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De Lutèce à la capitale

Construction de Paris
Construction de Paris

© Bibliothèque nationale de France

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Comment une petite ville gallo-romaine a-t-elle pu devenir la capitale de la France ? C’est au Moyen Âge que les rois de France, longtemps itinérants, décident de se fixer dans les cité de Notre Dame. Un choix qui donne à la bonne ville de Paris un statut à part... mais n’évite pas des révoltes.

La ville des Parisii

Le site de Lutèce

Au cœur d’un terroir riche en blé et en vigne, en forêts et en hommes, est né Paris. La ville bénéficie d’une situation de carrefour sur les axes nord-sud et est-ouest et d’un site propice au développement urbain. Une île, l’île, la Cité, facilite la traversée de la Seine ; une plaine au nord, protégée des inondations par une levée de terre, et quelques collines attirent le peuplement dès l’époque gallo-romaine. Lutèce a grandi à partir de l’île centrale (L’île de la Cité) qui abritait le palais du gouverneur romain (à l’ouest) et le temple de Jupiter (à l’est). Les invasions du 3e siècle ont entraîné un repli des populations sur cette île, entourée de murailles construites avec les pierres des monuments de la rive gauche abandonnée.

Le Paris de Clovis

Arrivée de saint Denis aux portes de Paris
Arrivée de saint Denis aux portes de Paris |

© Bibliothèque nationale de France

Clovis en fait une ville chrétienne et royale dénommée dès lors Paris (la ville des Parisii). C’est dans cette ville que le roi mérovingien réside et meurt (511). Un concile important se teint en 614 à Paris où de grandes abbayes sont fondées : Saint-Germain-des-Prés, Saint-Victor et, à l’extérieur, Saint-Denis et Saint-Maur-des-Fossés. Les Carolingiens délaissent Paris, leur empire étant plus orienté vers l’est (Austrasie), avec Aix-la-Chapelle comme capitale. Devant la menace normande (à partir de 845), Charles le Chauve restaure la muraille de la Cité et fait fortifier son unique pont.

Un pouvoir itinérant

Les premiers rois de France ont été d’infatigables voyageurs, passant d’un palais à une résidence, suivis par une cour itinérante. Ils devaient se montrer aux grands et au peuple pour revivifier sans cesse le lien vassalique qui les unissait aux élites du royaume. Cette itinérance du pouvoir royal était difficilement compatible avec la notion d’une capitale fixe. Le changement dynastique intervenu avec l’élection d’Hugues Capet (987) porte au pouvoir le descendant de Robert le Fort, comte de Paris.

Paris, capitale de la France

La capitale des Capétiens

À partir du 12e siècle, le roi se fixe à Paris, avec sa cour et une administration centrale de plus en plus élaborée. L’autorité du souverain n’est plus seulement liée à sa position de suzerain suprême, elle repose désormais sur sa fonction sacrée, reconnue par l’ensemble de ses sujets.

Retour de Charles VI à Paris
Retour de Charles VI à Paris |

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Cette évolution politique majeure, sensible entre le 12e et le 13e siècle, permet à Paris d’accéder au rang de capitale. La présence de groupes sociaux à hauts revenus stimule les activités économiques d’une ville qui devient en même temps un centre intellectuel majeur. En quelques décennies, Paris se transforme en un «monstre urbain» de 200 000 habitants environ (en 1297), centre de décision politique du pays, métropole économique et phare des controverses théologiques.

L’urbanisation de la rive droite

Les Capétiens urbanisent la rive droite de la ville à partir des noyaux de peuplement souvent constitués par des églises (Saint-Germain-l’Auxerrois). Ils mènent les constructions le long des axes routiers (rues Saint-Martin et Saint-Denis) et au débouché des ponts ou du port (place de Grève). Les foires du Lendit s’établissent au début du 12e siècle sur la route de Saint-Denis et se spécialisent dans le commerce du vin.

Sur la rive gauche, les fonctions intellectuelles dominent grâce à de nombreuses écoles disséminées dans un paysage mi-rural (nombreuses vignes), mi-urbain. À partir de 1163, le chantier de reconstruction de Notre-Dame se met en place pour de nombreuses années. L’évêque Maurice de Sully (v. 1120-1196) couvre la ville d’un maillage de paroisses. Mais c’est véritablement Philippe Auguste qui fait de Paris la capitale du royaume.

Philippe Auguste, roi de Paris

Assassinat de Sigebert Ier et partage du royaume de Clotaire Ier entre ses quatre fils
Assassinat de Sigebert Ier et partage du royaume de Clotaire Ier entre ses quatre fils |

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Philippe Auguste (1180-1223) réside volontiers à Paris et fait installer dans le Palais de la Cité les archives royales au trésor des chartes, annexe de la chapelle du Palais. Des ailes et des tours sont accolées au Palais pour faire face au développement de l’administration et à l’inflation du nombre des clercs et secrétaires. Les réserves financières de la Couronne sont conservées dans le donjon du Temple, tandis que les trésors royaux sont cachés au Louvre, qui sert également de prison. Avant son départ en croisade (1190), Philippe Auguste fait fortifier la ville : le quartier marchand de l’ouest est protégé, mais reste ouvert vers l’extérieur grâce à six portes. Après son retour, il complète la protection de Paris par la construction de la grosse tour du Louvre (1204) et par la fortification du quartier étudiant au sud (1209) et des Halles. Il s’attache à rendre plus salubre et plus belle sa capitale en faisant paver les rues principales (rues Saint-Martin et Saint-Denis) et installer des fontaines liées à un réseau d’aqueducs.

