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Aux origines du conte de fées

Mélusine revient la nuit allaiter son dernier né
Mélusine revient la nuit allaiter son dernier né

Bibliothèque nationale de France

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Le conte de fées trouve ses origines dans des mythes et des légendes aux motifs universels. Resté longtemps dans la tradition orale, il se transmet de bouche à oreille par des générations de conteurs lors de veillées populaires et familiales. Imprégnant la littérature médiévale, le merveilleux infuse les premiers contes écrits dans l'Italie de la Renaissance.

Aux sources des contes

Des mythes ancestraux

Cupidon aux côtés de Psyché endormie
Cupidon aux côtés de Psyché endormie |

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L'âne d'or
L'âne d'or |

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Les origines du conte de fées dépassent de loin les fables milésiennes évoquées par Perrault dans la préface de ses contes en vers. Depuis qu’il parle, semble t-il, l’homme raconte. Du moins depuis qu’il écrit, puisque des tablettes de Chaldée nous rapportent la légende d’Etana et de l’aigle. L’Egypte pharaonique avec le Conte du naufragé et le Conte des deux frères conservés sur un papyrus du 13e siècle avant notre ère, la Babylonie, la Grèce antique, Rome avec les Métamorphoses (ou L'Âne d'or) d’Apulée présentent des récits dans lesquels se reconnaissent nos contes. De la plus haute Antiquité à la Renaissance, les mythes, légendes et autres fables ont fourni des motifs merveilleux qui se sont retrouvé dans de nombreux contes. Ainsi l’histoire de « Psyché et Cupidon » traverse les siècles pour inspirer La Belle et la Bête des Lumières.

Fables indiennes du Panchatantra
Fables indiennes du Panchatantra |

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Les Mille et une Nuits
Les Mille et une Nuits |

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Le 19e siècle a cru à une origine indo-européenne des contes, ayant constaté les parentés du Pañcatantra indien et de l’Océan des Contes de Somadeva avec nos fables, contes et légendes. En fait les motifs et structures des contes sont universels. Ils se retrouvent en Arabie dans le Kalila et Dimna ou Les Mille et une Nuits. On connaît aussi un Petit Chaperon rouge chinois, des Blanche-Neige kabyle autant que russe, et les contes japonais, khmers, africains, océaniens ou amérindiens nous semblent étrangement familiers.

Une tradition orale

Le conte fut d’abord une parole, transmise de génération en génération, en d’infinies variantes sur des canevas mouvants. Parfois un anonyme modifiait ou inventait, créant un nouveau rameau du grand arbre des contes. Le conte est une poésie de nature, par opposition à la poésie d’art des auteurs, disait Jacob Grimm. L’oralité, c’est la sociabilité : les rares récits anciens décrivant les conteurs et leurs pratiques rapportent généralement des veillées, des mariages, des fêtes : réunions d’une société rurale, où le conte est un rite social et le conteur un passeur entre générations. Figure emblématique, ma mère l’Oye représentée sous les traits d’une vieille femme, est l’un des principaux agents de transmission des contes. Mais c’est le plus souvent un homme, spécialiste du genre, qui porte le conte de ferme en ferme et vit de son « art ».

La Veillée à la ferme pendant l’hiver
La Veillée à la ferme pendant l’hiver |

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Veillée de contes autour de la cheminée
Veillée de contes autour de la cheminée |

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L’auditoire du conteur n’est pas seulement composé d’enfants. En 1548, Noël du Fail nous livre dans ses Propos rustiques les occupations paysannes lors des veillées : « Volontiers après souper, le ventre tendu comme un tabourin, saoul comme Patault, jasait le dos tourné au feu, veillant bien mignonnement du chanvre, ou raccoutrant à la mode qui courait ses bottes, […] chantant bien mélodieusement, comme honnêtement le savait faire, quelque chanson nouvelle, Jouanne, sa femme, de l’autre côté, qui filait, lui répondant de même. Le reste de la famille ouvrant chacun en son office […]. Et ainsi occupé à diverses besognes, le bon homme Robin (après avoir imposé silence) commençait un beau conte du temps que les bêtes parlaient. »

Le merveilleux dans la culture médiévale

La littérature médiévale constitue un jalon majeur de l’histoire du conte occidental. Le merveilleux y abonde, inspirant chansons de geste, sagas, fabliaux ou romans et jusqu’aux exempla des prédicateurs.

