La langue, un art de la tempérance
Doués ou non pour l’éloquence, tous auraient intérêt à travailler pour devenir soit plus habiles à parler, soit moins impropres à le faire. Personne en effet n’a renoncé à sa qualité d’homme et ne s’est mis au rang des bêtes brutes au point de ne pas se défaire de sa gaucherie en pratiquant cet art qui aiguise la langue, donne l’expression souhaitée à la physionomie, règle les gestes, trouve les mots à dire et la place où ils sont souhaitables, supprime les expressions regrettables, tempère les mots passionnés : cela est si vrai que nous voyons même les brutes être apprivoisées et perdre leur nature sauvage sous l’effet du dressage. Laissons cependant ce destin à ceux qui lorsqu’on leur demande pourquoi ils n’ont pas appris la rhétorique, ont coutume de répondre : « je suis chrétien, non cicéronien ». Comme si s’exprimer avec élégance était contraire à la religion
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