Navires




























Si les portulans relèvent avant tout du langage cartographique en fournissant aux pilotes, à partir des lignes de rumbs, des sortes de catalogues de routes entre des points remarquables de la côte ― ports, havres, mouillages, estuaires… ―, ils présentent souvent aussi une dimension artistique et documentaire. Sur terre, ce sont les peuples « premiers » auxquels les explorateurs se sont confrontés qui sont fréquemment figurés. Sur mer, ce sont les « créatures marines » émergeant des abysses et les navires qui, à des fins symboliques, idéologiques ou simplement esthétiques, viennent rompre la rigueur géométrique des lignes de rumbs.
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Scène de chasse à la baleine
La scène se passe en Atlantique nord, dans les parages de l’Islande. Le contexte de la représentation – le voilier à l’ancre associé à une embarcation armée par deux hommes et, à proximité de celle-ci, une baleine plus longue que le navire – pourrait évoquer une scène de chasse à la baleine ou alors, en raison de la présence à bord du bâtiment d’un ecclésiastique de rang élevé, la légende de Saint Brendan. Quelle est la part du réel ou du légendaire ? Il est certain, en revanche, que le voilier présente les caractéristiques classiques, sans erreurs, incohérences, ni oublis manifestes, des unités hauturières de commerce du début du XVe siècle à un moment où, en Méditerranée, l’influence de l’architecture navale de tradition Atlantique est présente depuis près d’un siècle. Le navire, équipé d’un gouvernail d’étambot est gréé d’un seul mât portant une voile carrée, figurée ici serrée sur sa vergue ; le grand mât est doté d’une hune à fonction avant tout militaire (on distingue deux faisceaux de lances) ; sur l’avant, le mât de beaupré, incliné et se prolongeant bien au-delà de la proue, est démuni de voile.
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Grand bâtiment de guerre
Cette image d’un navire, extraite d’un manuel de pilotage, c’est-à-dire d’un document de la pratique nautique, est celle d’un grand bâtiment de guerre, fortement armé et naviguant toutes flammes au vent, rattachable à la famille architecturale des galions ou des caraques. La fausse perspective de la représentation met parfaitement en évidence la forme de la poupe dite en écusson (à arrière plat) dont l’élévation importante et tonturée, avec voûte et contre-voûte, est révélatrice de l’architecture navale de cette période. La coque, renforcée longitudinalement par plusieurs préceintes, se caractérise par son amorce de batterie – quatre canons de gros calibres disposés sur un même niveau de ponts sur la longueur du navire. Cette batterie annonce celle, constituée de dix ou quinze canons, des vaisseaux de haut bord du siècle suivant. La dimension « guerrière » du bâtiment est renforcée par la multiplication des canons de petits calibres disposés tant au niveau de l’arrière plat (canons de retraite) qu’à celui des châteaux avant et arrière. Le gréement composé de quatre mâts – les deux de l’avant gréant des voiles carrées sur deux niveaux et les deux de l’arrière portant des voiles latines (artimon et contre-artimon) – est à l’échelle de ces grandes unités de guerre.
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Grand vaisseau de commerce
Dans le superbe atlas de cartes de Guillaume Le Testu, les territoires terrestres sont ornés d’un grand nombre de personnages aux costumes variés, d’animaux plus ou moins fantastiques, d’édifices civils ou militaires, de paysages forestiers de toutes sortes. Les immenses espaces maritimes sont ponctués, d’une façon nettement moins dense, de représentations de navires qui, tout en ne constituant pas des documents au réalisme architectural rigoureux, n’en sont pas moins des témoignages importants sur l’architecture navale du milieu du XVIe siècle, période de transition technique complexe et multiforme entre l’architecture navale médiévale où le canon n’apparaît que tardivement et très ponctuellement, et celle des Temps Modernes où le canon disposé en une ou plusieurs batteries superposées est désormais roi.