La ville royale

L’empreinte des rois

Saint Louis a laissé sa propre empreinte à la ville royale : il fait construire la Sainte-Chapelle en 1248 pour abriter une relique particulièrement prestigieuse : une épine de la couronne du Christ. Ses successeurs agrandissent le Palais.

Le dynamisme économique, allié aux fonctions de capitale d’un puissant royaume, pousse Paris à déborder rapidement les 250 hectares enfermés dans l’enceinte de Philippe Auguste (construite en 1190-1210). La ville s’étend dans toutes les directions et se divise désormais en trois parties : la « Cité », le cœur religieux, administratif et judiciaire ; la « Ville », la rive droite porteuse des activités économiques liées aux ports et aux Halles ; l’ « Université », la rive gauche estudiantine.

Philippe le Bel (1285-1314) accomplit les plus grands travaux : reconstruction du Palais, édification de la grande salle du Parlement à partir de 1299 (tribunal suprême du royaume), ornée de statues des rois de France et d’une table de marbre. Le logement du roi est situé à l’ouest. À la pointe de l’île, le jardin du roi donne sur un port. Près de la Sainte-Chapelle se trouve la Chambre des comptes. Aux temps fastueux de Philippe le Bel, la cour du roi ne compte pas moins de sept cent cinquante personnes.

Les rois Charles V puis Charles VI préfèrent résider à l’hôtel Saint-Paul, la rive droite est alors dotée d’une nouvelle muraille. À partir du 14e siècle, le dynamisme de la ville repose largement sur sa fonction de capitale politique.

Entrée de Charles V à Paris
Entrée de Charles V à Paris |

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Le gouvernement de Paris

À partir de 1266, le gouvernement de Paris repose sur une organisation bicéphale : le prévôt de Paris et le prévôt des marchands. Le prévôt de Paris représente le roi et siège au Châtelet, tandis que le prévôt des marchands représente la municipalité (avec quatre échevins) et la hanse des marchands de l’eau. Cette hanse regroupe les négociants qui utilisent le réseau fluvial de la Seine pour leurs transactions ; ils entendent imposer leur monopole jusqu’à Rouen (depuis le 12e siècle). À partir de 1357, son siège est installé en place de Grève dans la Maison aux Piliers (le Parloir aux Bourgeois) qui fait office d’hôtel de ville. Le prévôt des marchands et les échevins sont chargés de l’administration municipale (gestion matérielle de la ville, justice commerciale et police des ports et des marchés).

Cette exception institutionnelle parisienne était un moyen pour le roi d’éviter la constitution d’une commune difficile à dominer, mais elle n’empêcha pas des tensions politiques fortes, qui dégénérèrent en véritables insurrections à la fin du Moyen Âge.

Paris en révolte

Assassinat d’Étienne Marcel
Assassinat d’Étienne Marcel |

Bibliothèque nationale de France

Les révoltes et troubles « révolutionnaires » se multiplient dans la capitale à la fin du Moyen Âge. Durant ces périodes troublées, les rois apprécient le refuge de Vincennes, proche mais hors des limites de cette ville turbulente.

L’insurrection d’Étienne Marcel

Étienne Marcel (1356-1358), prévôt des marchands qui, avec Robert le Coq, représentait la bourgeoisie aux états généraux de 1355 et 1356, contribua à imposer au Dauphin (le futur Charles V) la grande ordonnance de 1357 (qui prévoyait le contrôle des subsides par les états), un conseil adjoint au Dauphin et le renvoi des conseillers de Jean II. N’ayant pas réussi, Étienne Marcel choisit la voie de l’insurrection à partir du 22 février 1358 : le palais fut envahi par les insurgés, qui assassinèrent deux conseillers et obligèrent le Dauphin à promulguer la grande ordonnance de 1357. Le roi s’enfuit et les tentatives d’Étienne Marcel pour rallier la province à son mouvement échouèrent. Il s’allia Charles II le Mauvais (roi de Navarre 1349-1387) et périt assassiné en 1358 par un partisan du Dauphin.

La révolte des Maillotins

La révolte des Maillotins (1382-1383) partit d’un mécontentement fiscal et aboutit à une révolte de toute la bourgeoisie qui ferma l’accès de la ville aux agents du roi pendant plusieurs mois. En représailles, Paris resta désarmé et privé d’institutions municipales jusqu’en 1412. Les privilèges de la hanse des marchands de l’eau et la prévôté des marchands furent supprimés.

Le mouvement des Cabochiens

Le mouvement des Cabochiens (avril-août 1413) fut lancé par le duc de Bourgogne Jean sans Peur dans le cadre de la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons. Il porte le nom d’un valet écorcheur, Simon le Coustelier dit Caboche. Cette insurrection populaire fut relayée par un courant réformateur animé par des théologiens et des juristes, qui s’attela à la réforme de l’État et rédigea une ordonnance cabochienne qui ne fut jamais appliquée.

Après l’entrée des Bourguignons dans Paris en 1418, la ville demeura ruinée sous domination anglo-bourguignonne jusqu’en 1436, date de son ralliement à Charles VII.

Les officiers royaux
Les officiers royaux |

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La méfiance des rois

À partir des années 1445, la prévôté des marchands zst tenue non plus par les représentants des marchands et maîtres de métiers, mais par des officiers royaux, (gens de justice ou de finance).

Les rois se méfient de cette ville turbulente qu’ils désertent pour longtemps, bien qu’elle reste officiellement capitale du royaume, notamment grâce à l’action de Charles VII qui y rétablit l’administration centrale.

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