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Lancelot combattant deux lions et un léopard surgis par enchantement

Lancelot du Lac
Lancelot combattant deux lions et un léopard surgis par enchantement
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Dans Le Chevalier de la Charrette, de Chrétien de Troyes, Lancelot doit délivrer la reine Guenièvre enlevée par Méléagant et retenue prisonnière dans une forteresse que défendent des enchantements. Pour cela, il doit se mesurer à une triple adversité : un pont coupant comme une épée, deux lions et une rivière sombre et déchaînée. Son amour l’invite à un dévouement absolu et il relève le défi sans hésitation là où ses compagnons restent pétrifiés. Sur un riche décor rouge-orangé aux volutes dorées caractéristique des manuscrits du 14e siècle, l’enluminure présente simultanément trois étapes de l’action : le franchissement du pont et les blessures de Lancelot, le combat avec les lions et l’assaut final contre Méléagant. Le peintre a choisi de souligner ici la cohérence de l’aventure en créant, par le fil conducteur du personnage de Lancelot, trois moments dans la miniature et réservant – conformément au crescendo dramatique – la partie droite de l’enluminure à la finalité de cette mise en péril : la reine Guenièvre.

Comme souvent, l’enlumineur a pris quelques libertés avec le texte pour accentuer la densité dramatique, soulignant par l’enchaînement des trois épreuves la vaillance de Lancelot et le passage de l’illustratif au symbolique. Dans la première étape, les traces de sang sur les genoux et les mains de Lancelot, la souffrance perceptible sur son visage témoignent de la dangerosité de l’épreuve qu’il traverse pour laquelle ni son écu ni son heaume – protections défensives usuelles du chevalier – ne lui sont d’un quelconque secours. Lancelot traverse le pont en chevalier, alors que le récit rapporte qu’il a pris soin de désarmer ses pieds et ses mains afin de limiter les chutes dans une eau hostile, au risque d’aggraver ses blessures.

Ensuite, ce sont deux lions et un léopard qui attendent Lancelot à la sortie du pont, alors que le texte parle de deux lions qui disparaissent au moment où Lancelot surmonte sa peur et se décide à les affronter. C’est donc l’instant de l’effroi que l’enlumineur représente ici, en créant un bel effet dynamique par le mouvement des fauves qui se dressent. Cette fois Lancelot recourt à ses armes de chevalier : l’écu pour se défendre, l’épée pour attaquer.

Après s’être confronté aux objets hostiles et aux animaux féroces, la troisième épreuve le présente à l’assaut d’un chevalier, Méléagant, celui-là même qui a enlevé la reine. Attribut habituel du combattant, le cheval a retrouvé sa place ; la lance a remplacé l’épée et le visage n’est plus visible car la visière du heaume est à présent baissée. Nul risque d’erreur cependant : on reconnaît Lancelot à son armure identique et aux couleurs de son bouclier.
Dans le récit, ce combat se déroule le lendemain. La reine Guenièvre et son hôte le roi Baudemagu, le père de Méléagant, assistent au duel depuis la terrasse d’une tour du château. Ils portent une couronne et un habit d’apparat, contrairement à la servante et à l’écuyer que l’on remarque aux fenêtres.
Guenièvre lève la main pour encourager celui qui est à la fois son chevalier servant et son amant, ce qui renforce la légitimité de Lancelot à sauver la reine. Mais la présence d’un roi aux côtés de Guenièvre, même s’il ne s’agit pas d’Arthur, le place dans une profonde contradiction. Lancelot est confronté à un choix impossible entre le respect dû à son roi et le dévouement absolu qu’il entretient pour sa dame. Ce motif souligne une évolution du roman de chevalerie au cours du 12e siècle, où la vaillance au combat se double d’une sensibilité nouvelle à l’attachement amoureux.

© Bibliothèque nationale de France

  • Date
    Roman du 13e siècle, manuscrit copié dans le Hainaut en 1344
  • Provenance

    BnF, Manuscrits, Français 122 fol. 1

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm118200379n