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Fillastre lisant son ouvrage à Charles le Téméraire lors du chapitre de la Toison d’or.

Guillaume Fillastre, Histoire de la Toison d’or
Fillastre lisant son ouvrage à Charles le Téméraire lors du chapitre de la Toison d’or.
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Le manuscrit conservé à Bruxelles (KBR, ms. 9028) est un bel exemplaire du deuxième livre de l’Histoire de la Toison d’or de Guillaume Fillastre, la Toison de Jacob. L’auteur y disserte longuement sur la vertu de la justice, puisant dans la philosophie médiévale et antique, ainsi que dans le droit romain et canon. Deux miniatures illustrent le manuscrit. La première (f. 6) représente Fillastre lisant son ouvrage à Charles le Téméraire qui préside le chapitre de la Toison d’or. La seconde (fol. 14 vo) montre Pâris, héros de l’Antiquité, représentant la Justice. Il tient à la main une houlette, bâton de berger dont une extrémité est creuse pour jeter des mottes de terre et l’autre crochue pour rattraper les bêtes. Dans le paysage, un berger garde un troupeau de moutons, un autre des bovins. Pâris, en tant qu’arbitre de la querelle des trois déesses, fut aussi à l’origine de la guerre et de la destruction de Troie. Les mots écrits tout autour de son trône rappellent cet épisode. On y lit plusieurs fois cet avertissement : « Actor cedis, proditor edis, subversor sedis » ( « Auteur du massacre, traître du temple, destructeur du trône » ).

L’attribution au Maître aux inscriptions blanches de ce manuscrit est très récente et reste, pour l’instant, provisoire. Au f. 14 vo, la monumentalité et le visage large de Pâris peuvent être comparés avec les manuscrits de Londres, BL, ms. Royal 18 E III, f. 24 et Londres, BL, ms. Royal 14 E I, f. 3 ; la perspective de la ville dans le paysage et les figures serrées des deux bergers se retrouvent dans le manuscrit de Londres, BL, ms. Royal 19 E v, f. 32 ou celui de Londres, BL, ms. Royal 18 E IV, f. 52 et 227 ; les boeufs et les moutons dans celui de Londres, BL, ms. Royal 14 E VI, f. 215. On trouve pourtant ces montagnes, ces arbres très fins et la même façon de grouper les bêtes dans des miniatures attribuées au Maître du Wavrin de Londres (par exemple Londres, BL, ms. Royal 15 E IV, f. 259 vo). En outre, la juxtaposition du frontispice avec une miniature sur laquelle figurent un évêque et une personne trônant (Londres, BL, ms. Royal, 15 E iv, f. 246) évoque aussi le Maître du Wavrin de Londres.

Il existe, entre ce manuscrit du livre 2 de l’Histoire de la Toison d’or et un autre du livre 1 (Bruxelles, KBR, ms. 9027, parfois présenté comme volume correspondant, hypothèse rejetée pour des raisons de marques de propriété et de format), un rapport troublant. Les deux frontispices sont très ressemblants, non seulement dans leur composition, mais également dans leur style. Le manuscrit de Bruxelles (KBR, ms. 9027) peut aussi évoquer le Maître aux inscriptions blanches, lorsqu’on compare, par exemple, la miniature du f. 22 avec celle du manuscrit de Londres, BL, ms. Royal 17 E II, f. 148, pour le visage et l’allure un peu large et rustre du cavalier. De même si on compare le cheval à ceux qui figurent dans les manuscrits suivants : Londres, BL, ms. Royal 14 E II, f. 194, ou Londres, BL, ms. Royal 14 E IV, f. 81, ou encore Londres, BL, ms. Royal 18 E III, f. 292. Mais ce manuscrit semble plus proche du style du Maître du Wavrin de Londres, si on met par exemple en rapport le jeune noble sur la droite de la miniature du f. 5 avec celle du f. 134 du manuscrit de Londres, BL, ms. Royal 15 E IV, et les visages du f. 246 ou la composition du f. 8 vo avec ceux des f. 141 vo et 236 du manuscrit de Londres, BL, ms. Royal 15 E IV.

Il est probable que dans le cas de ces manuscrits, comme dans bien d’autres exemplaires de la production brugeoise de la période comprise entre 1470 et 1490 (au moins en partie exécutés sous la direction de Philippe de Mazerolles), on puisse envisager un processus de collaboration. Un miniaturiste pouvait être responsable de la composition ou du dessin et un autre de la peinture ; même dans cette dernière phase, un artiste pouvait, par exemple, être chargé du paysage et un autre des mains et des visages.

© Bibliothèque royale de Belgique

  • Date
    Entre 1475 et 1485
  • Lieu
    Bruges
  • Auteur(es)
    Le Maître aux inscriptions blanches, enlumineur
  • Description technique
    Parchemin, 417 f., environ 460 × 340 mm, 2 miniatures
    Provenance inconnue
  • Provenance

    Bruxelles, KBR, ms. 9028, f. 6

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm124200360b