Le navire faisant route au portant sous sa voile de misaine, sa grande voile et son hunier (l’artimon latin est caché), appartient à la vaste famille des grands vaisseaux de commerce dont les noms varient selon les nations et, au sein de celles-ci, selon les régions considérées. Parmi les « signatures architecturales » du milieu du XVIe siècle, on peut remarquer l’éperon très développé prolongeant l’étrave ou encore la tonture (courbure) prononcée du pont du château arrière. Une autre « signature architecturale » très visible, mais de tradition médiévale, quant à elle, est celle de la bonnette dite maillée (ligaturée) destinée à augmenter la surface, par le bas, de la voile de misaine et de la grande voile.
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Galion
Le navire à trois-mâts faisant route vent arrière comme l’indique l’orientation du pavillon en tête du grand-mât, et le gonflement des basses voiles carrées du mât de misaine et du grand-mât et des huniers, est figuré d’une manière certes schématique mais suffisamment précise pour permettre d’identifier le type architectural. Il s’agit, en toute vraisemblance, d’un galion dont la géométrie générale de la coque et du gréement se retrouve, sous une forme plus ou moins analogue, des côtes de la Manche à celles de la Méditerranée orientale ou de l’Océan Atlantique. L’auteur du dessin a particulièrement bien rendu le mouvement du navire qui, sous la poussée d’un vent sans doute assez fort, a tendance à s’incliner en gîtant sur son flanc tribord et à enfoncer sa proue dans les vagues.
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Caraque armée à destination des Indes
Situé entre le cap de Bonne-Espérance et le sud de Madagascar, sur la route des Indes, ce grand voilier aux voiles anonymes, navigue au vent portant sous ses basses voiles carrées de misaine et de grand-mât et sous son artimon latin. La voile de petit hunier, au-dessus du mât de misaine, est serrée de même que la voile de civadière établie sur l’avant, sous le mât de beaupré. L’importance de la voile est à l’échelle des dimensions imposantes de la coque que l’on peut évaluer à la hauteur des différents ponts des œuvres mortes et, tout particulièrement, de celle du château arrière. Ce navire correspond très probablement à une grande nao (caraque) armée à destination des Indes et dont le tonnage, en termes de capacité de charge, pouvait dépasser les 500 tonnes.
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Grande nao du Portugal
Cette grande nao du Portugal, figurée à la latitude de la Nova Guinea, est comparable à la précédente tant au niveau des formes de sa coque qu’à celui de la composition de son gréement à trois mâts. Ces voiliers étaient solidement construits pour affronter des navigations longues et fréquemment difficiles dans l’océan Indien et le Pacifique. Transportant parfois plusieurs centaines de personnes, marins, soldats, religieux, mais aussi agents de la Couronne marchands ou simples passagers, ces bâtiments constituaient de véritables villages flottants dont maints récits ont décrit le quotidien.
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© Bibliothèque nationale de France
Nao faisant route en Atlantique
La perspective très écrasée et le schématisme marqué de cette représentation d’une nao faisant route au vent portant en Atlantique rendent difficile la lisibilité architecturale du document. Sans doute l’auteur n’a-t-il pas voulu, ou n’a-t-il pas eu les compétences artistiques et les connaissances techniques, pour faire une œuvre réaliste sur le plan nautique. L’image du navire relève de l’impression et de l’effet destinés à faire ressentir une certaine idée de grandeur et de puissance. La perspective de la coque munie de nombreuses préceintes et défenses tend ainsi à augmenter, de façon exagérée, sa hauteur et sa tonture tandis que le gonflement démesuré des voiles hors-échelles conduit à amplifier la force vélique du bâtiment.
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Bâtiment imaginaire à proximité de l’Islande
Le dessin de ce navire naviguant de conserve avec le bâtiment précédent vers l’Islande confirme la faible connaissance que l’auteur, en toute vraisemblance, avait de l’architecture navale du milieu du 16e siècle. Si, en effet, l’on arrive à identifier la proue de la poupe, on ne distingue guère, à l’analyse même détaillée de l’image confuse de la coque, ses proportions et ses formes. Cette même confusion se retrouve au niveau du dessin de la voilure. La voile de misaine et la celle de civadière située sous le beaupré se rejoignent ainsi pour former un ensemble bien peu cohérent et lisible. La grande voile, originellement carrée, s’est transformée en une voile à la courbure prononcée à l’extrême tandis que la voile latine d’artimon s’élève sans aucune logique. Il est évident que le souci de l’authenticité et du réalisme n’était pas un enjeu majeur aux yeux de l’auteur de ces dessins de navires qui, au sein de la carte, constituent des sortes d’anecdotes nautiques.
