Le début du commerce européen des esclaves

Bibliothèque nationale de France
Al-hârith au marché aux esclaves
Après l’expansion de l’Islam du 7e siècle, la traite augmente en Afrique avec l’établissement d’un vaste réseau approvisionnant principalement le monde arabe. Outre les routes transsahariennes, les mouvements vont de l’est de l’Afrique vers l’Arabie et de la Corne de l’Afrique vers l’Abyssinie. Ces traites vont s’étendre sur treize siècles et toucher 17 millions d’Africains. La présence d’esclaves africains est aussi attestée en Asie, notamment en Inde. L’esclavage des autochtones a pratiquement disparu en Europe au 13e siècle, quand la reconquista de l’Espagne amène des captifs « sarrasins ». Des ventes d’esclaves africains ont lieu dans la France du sud aux 14e et 15e siècles, à partir de l’Espagne mais aussi venant directement de Tunis et de Tripoli.
L’image, qui provient d’un manuscrit arabe du 13e siècle, montre un marché aux esclaves.
Al-Hârith va acheter un esclave et se fait flouer par Abû Zayd qui lui vend son fils. La scène montre la transaction entre les deux hommes et se déroule devant un curieux édifice, une halle ouverte sur deux niveaux, sans doute une échoppe dans un souk, dont le toit en roseaux tressés repose sur de fins piliers de bois. Au premier plan, Abû Zayd, le visage à moitié caché par un pan de son turban, tient son fils par l’épaule, un jeune garçon habillé d’une longue robe verte qui contraste avec celle de son père, bleu pâle ceinturée de rouge et sur laquelle est jetée une cape rouge foncé galonnée d’or. Au centre, est assis un groupe d’esclaves noirs, attendant les acheteurs. L’un est simplement vêtu d’un pagne vert et d’un tissu blanc posé sur ses épaules qui dévoile largement ses bras et une partie de son torse. Son voisin est enveloppé dans un grand tissu blanc dont seule sort la main. Leurs têtes sont nues, leurs cheveux frisés et ils ne portent pas de chaussures. À droite, al-Hârith coiffé d’un turban rouge, dominant la scène de sa haute stature, les observe attentivement. Au niveau supérieur, s’effectue la transaction : la monnaie est soigneusement pesée sur une balance. Cette image illustre deux moments du récit : la rencontre des deux amis au marché des esclaves puis une fois la vente faite, Al-Hârith en train de peser la somme due.
Bibliothèque nationale de France
On évalue ce trafic à un millier de personnes par an au milieu du 15e siècle, à plus de trois mille ensuite. Les Italiens, et plus spécialement les Génois, devinrent les maîtres de ce commerce grâce auquel ils se taillèrent de belles fortunes.
La tradition africaine se souvient encore aujourd'hui de la surprise des Noirs devant l'apparition des hommes blancs venus de la mer. Curieusement, n'ayant jamais navigué eux-mêmes, ils ne pouvaient pas imaginer que les Blancs habitaient hors de leurs bateaux.
Ces Noirs faisaient l'objet d'un troc, d'une « traite ». En vertu d'une sorte de loi coutumière, l'homme adulte, la « tête », devint l'unité d'évaluation des produits offerts en échange. Près du Rio de Oro, les esclaves razziés étaient immédiatement échangés sur place contre de la poudre d'or. En d'autres endroits, il fallait offrir en contrepartie des produits venus d'Europe : étoffes, blé, chevaux, bois, etc.
Il deviendra de bon ton, chez les riches Portugais, d'exhiber un de ces domestiques noirs, sauvé du péché par le baptême. Employés aussi comme ouvriers agricoles, ces esclaves aideront à la mise en valeur de vastes domaines de canne à sucre.