. Leur lion est noir. Ils ont des perroquets de toutes sortes. Certains sont blancs comme neige, avec le bec et les pattes rouges. Certains sont entièrement rouges. D'autres et ce sont les plus beaux qui soient au monde – sont blancs. Il y en a également de petits qui sont beaux, et des verts. Ils ont également des paons magnifiques qui sont différents des nôtres, ils sont plus grands. Leurs poules ne ressemblent pas aux nôtres. Plus belles, elles sont plus savoureuses. Les habitants de ce pays produisent des fruits tout à fait étranges. À cause de la chaleur, ils n'ont d'autres céréales que le riz. Ils produisent un délicieux vin de sucre qui enivre facilement. Ils disposent à bon marché de tout ce qui est nécessaire pour vivre.
Leurs astrologues et leurs médecins sont réputés. Hommes, femmes et enfants, tous sont noirs, et vivent tout nus sauf leurs parties naturelles qu'ils protègent d'étoffes de prix. Rien n'est pour eux un péché. Et il n'est pas interdit aux hommes d'épouser leurs cousines germaines. Les hommes épousent leurs belles-sœurs après la mort de leur mari. Tous les habitants de l'Inde pratiquent cette coutume. Il n'y a rien d'autre à mentionner. Quittons cette contrée, et parlons d'une autre que l'on nomme Courmary.

La récolte du poivre à Coilun [Quilon]
Fol. 83v

Fol. 83v

Fol. 83v


La récolte du poivre à Coilun [Quilon]

La récolte du poivre à Coilun [Quilon]

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Le commerce des épices est l’un des grands moteurs des voyages de découvertes des occidentaux. Le poivre à l’époque de Marco Polo est un produit de luxe, dont le commerce passe par l’Arabie, puis par les marchands italiens, particulièrement vénitiens. Les épices passaient par Aden, puis Alexandrie, avant d’être dispersées dans toute l’Europe. Marco Polo a sans doute vu les plantations de poivriers du sud de l’Inde lors de son voyage de retour.

Il parle du royaume de Coilun

À cinq cents milles par vent Garbin de Maabar, l'on rencontre le royaume de Coilun. Ses habitants y sont idolâtres. Il y a également quelques chrétiens. Ils ont une langue à eux, et sont gouvernés par un roi. Ils ne paient d'impôt à personne. Il y pousse un brésil très fin, que l'on appelle à cause de sa provenance le brésil coilomin. Il y a également du gingembre, que l'on appelle aussi le gingembre coilomin.
Il y pousse également du poivre en grande quantité. Et voici comment. Ce sont des arbres domestiques. Ils les plantent, et en récoltent le poivre aux mois de mai, juin et juillet. Ils ont aussi de l'indigo en abondance. Ils le font sécher au soleil. Il faut en effet savoir que la chaleur est telle en ce pays qu'elle est presque insupportable. Mettrait-on un œuf dans la rivière qu'il serait presque cuit aussitôt, tant le soleil tape. Les marchands du Mangi, du Levant et d'Arabie y viennent très nombreux, et y font grand commerce.
Ce royaume compte toutes sortes d'animaux très divers. Leur lion est noir. Ils ont des perroquets de toutes sortes. Certains sont blancs comme neige, avec le bec et les pattes rouges. Certains sont entièrement rouges. D'autres et ce sont les plus beaux qui soient au monde – sont blancs. Il y en a également de petits qui sont beaux, et des verts. Ils ont également des paons magnifiques qui sont différents des nôtres, ils sont plus grands. Leurs poules ne ressemblent pas aux nôtres. Plus belles, elles sont plus savoureuses. Les habitants de ce pays produisent des fruits tout à fait étranges. À cause de la chaleur, ils n'ont d'autres céréales que le riz. Ils produisent un délicieux vin de sucre qui enivre facilement. Ils disposent à bon marché de tout ce qui est nécessaire pour vivre.
Leurs astrologues et leurs médecins sont réputés. Hommes, femmes et enfants, tous sont noirs, et vivent tout nus sauf leurs parties naturelles qu'ils protègent d'étoffes de prix. Rien n'est pour eux un péché. Et il n'est pas interdit aux hommes d'épouser leurs cousines germaines. Les hommes épousent leurs belles-sœurs après la mort de leur mari. Tous les habitants de l'Inde pratiquent cette coutume. Il n'y a rien d'autre à mentionner. Quittons cette contrée, et parlons d'une autre que l'on nomme Courmary.