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Galère et nao portugaises
Au sud du Cap de Bonne Espérance, deux bâtiments portugais très schématiquement représentés, non sans erreurs, se dirigent vers deux directions opposées, l’un vers l’océan Atlantique, l’autre vers l’océan Indien. À gauche, c’est une galère, bien symbolisée par sa coque longue et basse qui est figurée naviguant à la voile, sans ses rames. Il est peu vraisemblable, au demeurant, que de telles galères aient navigué sous cette latitude. À droite, c’est une grande nao des Indes à arrière plat, reconnaissable à ses œuvres mortes très développées et à son armement imposant en batterie et en poupe, qui fait route sous sa grande voile surmontée de son hunier et, sur l’arrière, sous sa voile d’artimon.
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Galion et sa chaloupe
Ce galion accompagné d’une embarcation – chaloupe ou canot – se dirige vers l’estuaire d’un fleuve en illustration d’une carte du Brésil ornée de la bannière aux armes des Strozzi. Hormis les personnages qui, d’une façon très classique, sont figurés hors échelle, les proportions du galion, coque et gréement, sont équilibrées. La vue de profil met bien en évidence la silhouette caractéristique de cette famille de navires, notamment l’élévation réduite des œuvres-mortes (châteaux avant et arrière), à la différence de celle, très élevée, des caraques et naos, la batterie composée de six canons disposés sur toute la longueur du pont principal ou, encore, la proue élancée prolongée par un éperon. L’organisation de la voilure correspond bien aux dispositions d’un gréement carré aux allures portantes. De manière à éviter un déventement de la basse voile de misaine, sur l’avant, la grande voile est serrée alors que son hunier est établi ainsi que sur l’arrière la voile latine d’artimon. Tout semble indiquer que le dessinateur avait une juste connaissance du navire qu’il représentait.
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Deux « vaisseaux » au large de Port-en-Bessin
Ces deux « vaisseaux » figurés à quelques encablures de Port-en-Bessin ne sont en rien représentatifs de l’architecture navale normande ni même, d’ailleurs, de l’architecture navale de l’époque. Ils relèvent avant tout du décor ou du symbole. À partir, sans doute, d’un même document d’origine, chaque « vaisseaux » a été reproduit quasiment à l’identique : même nombre de canons, de préceintes, de voûtes, de mâts, de voiles… Même nombre également d’incohérences au niveau de la positon des vergues sur l’arrière des mâts ou encore des ornements de l’étrave.
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Voilier de commerce d’origine ibérique
Ce bâtiment est situé au centre du golfe de Gascogne, son étrave orientée vers la pointe de la Bretagne. La coque élancée, la tonture bien marquée, voire quelque peu exagérée en raison du point de vue adopté par le dessinateur, évoque avec un certain réalisme l’architecture des voiliers de commerce d’origine ibérique des dernières décennies du 16e siècle. Le gréement est également bien rendu et constitue un authentique document sur la manière d’établir et d’orienter les voiles aux allures portantes. Sans doute le vent est-il assez fort puisque seules la voile carrée de misaine, sans sa bonnette maillée en partie basse, et la voile latine d’artimon sont envoyées. Une voile sur l’avant, une autre sur l’arrière : le plan de voilure apparaît ainsi très bien équilibré. Un détail intéressant concerne la façon dont la basse vergue du grand-mât a été amenée et disposée en position basse, maintenue par ses balancines. Ces différents détails, et d’autres encore, montrent que le dessinateur avait un « vrai regard » de marin.
