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Extrait

Candide surpris avec Cunégonde

Voltaire, Candide ou l’Optimisme, chapitre I, 1759
Candide vit au château du baron de Thunder-ten-Tronckh, un puissant seigneur de Westphalie. Tous les jours, il rencontre la fille du baron, Cunégonde, dont les charmes ne le laissent pas indifférent.

Elle [Cunégonde] rencontra Candide en revenant au château, et rougit ; Candide rougit aussi. Elle lui dit bonjour d’une voix entrecoupée ; et Candide lui parla sans savoir ce qu’il disait. Le lendemain, après le dîner, comme on sortait de table, Cunégonde et Candide se trouvèrent derrière un paravent ; Cunégonde laissa tomber son mouchoir, Candide le ramassa ; elle lui prit innocemment la main ; le jeune homme baisa innocemment la main de la jeune demoiselle avec une vivacité, une sensibilité, une grâce toute particulière ; leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s’enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s’égarèrent. M. le baron de Thunder-ten-tronckh passa auprès du paravent, et, voyant cette cause et cet effet, chassa Candide du château à grands coups de pied dans le derrière. Cunégonde s'évanouit : elle fut souffletée par madame la baronne dès qu’elle fut revenue à elle-même ; et tout fut consterné dans le plus beau et le plus agréable des châteaux possibles.

Voltaire, Œuvres complètes, tome 21, Paris, Garnier frères, 1877-1885, p. 139.
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