Les châteaux enchantés








Les châteaux structurent l'espace parcouru par les héros des romans arthuriens. Forteresses conformes à celles de l'époque féodale, ils sont parfois lieux hospitaliers et étapes accueillantes, mais se transforment souvent en lieu d'épreuves merveilleuses, voire surnaturelles pour le chevalier.
Châteaux et merveilles
Un château est souvent isolé, d'accès difficile, d'une taille extraordinaire, avec des tours innombrables, qui semble surgit de nulle part. La merveille tient surtout à sa richesse : colonnes en airain, portes et tables en ivoire ou ébène, ornées d'or et de pierres précieuses, murs de marbre, sols multicolores, fenêtres garnies de verrières colorées.
© Bibliothèque nationale de France
L'échiquier du destin
Château tournoyant ou pièces animées d'un jeu d'échecs, ces manifestations du merveilleux sont à la fois épreuves pour les chevaliers, signes divins et appel à l'action. Littérairement, ils confèrent au récit un élan poétique. Ainsi du château de l'échiquier magique, une épreuve des plus symboliques où le visiteur met son destin en jeu. Irrésistiblement attiré par ce splendide échiquier d'argent aux pièces d'ivoire, blanches et noires, Perceval tente l'aventure et déplace une pièce. Aussitôt le jeu joue contre lui. Le verdict est sans appel pour Perceval : échec et mat par trois fois.
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La défense des opprimés
Yvain a laissé passer le terme d'un an que son épouse Laudine lui avait accordé pour disputer des tournois. Il lui faut conquérir son pardon par une longue série d'exploits, dont le plus prestigieux est la libération des pucelles captives au château de Pire Aventure : trois cents jeunes filles y sont retenues prisonnières et réduites en esclavage. Massées derrière leur table de travail, elles s'affairent à coudre et tisser sans répit, les traits creusés par la misère et la faim. Avec l'aide de son fidèle lion, Yvain triomphe des démons qui les exploitent et se pose en défenseur des faibles et des opprimés.
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Endurance et bravoure
Au royaume de Logres, le château de la Douloureuse Garde est rempli de mystères et de sortilèges. Derrière ses murailles sont prisonniers, des hommes, des femmes, des enfants qui poussent des cris déchirants en demandant qu'on vienne les délivrer. Bien des chevaliers ont tenté l'aventure, mais pas un n'en est ressorti vivant. C'est là que Lancelot accomplit ses premiers exploits, franchisant deux enceintes, chacune gardée par dix chevaliers qui se relaient au cours du combat. Puis, au sommet de la seconde porte, il affronte un cavalier de cuivre qui s'écroule sur lui. Rebaptisé la Joyeuse Garde, ce château devient celui de Lancelot qui s'y réfugie avec Guenièvre après avoir été dénoncés au roi.
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Vaincre les ténèbres
Des forces mystérieuses dominent le château d'Escalon le Ténébreux. On entend des voix sans distinguer personne car il n'y a de clarté qu'à l'endroit du cimetière. Dans l'église règne une obscurité profonde qui annonce une épreuve diabolique. Seul un mince rai de lumière s'échappe au fond, d'une porte qui s'ouvre sur le choeur. Alors que Lancelot traverse l'église maudite en suivant une chaîne, des coups pleuvent de tous côtés : des fers de lance lui piquent le dos, des coups de masses et d'épées s'abattent sur sa tête. Mais il résiste et se hisse à la force des bras jusqu'à la porte, aux prix d'efforts et de souffrances inouïs. Quand enfin la porte s'ouvre, une clarté prodigieuse envahit le château. Lancelot a vaincu les ténèbres.
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La morale à l'épreuve
Le courage, l'adresse et la force ne suffisent plus pour triompher des épreuves de la Quête du Graal : il faut éprouver sa vertu, ses qualités morales, sa pureté. Ainsi en est-il du château des Pucelles où se rend Galaad. Les sept frères qui y vivent sont maudits : sans pitié, ils maltraitent et violentent tout ce qui passe alentour, en particulier les jeunes filles qu'ils déshonorent et retiennent prisonnières pour leur débauche. Le château en est rempli, d'où le nom de château des Pucelles. L'Aventure est telle qu'aucun chevalier errant n'y a survécu. Mais Galaad, investi d'une force surhumaine, parvient à mettre les frères en déroute et délivre les demoiselles.
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L'amour à l'épreuve
La fée Morgane a capturé Lancelot, qu'elle retient prisonnier dans son château du Val-Périlleux, un été et deux hivers durant. C'est une épreuve douloureuse pour lui qui reste si longtemps séparé de celle qu'il aime, la reine Guenièvre. Il se réconforte en peignant sur les murs de sa chambre des scènes évoquant sa vie et ses amours avec elle. Des fresques que Morgane montrera plus tard au roi Arthur pour confondre la reine et révéler ses amours adultères. Mais en ce jour de printemps, Lancelot aperçoit une rose fraîchement éclose, qui lui rappelle irrésistiblement la reine. Le souvenir est si prégnant que Lancelot trouve la force de briser ses barreaux pour cueillir la rose. C'est ainsi qu'il parvient à s'évader.
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L'épreuve de vérité
Chez sa soeur, la fée Morgane, c'est l'épreuve de vérité pour Arthur. Déjà des bruits couraient sur les amours de la reine avec Lancelot ; Agravain avait bien alerté le roi qui n'avait pas voulu le croire. Cette fois, il ne peut plus se voiler la face. Morgane lui fait visiter la cellule où Lancelot a peint ses amours avec la reine pour distraire son ennui. À l'aide des images et des inscriptions qui les accompagnent, Arthur passe en revue les premiers exploits chevaleresques de Lancelot et découvre sa relation avec la reine Guenièvre. Morgane est ravie ; elle encourage son frère à se venger cruellement des amants, ce qui va précipiter l'effondrement du royaume d' Arthur.
© Bibliothèque nationale de France
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