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Caravelle portugaise dans l’océan Indien
C’est au cœur de l’océan Indien que ce voilier à la coque très similaire à celle du navire précédent est représenté. Son gréement, par contre, est très différent et évoque celui, mixte, des caravelles ibériques, portugaises dans le cas présent, destinées à des navigations au long cours. Seul le mât de misaine porte un gréement carré qui se compose d’une basse voile carrée établie et d’un petit hunier, voile serrée et vergue disposée en position basse au-dessus de la hune. Cette voilure d’avant se trouve particulièrement bien adaptée aux allures portantes. Au centre du navire, le grand-mât est gréé d’une unique voile latine de grande surface établie sur une très longue antenne et favorisant la remontée au vent. Le mât d’artimon, quant à lui, porte, selon une disposition traditionnelle, une voile latine sur antenne de surface plus réduite que celle du grand-mât.
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© Bibliothèque nationale de France
Grande caraque de retour des Indes
C’est au large du golfe de Guinée que cette grande caraque est représentée en toute vraisemblance sur sa route de retour des Indes, naviguant au vent arrière sous sa seule grande voile, toutes les autres étant ferlées et serrées sur leur vergue. La fausse perspective permet de bien distinguer l’imposante poupe à arrière plat percé de deux sabords de retraite percés de part et d’autre du gouvernail d’étambot. L’écusson est surmonté d’une voûte elle-même prolongée par un tableau qui était souvent décoré. Du tableau émerge un bout-dehors arrière destiné, comme l’indique avec justesse la figure, à amarrer une manœuvre (sans doute une écoute) de la voile latine d’artimon. Tout aussi imposante que la poupe est la proue associée à un château avant doté de plusieurs niveaux de ponts. Au-delà de son caractère schématique, ce dessin traduit bien l’importance accordée à ces superstructures destinées, principalement, à abriter une « communauté » de marins et de passagers formée de centaines d’individus cohabitant pendant plusieurs mois dans des conditions de vie très difficiles.
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Galion ou vaisseau de la fin du 16e siècle
Ce navire, galion ou vaisseau, curieusement démuni de toute artillerie, navigue entre la pointe sud de la Sardaigne et la côte nord de l’actuelle Tunisie, étrave pointée vers l’Égypte et les côtes syro-palestiniennes. La forme de la coque et, en particulier, celle des superstructures – châteaux d’arrière et, surtout, d’avant –, et le gréement témoignent des nombreux changements et innovations dans certains cas intervenus à la fin du XVIe siècle dans l’architecture navale des grandes nations maritimes. L’évolution la plus lisible sur le document, et visible en mer pour un marin de l’époque, se situe au niveau de la voilure. Sur l’avant, deux nouvelles voiles carrées d’évolution sont désormais établies sur le beaupré : la civadière, en partie inférieure et la voile de mât de perroquet de beaupré, en partie supérieure. En second lieu, les modifications se sont portées sur les voiles carrées hautes, les huniers du mât de misaine et de grand-mât, dont la surface a été notablement augmentée, aboutissant à un meilleur équilibre vélique avec les basses voiles.
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Vaisseau de la Compagnie des Indes Orientales sous la latitude du cap Horn
Ce vaisseau fait route par mer forte et vent violent, en convoi avec d’autres bâtiments, sous la latitude du cap Horn, dans une zone réputée, à juste titre, pour ses conditions très dures de navigation. Appartenant à la Compagnie des Indes Orientales, il est représenté de trois quarts arrière bâbord amures (recevant le vent de bâbord), avec beaucoup de réalisme. Le point de vue adopté par le dessinateur permet de bien mettre en en évidence, outre l’harmonieuse tonture des œuvres mortes caractéristique de l’architecture navale du début du 17e siècle, la structure d’ensemble de la poupe à arrière plat, notamment la galerie située au niveau de la grande chambre du commandant et, la surmontant, le tableau très décoré. Compte tenu des conditions de vent et de mer, le vaisseau ne porte que sa basse voile de misaine et sa grande voile. L’orientation de ces deux voiles carrées ainsi que l’inclinaison des vergues traduisent parfaitement l’allure du près adoptée par le bâtiment.
