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Bracelet à cassolette néo-renaissance

Bracelet à cassolette néo-renaissance
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Dans le roman La Famille Jouffroy, publié dans un premier temps en feuilleton dans la presse de l’époque entre 1853 et 1854, l’écrivain français, Eugène Sue, pousse assez loin les détails sur le métier d’orfèvre-bijoutier. Il informe ainsi son lecteur du salaire perçu par les différents employés de Fortuné Sauval, l’un de ses protagonistes 

« Catherine, assise non loin de son fils, s'occupait, à l'aide d'une pierre de sanguine, de rendre d'un poli étincelant l'intérieur de la large cuvette de l'aiguière, et montrait dans ce travail de brunissage l'habileté d'une ouvrière consommée. Elle était devenue telle à force d'application, d'intelligence ; elle commençait aussi à pratiquer l'art attrayant de remaillage, sorte de peinture composée de minéraux en fusion, et appliquée sur le métal. Catherine, toujours occupée, depuis environ deux ans, dans l'atelier de l'orfèvre, gagnait alors trois à quatre francs par jour. Le salaire du père Laurencin et de son petit-fils s'élevait quotidiennement pour eux deux à huit ou dix francs. Ils étaient à Paris nourris chez leur patron ainsi que Catherine, chargée par lui de la surveillance de son ménage, mais elle continuait d'habiter sa mansarde dans l'une des maisons de la cour des Coches, dont elle était le bon génie invisible. » 

Le salaire du père Laurencin et de son petit-fils Michel s'élève quotidiennement à huit ou dix francs pour eux deux. Un montant qui se veut proche de la réalité et que l’on peut aisément comparer aux informations données par Alphonse Fouquet (1828-1911) dans Histoire de ma vie industrielle. Le joaillier raconte que lorsqu'il travaille dans l'atelier Pinard en 1848, il est payé cinq francs la journée de douze heures. L’œuvre littéraire d’Eugène Sue se veut donc une porte ouverte sur le fonctionnement d’un atelier de bijouterie du 19ème siècle. Le texte nous instruit sur les rapports de hiérarchie entre maître et apprenti, sur l’endogamie du métier, mais aussi sur les différents acteurs de ce secteur professionnel. 

Dans son récit, Sue compare par ailleurs Fortuné Sauval au célèbre orfèvre de la Renaissance : Benvenuto Cellini (1500-1571). Cette information est à rapprocher de la vie personnelle de l’écrivain qui, comme Honoré de Balzac et Jules Janin, est un client de François-Désiré Froment-Meurice (1802-1855), orfèvre-joaillier de la ville de Paris. Un artiste qu’Eugène Sue nomme dans leurs échanges de lettres : « Benvenuto Cellini ». Dans le début de La Famille Jouffroy, il est question d’un bijou dont la description peut faire vivement penser à un bracelet composé par le ciseleur et bijoutier Jules Wièse (1818-1890) pour Froment-Meurice d’après le sculpteur James Pradier (1790-1852) en 1845. 

« La compagne de M. de Villetaneuse, absorbée dans son admiration croissante pour les bijoux, qu'elle dévorait des yeux, n'avait nullement remarqué le retour de l'apprenti. Elle tenait dans ses mains un bracelet d'or d'un goût charmant et d'une exécution merveilleuse ; il représentait deux naïades, à demi couchées, et accoudées à une urne de rubis, d'où sortait un ruissellement de petits diamants qui figurant l'onde cristalline épandue de cette urne, ondoyaient et disparaissaient, ça et là, au milieu d'une double bordure d'algues marines, émaillées de vert, formant l'encadrement du bracelet. »

Eugène Sue, La Famille Jouffroy, Paris, Jules Rouff & Cie Éditeurs, 1860, p.14-15 

© Bridgeman

  • Date
    vers 1845
  • Description technique
    Bracelet à cassolette, or jaune, argent, rubis, perles fines, émail
  • Provenance

    Christie's, vente du 15 décembre 2022 (lot 17)

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm0wdqwd0z3