Les Triomphes dans le texte
La traduction utilisée est celle de Jean-Yves Masson, qui s'éloigne parfois de la lettre pour rendre l'esprit avec clarté.
Ainsi guettant, sur une verte prairie
Ainsi guettant, sur une verte prairie
je vis passer des gesn qui ne traitaient
que de l'amour, quoiqu'en langue commune :
voici Dante et Béatrice, et voici
Cino de Pistoia et Selvaggia ;
voici Guitton d'Arezzo, furieux
du rang perdu ; les deux Guido, jadis
tant estimés ; Onesto de Bologne ;
ceux de Sicile, ici derniers, qui furent
pourtant premiers ; enfin Franceschino
et Sennuccio, si humains. Puis, en bande,
des étrangers par la langue et les mœurs :
premier venait le grand Arnaut Daniel,
maître d'amuor dont les beaux vers étranges
font grand honneur au pays d'où il vient ;
puis ceux qu'Amour si aisément cueillit,
un Pierre et l'autre, un Arnaut moins fameux,
et ceux qu'il dut gagner par plus de guerre :
ainsi Raimbaut, et l'autre Raimbaut qui
Béatrix seule et Monteferrat chanta,
et le vieux Pierre d'Auvergne, et Giraut ;
Folquet, qui préféra Marseille à Gênes,
et sur la fin prit l'habit, choisissant
de conquérir bien meilleure patrie ;
Iaufré Rudel, qui courut à la mort
par voile et rame, et le fameux Guillaume
à qui chanter coûta sa vie en fleur ;
tant d'autres vis-je encore, à qui leur langue
servit toujours de glaive et d'écu.
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- 14e-15e siècles
- Italie
- Littérature
- Renaissance et humanisme
- Poésie
- Pétrarque
- Triomphes (Trionfi)
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Je ne pouvais quitter pareil spectacle
Je ne pouvais quitter pareil spectacle
quand on me dit : « Porte ailleurs ton esprit :
car la valeur ne naît pas que des armes. »
À gauche me tournant, je vis Platon,
lui qui de tous vint le plus près du but
que l'on n'atteint qu'avec l'aide du Ciel,
puis Aristote, empli d'un haut génie ;
et Pythagore à qui les philosophes
doivent le nom humble qui leur convient,
puis Xénophon, Socrate, et cet ardent
vieillard qui fut le favori des Muses :
Mycènes, Troie, Argos le surent bien.
Le tout premier, il chanta les exploits
des Anciens, et peignit les travaux
du roi d'Ithaque et du fils de Thétis.
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Parmi les dames étrangères
Et puis parmi les dames étrangères,
celle je vis qui mit fin à ses jours
pour son époux fidèle et bien aimé,
non pour Énée : et le vulgaire a tort !
La rumeur ment : seul un honnête zèle
poussa Didon, non point un vain amour.
Et j'en vis une, enfin, qui prit le voile
Près de l'Arno pour rester pure : en vain,
car on la fit plier par violence.
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Qu'en sera-t-il de la revoir au ciel !
De ces triomphes, il en est cinq sur terre
que j'ai montrés ici-bas ; le sixième,
si Dieu le veut, nous le verrons là-haut.
Et le Temps, prompt à nier toute chose,
et Mort, qui met tant d'ardeur à la tâche,
seront tous deux morts dans le même temps.
Ceux dont la gloire a péri dans l'oubli,
et tous les beaux visages pleins de grâce
qu'ont fait pâlir le Temps, la Mort amère,
rendus plus beaux qu'ils ne furent jamais,
laisseront tout l'obscur et le funèbres
aux mains des jours et de la mort voraces ;
et dans la fleur de leur âge il auront
renom sans faille et beauté sans déclin.
Mais des beautés qui vont ainsi renaître,
première vient celle qu'en pleurs le monde
appelle par ma plume et ma voix lasses ;
le ciel lui-même a grand-soif de la voir.
Au bord d'un fleuve né dans la Géhenne,
Amour me fit pour elle longue guerre,
et tout mon cœur en est encor meurtri.
Heureux le marbre où sa face est enclose !
Quand elle aura retrouvé sa beauté,
si qui la vit sur terre fut heureux,
qu'en sera-t-il de la revoir au ciel !
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