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L‘ordre politique

La Désolation des filles de joie
La Désolation des filles de joie

Blbliothèque nationale de France

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« L'Homme est un animal politique », nous dit Aristote. Comment vivre en société tout en respectant l'individu ? Quel est le rôle de l'Etat ? Peut-on tolérer la pratique de l'esclavage quand la liberté est un droit naturel ? Autant de questions qui poussent les penseurs des Lumières à penser la politique.

Tout pouvoir sans bornes ne saurait être légitime, parce qu'il n'a jamais pu avoir d'origine légitime.
 

Montesquieu, 1721

Le pouvoir politique réside dans le peuple souverain. Or tout citoyen est membre du peuple de plein droit, tous sont donc égaux devant la loi. Ce principe ne devient pas facilement réalité. Les femmes sont exclues de la vie publique ; leur émancipation, au sein des professions artistiques ou intellectuelles, provoque les quolibets des anti-féministes. L'esclavage existe toujours, malgré les protestations qu'il suscite. Les pauvres et les marginaux sont méprisés : artistes et écrivains s'emploieront à montrer qu'ils méritent le respect autant que les nobles et les riches.

Démarchage pour les votes (Canvassing for Votes)
Démarchage pour les votes (Canvassing for Votes) |

Bibliothèque nationale de France

L'État doit se mettre au service du bien commun. Si c'est le monarque qui s'acquitte de cette tâche, on a affaire au despotisme éclairé. Si c'est le peuple, par l'intermédiaire de ses représentants, on est en république : l'État incarne la volonté générale, qui correspond, non à l'unanimité, mais à la prise en compte de toutes les différences. La souveraineté du peuple ne doit pas pour autant abolir l'autonomie de l'individu : celui-ci continue de gérer librement sa vie personnelle. L'exigence libérale doit compléter l'idée républicaine, qui peut sinon conduire à la terreur.

La Marchande de marrons
La Marchande de marrons |

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L'Esprit des lois de Montesquieu

L'ouvrage, monumental, est l'un des sommets de la pensée politique et sociale du 18e siècle. Montesquieu, qui y a travaillé pendant trente ans, y recense les lois de toutes les sociétés connues et les situe par rapport aux « causes physiques et morales » (climat, terrain, population, formes de commerce et de religion) ; le tout pris ensemble forme « l'esprit général » de chaque nation, un ensemble où tout se tient. En même temps, Montesquieu esquisse une nouvelle typologie des régimes politiques, à la base de laquelle se trouve l'opposition entre tyrannie et modération, celle-ci étant définie par le maintien du pluralisme : « Il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Seuls les régimes modérés protègent la liberté des individus : Montesquieu apporte ainsi une contribution décisive à la doctrine du libéralisme politique..

De l’Esprit des lois
De l’Esprit des lois |

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L'esclavage

Deux siècles après les premiers transports d'esclaves africains vers l'Amérique espagnole et portugaise, les Antilles deviennent au 18e siècle une des destinations majeures de la traite négrière. En effet, la culture de la canne à sucre, implantée dans toutes les Caraïbes, est grande consommatrice de main-d'œuvre. Depuis 1685, à l'initiative de Colbert, les Antilles sont soumises à « l'édit du Roy touchant la police des Isles d'Amérique française », autrement dit le Code noir. Conçu pour donner un cadre juridique à l'exercice de l'esclavage, le Code noir fait de l'esclave un être « meuble » susceptible d'être acquis par un maître au même titre qu'un bien. Cette réglementation, conçue aussi pour limiter les droits des maîtres, donne, en fait, lieu à tous les abus.

Esclave des Antilles coupant des cannes à sucre
Esclave des Antilles coupant des cannes à sucre |

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John Gabriel Stedman
John Gabriel Stedman |

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Dans l'Europe des Lumières se lèvent alors des hommes pour dénoncer et combattre l'esclavage. La révolte des esclaves dans la Jamaïque anglaise ainsi que dans les Guyanes françaises et surtout hollandaises donne un souffle à ce courant de pensée. Elle inspire à Voltaire, dans Candide, l'épisode du nègre de Surinam. À la veille de la Révolution, des sociétés anti-esclavagistes voient le jour, d'abord à Londres, puis à Paris, sous la forme de la société des Amis des noirs, fréquentée par les esprits éclairés et les révolutionnaires, parmi lesquels on compte, entre autres, Condorcet et Mirabeau. Abrogé par la Convention, en 1794, rétabli sous Napoléon, en 1802, l'esclavage dans les colonies françaises est définitivement aboli, sous la IIe République, grâce à Victor Schoelcher, en 1848.

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