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Prologue

Gaston Phébus, Livre de chasse
Prologue
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« Au nom et en tout honneur de Dieu le créateur et seigneur de toutes choses [...], je, Gaston, par la grâce de Dieu, surnommé Fébus, comte de Foix, seigneur de Béarn, qui tout mon temps me suis délecté spécialement de trois choses : les armes, l’amour et la chasse. [...]

C’est du troisième office, dont je doute d’avoir eu nul maître, si vaniteux que cela semble, que je voudrais parler, c’est-à-dire de la chasse, et je traiterai par chapitres de toutes les espèces de bêtes que l’on chasse communément, de leurs manières et de leurvie ; car il en est qui chassent les lions, les léopards, les chevaux et les boeufs sauvages, mais de cela je ne veux point parler, car peu les chasse-t-on. Mais des autres bêtes que l’on chasse communément et que les chiens chassent volontiers, j’ai l’intention de parler, pour instruire beaucoup de gens qui veulent chasser et ne le savent faire, quand ils en ont par aventure la volonté.

Et je parlerai premièrement des bêtes douces qui viandent, parce qu’elles sont plus gentilles et plus nobles : et premièrement du cerf et de toute sa nature, secondement du renne et de toute sa nature, troisièmement du daim et de toute sa nature [...]. Et puis, par la grâce de Dieu, je parlerai de la nature des chiens quichassent et prennent bêtes : et premièrement de la nature des dogues, secondement de la nature des lévriers, troisièmement de la nature des chiens courants [...].

Ce présent livre fut commencé le premier jour de mai, l’an de grâce de l’Incarnation de notre seigneur que l’on comptait mille trois cent quatre-vingts etsept ; et ce livre ai commencé à cette fin que je veux que chacun sache, qui ce livre lira ou orra, que de chasse, je l’ose bien dire, il peut venir beaucoup de bien.

Premièrement, on échappe à tous les sept péchésmortels ; secondement, on chevauche avec plus d’agrément, de hardiesse et d’aisance et l’on connaît mieux tous pays et touspassages ; bref, toutes bonnes coutumes et bonnes moeurs viennent de là, avec le salut de l’âme, car qui fuit les sept péchés mortels, selon notre foi, doit être sauvé. Donc le bon veneur sera sauvé, et dans ce monde il aura assez de joie, de liesse et deplaisir ; mais qu’il se garde de deux choses : l’une qu’il ne perde la connaissance ni le service de Dieu de qui tout bien vient, pour lachasse ; l’autre qu’il ne perde le service de son maître ou néglige certains de ses propres intérêts qui peuvent avoir plus d’importance. [...]

C’est pourquoi je loue et conseille à toutes manières de gens, de quelque état qu’ils soient, d’aimer les chiens et les chasses et les divertissements que procurent les bêtes ou lesoiseaux ; car jamais je ne vis prud’homme, si riche fût-il, vivre oisif sans aimer le plaisir des chiens ou des oiseaux. [...] Et je dis aussi que jamais ne vis homme aimant le travail et le plaisir des chiens et des oiseaux, qui n’eût en soi beaucoup de bonnesqualités ; car ce lui vient de droite noblesse et gentillesse de coeur, de quelque état que l’homme soit, ou grand seigneur ou petit, ou pauvre ou riche. »

© Bibliothèque nationale de France

  • Date
    15e siècle
  • Lieu
    France, Paris
  • Auteur(es)
    Gaston Phébus (auteur)
  • Description technique
    Peinture et or sur parchemin
  • Provenance

    BnF, Département des Manuscrits, Français 616, fol. 13r

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm2072006678