La récolte du poivre à Coilun [Quilon]
Fol. 84v

Fol. 84v

Fol. 84v


La licorne et les animaux d’Ely

La licorne et les animaux d’Ely

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L'Ely de Marco Polo est le Mont Delly, situé l’extrême pointe sud de l’Inde. Cette région, qui n'est pas très riche ni très habitée, impressionne Marco Polo pour sa nature sauvage, même s’il manque de mots pour la décrire. Le peintre a, pour sa part, rajouté une licorne traditionnelle, très éloignée de celle que Marco Polo décrit à Sumatra : "Pas plus grandes qu'un éléphant, les unicornes ont le poil comme celui du buffle, et les pieds comme ceux des éléphants, et une corne au milieu du front, blanche et très grosse. Et elles ne font aucun mal avec leur corne, mais avec leur langue, car elles ont la langue chargée de grandes et longues épines. Et elles ont une tête semblable à celle du sanglier, et la portent toujours inclinée vers la terre. Elles demeurent habituellement près des lacs et des marais. C'est une bête très laide à voir, et elle ne se prend pas au sein d'une pucelle comme nous le disons, bien au contraire."

Il parle du royaume d'Ely

Ely est situé à trois cents milles à l'ouest de Courmary. Les habitants de ce royaume sont idolâtres. Ils sont gouvernés par un roi et ne paient d'impôt à personne. Ils ont une langue qui leur est propre. Il n'y a pas de port dans la province, mais de grands fleuves aux embouchures larges et profondes. Il pousse là abondance de poivre, de gingembre et d'autres épices. Leur roi est puissant par ses richesses, mais le pays n'est pas très peuplé. Le royaume est naturellement si bien protégé que nul ne peut y entrer pour l'attaquer, et que le roi ne craint personne.
S'il arrive que par hasard un grand bateau, qui ne leur est pas destiné, s'ancre dans leur embouchure, ils s'emparent de sa cargaison, disant : « Vous vouliez aller ailleurs, mais les dieux vous ont conduit jusqu'à nous ! C'est que vous êtes pour nous ! » Ils ne voient nul mal à ça. Si au contraire, le bateau vient pour eux, ils l'accueillent à grand honneur et en assurent la protection. Cette méchante coutume se retrouve dans l'Inde tout entière ; les habitants de ce pays s'emparent des cargaisons de tout navire que le mauvais temps a détourné de sa route. Les bateaux du Mangi et d'ailleurs y sont chargés en cinq ou six jours. Ils s'en retournent le plus rapidement possible, car il n'y a pas de port, mais seulement des plages et du sable où l'on s'enfonce. Mais les bateaux du Mangi sont dotés de grandes ancres de bois qui résistent bien aux accidents qui peuvent survenir sur les plages de sable. Il y a dans ce pays quantité de lions et d'autres bêtes féroces extraordinaires et venimeuses. Ils ont gibier et oiseaux en abondance. Il n'y a rien d'autre à en mentionner. Nous parlerons du royaume de Melibar.

La licorne et les animaux d’Ely
Fol. 84v

Fol. 84v

Fol. 84v


La licorne et les animaux d’Ely

La licorne et les animaux d’Ely

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L'Ely de Marco Polo est le Mont Delly, situé l’extrême pointe sud de l’Inde. Cette région, qui n'est pas très riche ni très habitée, impressionne Marco Polo pour sa nature sauvage, même s’il manque de mots pour la décrire. Le peintre a, pour sa part, rajouté une licorne traditionnelle, très éloignée de celle que Marco Polo décrit à Sumatra : "Pas plus grandes qu'un éléphant, les unicornes ont le poil comme celui du buffle, et les pieds comme ceux des éléphants, et une corne au milieu du front, blanche et très grosse. Et elles ne font aucun mal avec leur corne, mais avec leur langue, car elles ont la langue chargée de grandes et longues épines. Et elles ont une tête semblable à celle du sanglier, et la portent toujours inclinée vers la terre. Elles demeurent habituellement près des lacs et des marais. C'est une bête très laide à voir, et elle ne se prend pas au sein d'une pucelle comme nous le disons, bien au contraire."

