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Extrait

Berlin

Germaine de Staël, De l’Allemagne, Partie I, chapitre XVII, 1813

Berlin est une grande ville, dont les rues sont très larges, parfaitement bien alignées, les maisons belles, et l’ensemble régulier : mais comme il n’y a pas longtemps qu’elle est rebâtie, on n’y voit rien qui retrace les temps antérieurs. Aucun monument gothique ne subsiste au milieu des habitations modernes ; et ce pays, nouvellement formé, n’est pas gêné par l’ancien en aucun genre. Que peut-il y avoir de mieux, dira-ton, soit pour les édifices, soit pour les institutions, que de n’être pas embarrassé par des ruines ? Je sens que j’aimerais en Amérique les nouvelles villes et les nouvelles lois : la nature et la liberté y parlent assez à l’âme pour qu’on n’y ait pas besoin de souvenirs ; mais sur notre vieille terre il faut du passé. Berlin, cette ville toute moderne, quelque belle qu’elle soit, ne fait pas une impression assez sérieuse ; on n’y aperçoit point l’empreinte de l’histoire du pays, ni du caractère des habitants, et ces magnifiques demeures, nouvellement construites, ne semblent destinées qu’aux rassemblements commodes des plaisirs et de l’industrie. Les plus beaux palais de Berlin sont bâtis en briques ; on trouverait à peine une pierre de taille dans les arcs de triomphe. La capitale de la Prusse ressemble à la Prusse elle-même ; les édifices et les institutions y ont âge d’homme, et rien de plus, parce qu’un homme seul en est l’auteur.

Germaine de Staël, Œuvres de madame la baronne de Staël-Holstein, Tome 3, Paris, Lefevre, 1838, p. 71.
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