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La vie de Daumier en cinq périodes

Bertrand face à Macaire
Bertrand face à Macaire

Bibliothèque nationale de France

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Même s’il existe de nombreux thèmes récurrents dans l’œuvre de Daumier, sa carrière ne peut être détachée de la chronologie. Véritable témoin de son temps, le lithographe a épousé son époque en suivant le rythme des changements de régime politique et des lois sur la presse, qui font alterner liberté et censure. Dans sa carrière, cinq périodes se dessinent aisément.

Même si les thèmes abordés par Daumier offrent, par leur variété, leur récurrence et leur représentativité de l’époque traversée par l’artiste, une matière intarissable, comme en témoignent notamment l’étude de Louis Provost ainsi que les nombreuses expositions thématiques qui ont été consacrées à son œuvre lithographié, l’étude de la création lithographique de Daumier ne saurait s’affranchir de la chronologie. Par son lien à l’actualité politique et événementielle et surtout en qualité de « témoin de son temps », tel que l’évoque Roger Passeron, le lithographe a épousé son époque en s’attachant à en extraire la modernité poétique. Suivant le rythme des changements de régime politique et des lois sur la presse qui font alterner liberté et censure, cinq périodes se dessinent aisément.

Mr Pot de Naz
Mr Pot de Naz |

Bibliothèque nationale de France

Des caricatures politiques sous la monarchie de Juillet

Daumier fait ses débuts dans la presse comme caricaturiste politique sous la monarchie de Juillet et se cantonne à ce registre jusqu’à ce que les lois de septembre 1835, qui entravent la liberté de la presse, ne l’obligent à se réorienter vers la caricature de mœurs. Après La Silhouette, l’hebdomadaire La Caricature publie ses lithographies placées sous le signe d’une opposition à Louis-Philippe conduite par son directeur Charles Philipon. Comme l’atteste le dessin de novembre 1831, c’est à Philipon que l’on doit la création du motif de la poire symbolisant le souverain, qui sera décliné par bon nombre de caricaturistes, Daumier en tête. À côté des caricatures de ses collègues Grandville, Traviès ou Monnier, les Célébrités de la caricature, portraits-charges des personnalités du juste-milieu lui permettent d’affirmer son style. Le Ventre législatif, Ne vous y frottez pas et La Rue Transnonain, planches de dimensions supérieures aux autres, publiées dans l’Association mensuelle, que Philipon avait créée en 1832 pour payer les amendes infligées au journal, mènent Daumier bien au-delà de la caricature. La Rue Transnonain n’est autre qu’un tableau d’histoire, « tableau qui, pour être peint en noir et sur une feuille de papier, n’en sera ni moins estimé ni moins durable », annonçait Philipon dans La Caricature. Cette page d’histoire sanglante, véritable allégorie réelle, préfigure le courant réaliste pictural.

Le passé. Le présent. L’avenir
Le passé. Le présent. L’avenir |

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1835-1848 : les scènes de mœurs

La décennie suivante (1835-1848) correspond pour le caricaturiste à un changement de registre. Les sujets strictement liés à l’actualité politique auxquels il doit, comme ses confrères, renoncer cèdent la place aux scènes de mœurs que Le Charivari, journal publiant chaque jour un dessin, fondé dès 1832 par Philipon, accueille dans ses pages. Le type de l’affairiste filou, Robert Macaire, protagoniste de la série des Caricaturana, que Daumier emprunte à l’acteur Frédérick Lemaître mais à qui il donne une existence plastique, correspond, selon les mots de Baudelaire, à « l’inauguration décisive de la caricature de mœurs ». D’autres types de la société parisienne défilent sous les yeux des lecteurs du Charivari et les grandes séries des années 1840 telles que L’Histoire ancienne, parodies de l’Antiquité, Les Bas-bleus, qui épinglent les femmes écrivains, Les Bons Bourgeois, les Locataires et propriétaires et Les Gens de justice, concentrent le meilleur du caricaturiste de mœurs de la monarchie de Juillet. Alors que thèmes et motifs de prédilection apparaissent (transports en commun, intempéries, coins de rues…), le style lithographique atteint sa maturité, doté d’une liberté d’écriture et d’une aisance qui le démarque de Gavarni, avec qui il partage, entre autres dessinateurs, le rôle de chroniqueur de mœurs auprès du Charivari.

Le ténor
Le ténor |

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1848 et le retour de la République

Les événements de 1848 redonnent à Daumier la liberté d’exprimer ses convictions républicaines dans la satire politique. Plusieurs planches de cette période parmi lesquelles Le Révérend Père capucin Gorenflot et Le Dernier Conseil des ex-ministres représentant le retour de la République chez elle, retiennent l’attention de l’historien Jules Michelet, qui témoigne à Daumier son admiration pour ce qu’il appelle des « esquisses », plus pertinentes, à ses yeux, que « dix mille articles ». À côté des portraits-charges de parlementaires (Les Représentants représentés) qui font suite aux Célébrités du juste-milieu, un nouveau personnage naît de l’imagination de Daumier. À Robert Macaire succède Ratapoil, qu’il modèle en terre et qui, dans les lithographies précédant le coup d’État du 2 décembre 1851, incarne le type de l’agent de propagande bonapartiste.

À propos de la suppression du cours d'histoire de Michelet sur la Révolution française
À propos de la suppression du cours d'histoire de Michelet sur la Révolution française |

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Dénonciation des abus de la propagande bonapartiste
Dénonciation des abus de la propagande bonapartiste |

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Second Empire : retour à la caricature de mœurs

L’avènement du Second Empire signe le retour à la caricature de mœurs. Entre les Actualités, les Croquis divers (parisiens, d’été, d’hiver, de chasse, musicaux, dramatiques, pris au théâtre, etc.) et les séries des années 1851-1865, c’est un véritable reportage lithographique de la vie quotidienne de l’époque qui naît sous le crayon de Daumier. On retrouve les thèmes et motifs mis en place sous la monarchie de Juillet alors qu’un intérêt particulier pour le monde du spectacle apporte dans son œuvre un contrepoint essentiel aux études de plein air, à Paris et dans la campagne des environs, qu’il continue de développer avec une virtuosité et une inventivité qui en font un précurseur des impressionnistes à part entière. Cette période est marquée par son renvoi du Charivari, entre 1860 et 1863, et sa collaboration passagère en 1862 au Boulevard, dirigé par Carjat, qui vaudra aux lecteurs de ce journal onze planches de très belle facture.

Les ultimes attaques politiques

Après un régime autoritaire qui contrôle la presse, l’Empire libéral coïncide avec les dernières années de production de Daumier, pendant lesquelles il se livre à d’ultimes attaques politiques. Davantage consacrées à la situation internationale, ses lithographies de la série des Actualités, qui datent de la fin des années 1860, mettent en scène des personnages allégoriques (Temps, Mort, Paix, Guerre, Diplomatie…) et, avec une économie de moyens saisissante, dénoncent les menaces extérieures, notamment la montée de la militarisation de la Prusse.

L’Équilibre européen
L’Équilibre européen |

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La politique intérieure suscite des planches consacrées à la liberté de la presse et au droit de vote. L’« année terrible » voit la publication de planches dans lesquelles le recours à des symboles de plus en plus forts et à des allégories de plus en plus macabres laisse deviner l’étendue de l’amertume de l’artiste.

Provenance

Cet article provient du site Daumier et ses héritiers (2008) et a été révisé en 2022.

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