Il parle du royaume d'Ely

Ely est situé à trois cents milles à l'ouest de Courmary. Les habitants de ce royaume sont idolâtres. Ils sont gouvernés par un roi et ne paient d'impôt à personne. Ils ont une langue qui leur est propre. Il n'y a pas de port dans la province, mais de grands fleuves aux embouchures larges et profondes. Il pousse là abondance de poivre, de gingembre et d'autres épices. Leur roi est puissant par ses richesses, mais le pays n'est pas très peuplé. Le royaume est naturellement si bien protégé que nul ne peut y entrer pour l'attaquer, et que le roi ne craint personne.
S'il arrive que par hasard un grand bateau, qui ne leur est pas destiné, s'ancre dans leur embouchure, ils s'emparent de sa cargaison, disant : « Vous vouliez aller ailleurs, mais les dieux vous ont conduit jusqu'à nous ! C'est que vous êtes pour nous ! » Ils ne voient nul mal à ça. Si au contraire, le bateau vient pour eux, ils l'accueillent à grand honneur et en assurent la protection. Cette méchante coutume se retrouve dans l'Inde tout entière ; les habitants de ce pays s'emparent des cargaisons de tout navire que le mauvais temps a détourné de sa route. Les bateaux du Mangi et d'ailleurs y sont chargés en cinq ou six jours. Ils s'en retournent le plus rapidement possible, car il n'y a pas de port, mais seulement des plages et du sable où l'on s'enfonce. Mais les bateaux du Mangi sont dotés de grandes ancres de bois qui résistent bien aux accidents qui peuvent survenir sur les plages de sable. Il y a dans ce pays quantité de lions et d'autres bêtes féroces extraordinaires et venimeuses. Ils ont gibier et oiseaux en abondance. Il n'y a rien d'autre à en mentionner. Nous parlerons du royaume de Melibar.

La licorne et les animaux d’Ely


La ville de Cambaet [Cambay]

La ville de Cambaet [Cambay]

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La ville de Cambay est un des ports du Gujerat sur la côte occidentale de l’Inde. Cette région est une étape entre l’Extrême-Orient et l’Arabie, mais c’est aussi une région productrice de tissus et de cuirs réputés. On y produit aussi de l’indigo et de l’encens.

Il parle du royaume de Cambaet

Cambaet est un grand royaume du côté de l’ouest. Ses habitants ont leur langue propre. Ils sont idolâtres. Ils ne paient d’impôts à personne. Dans ce royaume on voit davantage l’étoile du Nord, car plus vous allez vers l’ouest, plus vous la voyez haute au dessus de la mer. C’est un royaume très commerçant. Il produit abondance de noix d’Inde de qualité. On y tisse quantité de délicats bougrans. On y récolte assez de coton que l’on vend ici et là. Il n’y a pas de pirates dans ce royaume. Les Hommes sont honnêtes. Ils vivent de commerce et d’artisanat. Il n’y a rien d’autre à mentionner.

La ville de Cambaet [Cambay]


Les îles Mâle et Femelle

Les îles Mâle et Femelle

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La légende de l’île peuplée uniquement de femmes est déjà mentionnée par des chroniqueurs arabes. C’est un thème associant souvent la fécondité et la naissance. Ces îles auraient été situées en Asie du Sud-Est, ou à proximité de Madagascar. Marco Polo ne les a pas visitées, mais il restitue ce qu’il a entendu en s’approchant de l’Arabie.

Il parle de l’île des hommes et de l’île des femmes, qui s’appellent ainsi parce que dans l’une ne vivent que des hommes, et dans l’autre que des femmes

À cinq milles au sud de Quesmaturan, l’on aborde en mer les deux îles, l’île des hommes et l’île des femmes, séparées de cinq [cents] milles l’une de l’autre. Leurs habitants y sont chrétiens et ont reçu le baptême. Ils vivent la règle de l’Ancien Testament qui veut qu’un homme ne doit pas toucher sa femme enceinte, et doit attendre quarante jours après la naissance, s’il s’agit d’une fille. Les hommes vivent dans l’île des hommes. En mars, ils quittent leur île et vont vivre avec leur femme trois mois durant, puis ils s’en retournent. Les neufs mois suivants, ils travaillent aux champs et font leur commerce.
On trouve dans cette île un ambre très fin. Ils se nourrissent de viande, de lait et de riz. Ce sont de bons pêcheurs. Ils pêchent quantité de grands et gros poissons qu’ils font sécher et qui leur suffisent pour toute l’année. Ils en vendent aux marchands. Ils n’ont pas de seigneur, mais ont un évêque qui relève de l’archevêché de l’île de Scaira, dont nous allons parler. Ils ont une langue qui leur est propre. Quand ils ont une petite fille, elle reste vivre avec sa mère sur l’île des femmes. Si c’est un petit garçon, il est élevé par sa mère jusqu’à l’âge de quatorze ans, puis par son père. Les femmes n’ont d’autres tâches que d’élever les enfants et de cueillir les fruits des arbres. Les hommes les fournissent en tout ce qui leur est nécessaire.

