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Bédouines syriennes

Bédouines syriennes
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En ayant comme objectif de rendre compte d’un Orient authentique, les premiers photographes s’exposent d’emblée à une comparaison défavorable avec la vision subjective qu’en donnent les peintres orientalistes. Depuis 1839, date officielle de l’invention de la photographie, nombreux ont été les voyageurs, en Orient comme ailleurs, qui ont ajouté à leurs bagages le lourd et encombrant équipement du photographe. La mode croissante de ces voyages, dont le chemin avait été montré par les armées napoléoniennes, par Chateaubriand, Champollion, les poètes romantiques, puis foulé par des curieux toujours plus nombreux jusqu’à la naissance d’un véritable tourisme moderne dans les années 1870 et 1880, a plus tard incité des photographes professionnels à s’installer sur place (Hammerschmidt au Caire en 1860, par exemple), pour y vendre aux voyageurs de passage des vues réalisées à leur intention, précédant ainsi de plusieurs dizaines d’années le commerce de la carte postale souvenir.

« Le poème d’Antar est, comme je viens de le dire, la poésie nationale de l’Arabe errant ; ce sont les livres saints de son imagination. Combien d’autres fois encore n’ai-je pas vu des groupes de mes Arabes, accroupis le soir autour du feu de mon bivouac, tendre le cou, prêter l’oreille, diriger leurs regards de feu vers un de leurs compagnons qui leur récitait quelques passages de ces admirables poésies, tandis qu’un nuage de fumée s’élevant de leurs pipes formait au-dessus de leurs têtes l’atmosphère fantastique des songes, et que nos chevaux, la tête penchée sur eux, semblaient eux-mêmes attentifs à la voix monotone de leurs maîtres. Je m’asseyais non loin du cercle et j’écoutais aussi, bien que je ne comprisse pas ; mais je comprenais le son de la voix, le jeu des physionomies, les frémissements des auditeurs je savais que c’était la poésie et je me figurais des récits touchants, dramatiques, merveilleux, que je me récitais à moi-même. C’est ainsi qu’en écoutant de la musique mélodieuse ou passionnée, je crois entendre les paroles, et que la poésie de la langue chantée me révèle et me parle la poésie de la langue écrite ; faut-il même tout dire : je n’ai jamais lu de poésie comparable à cette poésie que j’entendais dans la langue inintelligible pour moi de ces Arabes ; l’imagination dépassant toujours la réalité, je croyais comprendre la poésie primitive et patriarcale du désert ; je voyais le chameau, le cheval, la gazelle, je voyais l’oasis dressant ses têtes de palmiers d’un vert jaune au-dessus des dunes immenses de sable rouge, les combats des guerriers et les jeunes beautés arabes enlevées et reprises parmi la mêlée et reconnaissant leurs amants dans leurs libérateurs. »

3 novembre 1832, Lamartine, Voyage en Orient, 1835

Mots-clés

  • 19e siècle
  • Syrie
  • Photographie

© Bibliothèque nationale de France

  • Date
    Vers 1880
  • Auteur(es)
    Félix Bonfils (1831-1885), photographe
  • Description technique
    Papier albuminé d’après négatif sur verre au collodion, 22 x 28 cm
  • Provenance

    BnF, département des Estampes et de la Photographie, EO-128 (2)-FOL

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm131200369c