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Deux vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales par très gros temps
Ces deux vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales naviguent par très gros temps. Leur représentation, très cohérente sur le plan architectural, complète parfaitement la vue précédente. C’est ainsi que le bâtiment de droite, similaire au vaisseau précédent, fait route, en revanche, sous une allure opposée. Il navigue, en effet, tribord amures, recevant le vent sur son flanc tribord, ses deux basses voiles carrées de misaine et de grand-mât, orientées sur l’autre bord. Toutes les autres voiles, voiles hautes de huniers et voiles d’avant (civadière et voile de perroquet de beaupré), sont serrées sur leurs vergues qui ont été amenées (baissées) pour réduire l’amplitude des mouvements de roulis et de tangage. La vue de trois quarts avant de ce même vaisseau offre une belle perspective de sa proue désormais constituée d’une structure complexe formée d’un éperon maintenu latéralement par des herpes et décoré d’une figure de proue. À cette architecture de l’avant du navire est associé un ensemble de mâts et de voiles qui représentent autant de « signatures architecturales » de cette nouvelle ère de l’architecture navale, celle des vaisseaux.
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Deux navires portugais au Brésil
C’est à l’extérieur de la barrière de récifs de la passe menant au fond d’une baie très protégé du littoral du Pernambouc, au Brésil, que sont représentés ces deux vaisseaux marchands ne portant aucune pièce d’artillerie (en apparence tout au moins) et démunis de tout pavillon permettant d’identifier leur origine. Au regard du contexte, on peut supposer, cependant, qu’il s’agit de deux navires portugais. Les vaisseaux sont dessinés de profil comme la majorité des navires figurés sur les portulans et les cartes. Malgré un évident schématisme du trait, l’architecture de chaque bâtiment, coque et gréement, apparaît bien traduite graphiquement. L’échelle entre les différentes parties de la coque est ainsi bien respectée comme l’est aussi celle entre la coque, les mâts et les voiles. La différence de dimensions et de tonnage entre les deux vaisseaux pourrait se lire au niveau de la mâture arrière, le voilier de gauche étant équipé d’un mât d’artimon à voile latine auquel s’ajoute un mât de contre artimon également gréé d’une voile latine.
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Trois vaisseaux s’affrontant bord contre bord
Ces trois vaisseaux anonymes – leurs pavillons en tête de mât apparaissent peu lisibles – naviguent tous les trois avec la même voilure établie au vent portant et suivent une route en toute apparence parallèle. L’échelle de latitude permet de les situer précisément à 13 degrés de latitude nord, précision en latitude qui, en l’occurrence, n’a guère de signification pour la représentation des navires mais qui en possède beaucoup, par contre, pour l’histoire de la cartographie. L’aspect le plus intéressant de ces vaisseaux est leur disposition en correspondance avec les nouveaux usages de la guerre sur mer où les bâtiment s’affrontent désormais bord contre bord en faisant appel aux canons de leur batterie disposés sur toute la longueur du pont. La fumée séparant les navires traduit parfaitement les tirs simultanés des différentes batteries. La date de la carte – 1626-1632 – rend la représentation d’autant plus intéressante qu’elle s’inscrit dans la toute première phase de ce nouveau mode de combat sur mer.
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Bâtiment de guerre
Ce vaisseau navigue quelque part dans l’Atlantique, position relevant sans doute plus d’un souci d’équilibre de la composition que d’une signification historique particulière. En tout état de cause, sa figuration réaliste se trouve en parfaite cohérence avec l’évolution de l’architecture navale du milieu du 17e siècle. Ce bâtiment de guerre percé de sept canons à sa batterie, de trois canons au niveau du gaillard d’avant et de deux au niveau du gaillard d’arrière, semblerait pouvoir être rattaché à la catégorie des frégates ou des plus petits vaisseaux, la typologie de cette période restant encore quelque peu flottante. L’un des signes très identifiables de l’évolution de l’architecture navale de ce milieu du siècle partagée par la plupart des grandes nations maritimes se situe au niveau de la mâture avec le développement d’un troisième étage de voiles carrées (les perroquets) au mât de misaine (avec un petit doute sur l’existence de cette voile de taille très réduite) et au grand-mât, et d’un premier étage de voile carrée (le perroquet de fougue) au niveau du mât d’artimon.