Les îles Mâle et Femelle


La ville de Cambaet [Cambay]

La ville de Cambaet [Cambay]

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La ville de Cambay est un des ports du Gujerat sur la côte occidentale de l’Inde. Cette région est une étape entre l’Extrême-Orient et l’Arabie, mais c’est aussi une région productrice de tissus et de cuirs réputés. On y produit aussi de l’indigo et de l’encens.

Il parle du royaume de Cambaet

Cambaet est un grand royaume du côté de l’ouest. Ses habitants ont leur langue propre. Ils sont idolâtres. Ils ne paient d’impôts à personne. Dans ce royaume on voit davantage l’étoile du Nord, car plus vous allez vers l’ouest, plus vous la voyez haute au dessus de la mer. C’est un royaume très commerçant. Il produit abondance de noix d’Inde de qualité. On y tisse quantité de délicats bougrans. On y récolte assez de coton que l’on vend ici et là. Il n’y a pas de pirates dans ce royaume. Les Hommes sont honnêtes. Ils vivent de commerce et d’artisanat. Il n’y a rien d’autre à mentionner.

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La légende de l’île peuplée uniquement de femmes est déjà mentionnée par des chroniqueurs arabes. C’est un thème associant souvent la fécondité et la naissance. Ces îles auraient été situées en Asie du Sud-Est, ou à proximité de Madagascar. Marco Polo ne les a pas visitées, mais il restitue ce qu’il a entendu en s’approchant de l’Arabie.

Il parle de l’île des hommes et de l’île des femmes, qui s’appellent ainsi parce que dans l’une ne vivent que des hommes, et dans l’autre que des femmes

À cinq milles au sud de Quesmaturan, l’on aborde en mer les deux îles, l’île des hommes et l’île des femmes, séparées de cinq [cents] milles l’une de l’autre. Leurs habitants y sont chrétiens et ont reçu le baptême. Ils vivent la règle de l’Ancien Testament qui veut qu’un homme ne doit pas toucher sa femme enceinte, et doit attendre quarante jours après la naissance, s’il s’agit d’une fille. Les hommes vivent dans l’île des hommes. En mars, ils quittent leur île et vont vivre avec leur femme trois mois durant, puis ils s’en retournent. Les neufs mois suivants, ils travaillent aux champs et font leur commerce.
On trouve dans cette île un ambre très fin. Ils se nourrissent de viande, de lait et de riz. Ce sont de bons pêcheurs. Ils pêchent quantité de grands et gros poissons qu’ils font sécher et qui leur suffisent pour toute l’année. Ils en vendent aux marchands. Ils n’ont pas de seigneur, mais ont un évêque qui relève de l’archevêché de l’île de Scaira, dont nous allons parler. Ils ont une langue qui leur est propre. Quand ils ont une petite fille, elle reste vivre avec sa mère sur l’île des femmes. Si c’est un petit garçon, il est élevé par sa mère jusqu’à l’âge de quatorze ans, puis par son père. Les femmes n’ont d’autres tâches que d’élever les enfants et de cueillir les fruits des arbres. Les hommes les fournissent en tout ce qui leur est nécessaire.

Les îles Mâle et Femelle
Fol. 87v

Fol. 87v

Fol. 87v


Les griffons de Madagascar [Mogadiscio]

Les griffons de Madagascar [Mogadiscio]

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Dans le manuscrit, Marco Polo écrit : « Mogedaxo » que l’on peut identifier comme Madagascar, ou bien comme Mogadiscio, l’hésitation est d’autant plus grande qu’il en parle comme d’une île. Cependant, la description donnée, tant du paysage que de la faune, ainsi que la position géographique fait plutôt penser à une description de la côte Somalie qu’on lui aurait rapportée.

