Corinne ou l’Italie

Bibliothèque nationale de France
Corinne
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Charles-Eloi Vial parle de Corinne ou l’Italie de Germaine de Staël
Résumé de l’intrigue
Le roman Corinne ou l’Italie est construit en trois parties. Le premier tiers est consacré à la rencontre entre Oswald et Corinne et à l’introduction des personnages, le second s’organise comme un guide de voyage célébrant les beautés de la péninsule, et le dernier tiers est enfin consacré au dénouement du drame amoureux.
Le choc des cultures

Elle lui tendit la main
« Vous voilà ? dit Corinne en voyant entrer lord Nelvil ; ah ! merci. » Et elle lui tendit la main. Oswald la prit, y imprima ses lèvres avec une vive tendresse, et ne sentit pas dans ce moment cette timidité souffrante qui se mêlait souvent à ses impressions les plus agréables, et lui donnait quelquefois, avec les personnes qu’il aimait le mieux, des sentiments amers et pénibles. L’intimité avait commencé entre Oswald et Corinne depuis qu’ils s’étaient quittés ; c’était la lettre de Corinne qui l’avait établie ; ils étaient contents tous les deux, et ressentaient l’un pour l’autre une tendre reconnaissance.
« C’est donc ce matin, dit Corinne, que je vous montrerai le Panthéon et Saint-Pierre : j’avais bien quelque espoir, ajouta-t-elle en souriant, que vous accepteriez le voyage de Rome avec moi ; aussi mes chevaux sont prêts. Je vous ai attendu, vous êtes arrivé ; tout est bien : partons. — Étonnante personne, dit Oswald, qui donc êtes-vous ? où avez-vous pris tant de charmes divers qui sembleraient devoir s’exclure : sensibilité, gaieté, profondeur, grâce, abandon, modestie ? Êtes-vous une illusion ? Êtes-vous un bonheur surnaturel pour la vie de celui qui vous rencontre ? »
Germaine de Staël, Corinne ou l’Italie, 1807
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Notre poésie est une merveille de l’imagination, il ne faut y chercher que ses plaisirs sous toutes les formes.
Au bout de six mois de voyage, les fêtes où s’illustrent « l’enthousiasme », la grâce et le bel esprit italien, le goût de la danse, de la poésie et de la musique le laissent toujours indifférent. L’indépendance et la supériorité d’esprit de Corinne l’effraient, et il craint que leur mariage ne soit désapprouvé par sa famille.
Le temps des confidences

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Finalement, Corinne lui révèle son secret : elle n’est pas italienne, comme tout le monde le pense, mais seulement romaine par sa mère et anglaise par son père, lord Edgermond, un ami du père de Nelvil. Elle a été élevée à Rome et Florence puis envoyée à l’âge de quinze ans en Angleterre pour s’y marier. Sans s’être connus, Nelvil et Corinne avaient en fait été promis l’un à l’autre depuis leur plus tendre enfance, mais lord Oswald avait jugé que Corinne, dotée d’un fort caractère, ferait une trop mauvaise épouse pour son fils, au contraire de sa demi-sœur, Lucile, au caractère bien moins indépendant.
Et s’il faut étouffer mon esprit et mon âme, que sert de conserver le misérable reste de vie qui m’agite en vain ?
À ses vingt-et-un ans, Corinne hérite de la fortune de ses parents disparus. Devenue riche et célibataire, elle échappe à la tutelle des hommes, se fait passer pour morte et fuit son pays, dégoûtée de la société britannique qui n’accorde qu’une place secondaire aux femmes, perpétuellement soumises à leur père ou à leur mari.
Non-dits, remords et chagrin
Décidé à épouser Corinne, Oswald rentre pour quelques mois en Angleterre, où il oublie ses promesses et prête l’oreille aux jugements de sa famille et de ses amis sur le comportement inacceptable de la fille aînée de lord Edgermond. Pour se conformer à la volonté de son défunt père, il épouse Lucile dont il tombe facilement amoureux.

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Il sentit que c’était seulement dans la vie régulière et domestique qu’il se représentait avec plaisir Lucile pour compagne.
Au bout de quatre années passées à la guerre, lord Nelvil rentre en Angleterre et retrouve son épouse et sa fille, avec qui il part en Italie à la recherche de Corinne. Ayant perdu tout goût pour les arts et la poésie, celle-ci refuse de le revoir. Elle consent à s’occuper de la fille d’Oswald, Juliette, à qui elle transmet son talent pour la poésie et la musique, puis elle réconcilie Lucile avec son époux. Après avoir adressé un dernier chant d’adieu à l’Italie, Corinne meurt de chagrin, avec Oswald, Lucile et leur fille à son chevet.
Perspectives sociales et politiques du roman

Corinne au Colisée
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Si Corinne sert de bouc émissaire, les deux autres protagonistes, en proie aux remords et aux affres de la jalousie, ne sont pas non plus épargnés, mais leur volonté de vivre une vie « normale » leur dicte leur comportement et les pousse à reprendre leur place au sein de la bonne société anglaise. Leur fille Juliette n’est pas non plus épargnée : en recevant l’héritage artistique et spirituel de Corinne avant sa mort, elle est involontairement condamnée par sa tante à vivre elle aussi à l’écart de la bonne société anglaise. Mme de Staël, en évoquant cette transmission du fardeau de la femme indépendante, semble cependant aspirer à un changement radical des droits de la femme. Son œuvre prend ainsi un tour politique et social.
Des circonstances malheureuses ayant privé l’Italie de son indépendance, on y a perdu tout intérêt pour la vérité, et souvent même la possibilité de la dire.
Les descriptions des beautés de la péninsule et sa célébration de l’esprit italien met aussi en scène une Italie unifiée sur le plan historique et culturel. Cette vision, éminemment polémique à une époque où l’Italie était encore morcelée en de multiples états, évoque l’appel à l’indépendance nationale que Germaine de Staël illustrera par la suite dans De L’Allemagne.
Provenance
Cet article provient du site Les Essentiels de la littérature (2017).
Lien permanent
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