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Deux bâtiments de guerre hollandais
C’est en plein cœur d’un combat naval en juin 1660 au large de Macassar entre vaisseaux hollandais et portugais pour le contrôle des épices que sont représentés ces deux bâtiments de guerre hollandais portant en poupe le grand pavillon rouge, marque de guerre. Les deux vaisseaux, bien que sommairement dessinés, ne présentent pas d’incohérences flagrantes. La géométrie générale de l’architecture de la coque comme celle du gréement reste, par exemple, équilibrée. Mais c’est avant tout la puissance de feu des canons disposés en batterie qui semble avoir été privilégiée par l’auteur, puissance soulignée par les couleurs très vives des coups de canons, rouge et jaune des flammes, noir de la fumée.
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Combat naval entre l’Angleterre et les Provinces-Unies
La scène se passe au large de l’île de Bréhat, en Bretagne nord, en 1666, dans le contexte de la guerre entre l’Angleterre et les Provinces-Unies. Deux vaisseaux deux ponts appartenant à ces nations maritimes s’affrontent. À gauche, le vaisseau des Pays-Bas, pavillon rouge de guerre en poupe, flammes rouges au mât d’artimon, pavillon national au mât de misaine et au grand-mât, fait feu de ses deux batteries sur le vaisseau anglais qui est à contre-bord à droite et arbore aussi les marques de guerre, flammes rouges en tête des mâts et pavillon national en poupe. Si les bâtiments sont des navires de haut-bord à deux batteries de puissance de feu sans doute comparable, des caractéristiques de coque et de disposition de voilure les distinguent. Au niveau de la coque, par exemple, la forme des bouteilles disposées à la poupe est différente de même que le profil du château arrière. Autre caractéristique distinguant chaque navire : les sabords de la batterie supérieure du vaisseau des Pays-Bas sont équipés de mantelets rouges alors que ceux du vaisseau anglais en sont démunis. L’auteur des dessins a manifestement voulu offrir une lecture claire de cette sorte de duel maritime entre des vaisseaux ennemis, pures machines de guerre, où la représentation des hommes, pourtant plusieurs centaines par unité, est totalement absente.
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Scène de combat à la pointe sud-ouest de l’Irlande
La scène de combat se situe à la pointe sud-ouest de l’Irlande. À gauche, un vaisseau deux ponts, flammes rouges de guerre en tête du mât de misaine, du grand-mât et du mât d’artimon, pavillon des Pays-Bas en poupe et en proue (sur le mât de perroquet de beaupré), fait route au près sous ses seuls huniers. Le bâtiment fait feu avec son canon de chasse de la batterie inférieure en direction de l’autre vaisseau naviguant à contre-bord. La portée et la puissance du tir, plus symbolique que réaliste au regard de la distance séparant les deux navires, est exprimée par l’importance de la flamme et des nuages de fumée s’échappant du canon.
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Frégate de vingt canons
C’est vers la région malouine que se dirige cette frégate de vingt canons. La courbe très régulière et continue des préceintes et des lisses de la coque laisserait supposer que le dessinateur a utilisé un pistolet pour tracer ses lignes. De la même manière, le trait parfaitement rectiligne des haubans tendrait à indiquer que le dessinateur a employé une règle pour composer le haubanage des bas-mâts de misaine et de grand-mât. La figuration correcte de la coque en perspective constitue un autre indice de la bonne connaissance du dessin géométrique de l’auteur. Bien que simplifié, le gréement ne présente pas d’erreurs grossières. Par rapport à l’allure de grand largue arrière de la frégate, la disposition des voiles est équilibrée. Si le dessin du navire possède un caractère décoratif certain, et n’apporte guère d’informations d’ordre architectural, il conserve toutefois une certaine authenticité technique.
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Deux galères s’affrontant au large des côtes d’Égypte
Symbolisant l’une des phases des divers conflits méditerranéens du 17e siècle, de la guerre de Candie débutée en 1645 à celle de la France avec les états barbaresques à partir de 1660, deux galères s’affrontent au large des côtes de l’Égypte dans une sorte de duel frontal au canon. À gauche, une galère de l’Empire Ottoman ; à droite une galère de l’Ordre de Malte. Les deux bâtiments, à la coque longue et basse et aux gréements très similaires (deux mâts à voile latine dont le mât de misaine dit « arbre de trinquet » semble démuni de voile), ont leur immense grande voile latine (celle du grand-mât dit « arbre de mestre » ) ferlée sur leur antenne et disposée à l’horizontale pour la galère ottomane et en oblique pour celle de Malte. Les rames sont levées, en position haute. Dans ce face à face meurtrier, on imagine aisément que les tirs rapprochés des canons de proue devaient faire de nombreuses victimes parmi la chiourme rivée aux bancs de nage, sans nulle protection.