Il parle de l'île de Madagascar

Madagascar est une île à bien mille milles au sud de Scaira. Ses habitants sont musulmans et adorent Mahomet. La cité est gouvernée par quatre vieillards. C'est une des îles les plus belles et les plus grandes qui soient au monde. Elle s'étend sur au moins trois mille milles de périmètre. Ses habitants vivent de commerce et d'artisanat. Il y a là plus d'éléphants que nulle part ailleurs. Il y en a également sur une autre île dont je vous parlerai, Zanzibar. C'est extraordinaire le commerce d'éléphants qui se fait sur ces deux îles. Les habitants de cette île ne se nourrissent que de viande de chameau. Ils en abattent tant chaque jour que c'est difficile à croire pour qui ne l'a pas vu. Ils prétendent que c'est la meilleure viande du monde, et la plus saine qui soit. C'est la raison pour laquelle tous les habitants en mangent et ne mangent que ça.
Il y pousse quantité d'arbres de santal vermeil, de bonne qualité. Ils en ont tant que tous leurs bois sont de santal. Ils ont beaucoup d'ambre, car il y a quantité de baleines dans la mer, qu'ils capturent, ainsi que de grands cachalots qui, comme les baleines, produisent de l'ambre. On trouve également dans l'île abondance de léopards, d'ours, de lions et d'autres bêtes sauvages. C'est la raison pour laquelle il vient là des marchands en grand nombre. Mais leurs navires ne peuvent aller vers d'autres îles, plus au sud que Madagascar et Zanzibar, car le courant y est si fort en direction du sud que les bateaux qui iraient ne pourraient faire route arrière. Les bateaux mettent à peine vingt jours pour aller de Maabar à Madagascar, mais plus de trois mois dans l'autre sens, tant le courant du sud qui leur est contraire est fort. Il est fort en toutes saisons. C'est extraordinaire.
On raconte que dans ces îles, où l'on ne peut aller à cause du courant qui empêcherait le retour, l'on trouve, en certaines saisons, des griffons. Ils sont différents des nôtres. Certains qui les ont vus ont raconté à Marc Pol qu'ils ressemblent à des aigles, mais en beaucoup plus grand. Ouvertes, leurs ailes couvrent plus de trente pas, et leurs pennes plus de douze. Ils sont si forts qu'ils prennent un éléphant dans leurs griffes, l'enlèvent dans le ciel, puis le laissent tomber pour le tuer. Ils descendent alors et le dévorent. Les habitants de l'île les nomment rut. Je ne saurais dire si ce sont vraiment des griffons ou des oiseaux d'une autre espèce. Mais c'est un fait qu'ils ne sont pas moitié oiseaux et moitié lions comme nous disons que sont les griffons. Ils sont immenses et ressemblent exactement à l'aigle. Le Grand Khan envoya des gens à lui s'informer de ces curiosités, et c'est ce qu'ils lui racontèrent. Il les envoya également délivrer un de ses ambassadeurs retenu dans l'île. Ils le délivrèrent et racontèrent d'étranges nouvelles au Grand Khan. Ils lui rapportèrent deux dents de sanglier, qui pesaient chacune plus de quatorze livres. C'est dire la taille du sanglier. Et lui expliquèrent qu'ils avaient vu des sangliers qui avaient la taille de buffles. On y trouve aussi des girafes et des ânes sauvages, et toutes sortes d'animaux sauvages tout à fait extraordinaires.

Les griffons de Madagascar [Mogadiscio]
Fol. 87v

Fol. 87v

Fol. 87v


Les griffons de Madagascar [Mogadiscio]

Les griffons de Madagascar [Mogadiscio]

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Dans le manuscrit, Marco Polo écrit : « Mogedaxo » que l’on peut identifier comme Madagascar, ou bien comme Mogadiscio, l’hésitation est d’autant plus grande qu’il en parle comme d’une île. Cependant, la description donnée, tant du paysage que de la faune, ainsi que la position géographique fait plutôt penser à une description de la côte Somalie qu’on lui aurait rapportée.

