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Extrait

L’interaction et le devenir réciproque des complémentaires

Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise

Les couples d’opposés complémentaires qui structurent la vision chinoise du monde et de la société (Yin/Yang, Ciel/Terre, Vide/Plein, père/fils, souverain/ministre, etc.) déterminent une forme de pensée, non pas dualiste au sens disjonctif évoqué plus haut, mais ternaire en ce qu’elle intègre la circulation du souffle qui relie les deux termes. Dans son mouvement tournant et spiralé, il indique un centre qui, bien que jamais localisable et fixé d’avance, n’en est pas moins réel et constant.

En évoquant l’interaction et le devenir réciproque que leur rapport implique, le couple Ciel-Terre ne se borne pas à la simple addition de deux termes, il génère le troisième terme implicite qu’est la relation organique, vivante et créatrice, qui les constitue. Ce troisième terme, explicité par la spéculation cosmologique, n’est autre que l’homme qui, par sa participation active, « parachève » l’œuvre cosmique. C’est à travers lui et ce qui le relie à l’univers que les penseurs chinois ont axé leur réflexion sur la réalité de « ce qui naît entre » et sur ce qu’elle implique en termes de comportement moral : tel est le sens de la notion de « Milieu » (zhong).

Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, collection « Points Essais », éditions du Seuil, 2002. 
Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur

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