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Navire sur la route traditionnelle des alizés
Suivant la route traditionnelle des alizés, le bâtiment percé de sept sabords est représenté au large des Açores, naviguant vers les Antilles. Le navire est dessiné en perspective avec un trait relativement précis et authentique qui traduit avec une juste cohérence son architecture et son gréement. On distingue ainsi parfaitement la logique architecturale des œuvres-mortes composées d’un gaillard d’avant, puis du pont supérieur, suivi du gaillard d’arrière prolongé par une dunette. La proue et la poupe semblent démunies de toute décoration. Une sorte de volute orne l’extrémité de l’éperon tandis que des bouteilles aux volumes sobres sont aménagées en poupe. Seul élément tout à la fois décoratif et fonctionnel : le fanal imposant surmontant le tableau arrière. Le gréement du bâtiment se caractérise, quant à lui, par une absence de voiles de perroquet et de civadière. On discerne, de l’avant vers l’arrière, la voile carrée de misaine et le petit hunier, la grande-voile, serrée sur sa vergue, le grand hunier et la voile latine d’artimon.
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Vaisseau deux-ponts faisant route vent de travers
Très réduit par rapport à l’échelle cartographique du territoire insulaire de Madura, le dessin de ce vaisseau deux-ponts faisant route vent de travers présente, au premier regard, un certain réalisme. Une observation un peu plus approfondie fait apparaître rapidement plusieurs incohérences tout particulièrement sensibles au niveau du gréement. Alors que le navire semble, en toute logique, muni de trois mâts dont on distingue bien, en effet, les éléments supérieurs, seul le bas grand-mât est figuré avec ses haubans fixés latéralement. Une deuxième incohérence facilement décelable se situe au niveau des deux voiles carrées, basse voile et hunier. En réalité, le dessin confus ne permet pas de savoir à quel mât appartiennent ces deux voiles. La troisième incohérence, toujours liée au gréement, concerne les deux voiles de hune. Si celle de grand hunier est bien disposée sur l’avant du mât, celle de petit hunier, en revanche, l’est en tout illogisme sur l’arrière du mât. Bref. La figuration du navire a ici une fonction avant tout ornementale contrastant avec la précision des traits de côte accompagnés de nombreuses sondes.
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Deux vaisseaux de la Compagnie des Indes Orientales
Faisant route au près, tribord amures, au large des côtes du Pérou, ces deux vaisseaux de la VOC sont dessinés d’un trait, certes schématique, mais tout à la fois réaliste et artistique. La juste position inclinée des deux navires naviguant de conserve crée ainsi une impression de puissance et de vitesse très évocatrice. La disposition de la voilure, vergues brassées proches de l’axe longitudinal des vaisseaux, est en parfaite cohérence avec l’allure de près. Si le document ne fournit guère d’informations sur l’architecture navale de cette époque et garde son caractère premier d’ornementation d’une carte, il ne contient pas, en revanche, d’erreurs ou d’oublis majeurs.
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- Direction éditoriale
Françoise Juhel, Éditions multimédias, BnF
Direction scientifique
Eric Rieth, Directeur de recherche au CNRS, LAMOP, Musée national de la Marine
Édition
Emmanuelle Berenger, Éditions multimédias, BnF
Conception graphique, développement et assistance technique
DES SIGNES, le studio Muchir et Desclouds, www. des-signes. fr
Nathalie Navarro (chef de projet), Cécile Adam (développement) et Franklin Desclouds (direction artistique)
Traitement iconographique
Gisèle Nedjar, Éditions multimédias, BnF
avec le concours de Philippe Guilvard
Crédits photographiques
Fichiers numériques réalisés par le département de la Reproduction de la BnF
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