Le Lai d’Yonec
Le Lai d’Yonec |

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Mélusine s’enfuit transformée en dragon
Mélusine s’enfuit transformée en dragon |

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Fées et prodiges se mêlaient aux hommes au point de peupler leur généalogie et leurs récits d’origine. La légende fait ainsi de la fée Mélusine la souche originelle des Lusignan. Dans les années 1160, Marie de France compose douze lais en vers inspirés des contes populaires bretons auxquels ils empruntent les éléments merveilleux – objets magiques, métamorphoses, loups-garous, fées – et la structure. Cinq siècles plus tard, Mme d’Aulnoy puisera dans le lai d’Yonec la matière de L’Oiseau bleu

Mélusine en son bain, épiée par son époux
Mélusine en son bain, épiée par son époux |

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Le roi Noble le lion convoque la cour des animaux
Le roi Noble le lion convoque la cour des animaux |

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Avec son enchanteur et son serpent monstrueux, l’histoire de Valentin et Orson, adaptation d’une chanson de geste du 14e siècle disparue, devient l'un des contes les plus populaire du Moyen Âge. Le roman arthurien Perceforest renferme l’histoire de Troylus et Zellandine qui préfigure celle de La Belle au Bois dormant. Le Roman de Renart déploie un univers d’animaux doués de parole, de raison et de fourberie. Compensant sa faiblesse par son intelligence, le rusé Goupil n’est pas sans rappeler les héros des contes de fées.

Les exempla – récits exemplaires inspirés de la tradition orale – exposent les leçons du salut dans les prédications au 13e siècle. La compilation qu’entreprend Etienne de Bourbon vers 1250 offre quelque trois mille anecdotes dont nombre de contes merveilleux, telle l’histoire de Robert le Diable dont le motif – le chevalier inconnu – se retrouve dans Jean-de-Fer, conte des frères Grimm.

Merveilleux et Renaissance

Gargantua et son fils Pantagruel
Gargantua et son fils Pantagruel |

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La littérature renaissante emprunte au merveilleux. La rencontre des éléments du merveilleux avec la littérature fut toutefois longue à faire naître un genre particulier. Longtemps fées, sorcières et autres personnages restèrent les comparses occasionnels et non le cadre même des romans ou du théâtre : ainsi des sorcières de Macbeth et des fées du Songe d’une nuit d’été chez Shakespeare, ou des géants de Rabelais. Gargantua fourmille d’épisodes tirés des fabliaux et des contes populaires mais le merveilleux ne constitue pas le cœur du récit. Publiés en 1547, les Propos rustiques de Noël du Fail rapportent les conversations de quatre vieux compères bretons tout en contant les aventures de Maître Renart, Mélusine, des histoires de fées et de loup garou ainsi que celle de « cuir d’Asnette ». En 1572, l’une des nouvelles du recueil de Bonaventure des Périers, Contes ou Nouvelles Récréations et Joyeux Devis, s’intitule « D’une jeune fille nommée Peau d’Âne ».

Straparola et Basile : deux initiateurs du genre littéraire

Mais c’est en Italie, à la Renaissance, que prend forme le conte merveilleux dans un récit-cadre emprunté au Décameron de Boccace.

Dans les années 1550, le vénitien Straparola fait paraître des Piacevoli Notti, « nuits facétieuses » composées de soixante-treize favole, littéralement fables, plus concrètement contes, parmi lesquels quatorze contes de fées. A Murano, durant la période de carnaval, Lucretia Sforza désigne quotidiennement cinq jeunes filles chargées, chaque soir, de divertir sa cour en racontant une histoire et en la faisant suivre par une énigme. Cinq fables sont ainsi contées chaque nuit sauf durant la dernière nuit où les treize membres de l’assemblée sont invités à intervenir. L’originalité principale des Piacevoli Notti réside dans le fait de livrer les premières transcriptions littéraires de contes populaires issus du folklore paysan vénitien, jusqu’alors exclusivement transmis oralement.

Contes italiens de la Renaissance
Contes italiens de la Renaissance |

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Contes italiens de la Renaissance
Contes italiens de la Renaissance |

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A la suite de Straparola, le napolitain Basile rédige en 1625 Lo Cunto de li cunti, autrement connu sous le nom de Pentamerone. Ce Conte des contes se compose d’un récit-cadre de cinq journées dans lequel sont insérés cinquante contes de fées réunissant l’ensemble des ingrédients du merveilleux : princes et princesses, fées, ogres et magiciens, animaux parlants et objets magiques, désirs d’enfant, épreuves à surmonter et dénouements heureux.

Le conte de fées littéraires comme forme narrative courte est ainsi né de la novella et autre conto italiens. Il faut toutefois attendre le 17e siècle pour que naisse un véritable genre littéraire, théorisé par Charles Perrault dans la fameuse Querelle qui l’oppose à Boileau et aux Anciens.

Provenance

Cet article provient du site Conte de fées (2001)

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