Il parle de l'île de Madagascar

Madagascar est une île à bien mille milles au sud de Scaira. Ses habitants sont musulmans et adorent Mahomet. La cité est gouvernée par quatre vieillards. C'est une des îles les plus belles et les plus grandes qui soient au monde. Elle s'étend sur au moins trois mille milles de périmètre. Ses habitants vivent de commerce et d'artisanat. Il y a là plus d'éléphants que nulle part ailleurs. Il y en a également sur une autre île dont je vous parlerai, Zanzibar. C'est extraordinaire le commerce d'éléphants qui se fait sur ces deux îles. Les habitants de cette île ne se nourrissent que de viande de chameau. Ils en abattent tant chaque jour que c'est difficile à croire pour qui ne l'a pas vu. Ils prétendent que c'est la meilleure viande du monde, et la plus saine qui soit. C'est la raison pour laquelle tous les habitants en mangent et ne mangent que ça.
Il y pousse quantité d'arbres de santal vermeil, de bonne qualité. Ils en ont tant que tous leurs bois sont de santal. Ils ont beaucoup d'ambre, car il y a quantité de baleines dans la mer, qu'ils capturent, ainsi que de grands cachalots qui, comme les baleines, produisent de l'ambre. On trouve également dans l'île abondance de léopards, d'ours, de lions et d'autres bêtes sauvages. C'est la raison pour laquelle il vient là des marchands en grand nombre. Mais leurs navires ne peuvent aller vers d'autres îles, plus au sud que Madagascar et Zanzibar, car le courant y est si fort en direction du sud que les bateaux qui iraient ne pourraient faire route arrière. Les bateaux mettent à peine vingt jours pour aller de Maabar à Madagascar, mais plus de trois mois dans l'autre sens, tant le courant du sud qui leur est contraire est fort. Il est fort en toutes saisons. C'est extraordinaire.
On raconte que dans ces îles, où l'on ne peut aller à cause du courant qui empêcherait le retour, l'on trouve, en certaines saisons, des griffons. Ils sont différents des nôtres. Certains qui les ont vus ont raconté à Marc Pol qu'ils ressemblent à des aigles, mais en beaucoup plus grand. Ouvertes, leurs ailes couvrent plus de trente pas, et leurs pennes plus de douze. Ils sont si forts qu'ils prennent un éléphant dans leurs griffes, l'enlèvent dans le ciel, puis le laissent tomber pour le tuer. Ils descendent alors et le dévorent. Les habitants de l'île les nomment rut. Je ne saurais dire si ce sont vraiment des griffons ou des oiseaux d'une autre espèce. Mais c'est un fait qu'ils ne sont pas moitié oiseaux et moitié lions comme nous disons que sont les griffons. Ils sont immenses et ressemblent exactement à l'aigle. Le Grand Khan envoya des gens à lui s'informer de ces curiosités, et c'est ce qu'ils lui racontèrent. Il les envoya également délivrer un de ses ambassadeurs retenu dans l'île. Ils le délivrèrent et racontèrent d'étranges nouvelles au Grand Khan. Ils lui rapportèrent deux dents de sanglier, qui pesaient chacune plus de quatorze livres. C'est dire la taille du sanglier. Et lui expliquèrent qu'ils avaient vu des sangliers qui avaient la taille de buffles. On y trouve aussi des girafes et des ânes sauvages, et toutes sortes d'animaux sauvages tout à fait extraordinaires.

Les griffons de Madagascar [Mogadiscio]
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Le Devisement du Monde, plus connu sous le nom de Livre des Merveilles, est le plus célèbre récit de voyage du Moyen Âge. Se démarquant des modèles hérités de l'Antiquité, le texte s'attache à l’expérience personnelle de Marco Polo, enrichie de mythes et légendes, dans une œuvre nouvelle, qui est à la fois un guide du voyageur et un moyen d'émerveillement. Avec un peu d’histoire mongole, Marco Polo décrit le monde qu’il a vu ou connu par ouï-dire en Asie centrale, en Chine, en Indochine et dans l’océan Indien. Après un périple de 24 ans, c'est en prison que Marco Polo dicte son récit à l'écrivain Rusticien de Pise, son compagnon de cellule, à Gênes en 1299.
Somptueusement illustré de 265 peintures, cet exemplaire destiné au duc de Bourgogne est le plus prestigieux des 143 manuscrits connus. Véritable encyclopédie géographique, il réunit en un seul volume l'essentiel des connaissances dont on disposait à la fin du 14e siècle sur ces contrées lointaines, ajoutant sept autres textes à celui de Marco Polo.

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