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Le poème figuré de Raban Maur

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Poème XXVIII des Louanges de la Sainte Croix
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La croix
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Le moine en prière
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Fabrication de la page
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Imbrication des poèmes
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Le poème figuré ici constitue le vingt-huitième et dernier poème du recueil. 28 est pour Raban Maur un nombre parfait qui représente la somme des sept premiers chiffres. Il signifie l’ordre de Dieu dans sa création. Cette œuvre connut un immense succès, comme en témoigne le nombre élevé de copies qui subsistent. Le manuscrit de la bibliothèque d’Amiens ici présenté a été copié à Fulda dans le deuxième quart du 9e siècle, à l’époque où Raban s’y trouvait : c’est une des copies les plus anciennes.

Mots-clés

  • 5e-10e siècles
  • France
  • Poésie
  • Raban Maur
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Poème XXVIII des Louanges de la Sainte Croix

De laudibus sanctae crucis de Raban Maur

Ce poème constitue le vingt-huitième et dernier poème du recueil des Louanges de la Sainte Croix. Pour son auteur, le moine Raban Maur, 28 est un nombre parfait qui représente la somme des sept premiers chiffres. Il signifie l’ordre de Dieu dans sa création.
L’ensemble de la page constitue approximativement un carré, elle est quadrillée en carreaux réguliers contenant chacun une lettre. Au centre de la page se dresse la Croix au pied de laquelle l’auteur lui-même élève son offrande. À l’intérieur de chacune de ces deux images est inscrit un texte rédigé dans une autre écriture.

La croix

Transcription
« Oro te Ramus aram, ara sumar et oro »

Traduction
« Ô bois, je t’implore, toi qui es autel, et j’implore d’être emporté sur ton autel »

La croix contient à l’horizontale et à la verticale un même vers de 27 lettres qui se lit indifféremment de gauche à droite et de droite à gauche, en palindrome.Le texte inséré dans la figure de la croix est en écriture onciale, alors que le texte du grand poème est en capitales rustiques. L’or utilisé pour la peinture des lettres symbolise ici la splendeur de la sagesse.

Ce double palindrome crée une aimantation du regard du lecteur vers le centre de la croix comme point d’irrésistible unité du cosmos et du discours. Il est occupé par un M, lettre qui se trouve précisément au milieu de l’alphabet et qui présente dans sa graphie une symétrie parfaite. On peut ici le lire aussi comme un oméga renversé.

Le moine en prière

Transcription
« Hrabanum memet clemens rogo,
Christe tuere, O pie judicio »

Traduction
« Ô Christ, dans ta clémence et ta sainteté, je t’en prie, protège-moi, Raban, au jour du Jugement »

Le moine en prière, qui se tient au pied de la croix, contient en 45 lettres ce poème en deux vers à lire horizontalement et de haut en bas. Le texte latin est quelque peu mis à mal par les contraintes liées à sa mise en image, il se lit difficilement en raison de son étrange découpage.

Ce moine en prière représente Raban en personne offrant au Christ son poème et signant ici son œuvre. Il constitue un colophon en image totalement original. Le colophon désigne traditionnellement l'ensemble des données placées par le scribe à la fin d'un manuscrit, donnant son nom, le lieu et la date de la copie et s'accompagnant souvent d'une invocation.

Ici, Raban Maur prend la place du copiste pour faire lui-même offrande au pied de la croix.

Il s'appuie sur une symbolique des couleurs : le rouge minium qui colore ses vêtements exprime le feu de la charité qui le consume : « Que ta crucifixion désormais me consume tout entier », implore-t-il dans son poème.

Il joue peut-être sur un codage arithmétique puisque, en multipliant les 45 lettres contenues dans l'image du scribe par les 18 lettres qui séparent le R de Raban du centre de la croix, on obtient l'année d'achèvement du De laudibus : 810.

Fabrication de la page

Raban Maur adorant la Croix

La réalisation de cette page nécessite une étroite collaboration entre le peintre et le poète, et relève de la performance ! Son espace est d'abord carroyé en carreaux de 7 mm, le nombre de carreaux retenu pour la surface écrite pouvant varier pour faire place aux figures : ici un rectangle de 35 sur 43.
Une fois le module choisi, commence pour l’enlumineur le travail de dessin, de peinture, puis de composition du texte à l’intérieur des figures. La dernière étape de composition consiste à remplir le champ laissé libre par les figures en respectant le sens général, la forme versifiée, le nombre constant de lettres à chaque ligne.

Imbrication des poèmes

Transcription
« Quod verax facis ordine judicio omnia vero »

Traduction

« Que tu es véridique et que tu accomplis toutes choses selon l’ordre et le jugement »

Le texte du petit poème inscrit dans l’image doit en même temps s’intégrer à l’ensemble du poème sans rompre le sens général. Ainsi, le dernier vers judicio prend sa place à l’intérieur du vers principal dont le nombre de lettres ne peut pas varier.On mesure la lourdeur de ce « cahier des charges ». Raban est parfois conduit à diluer outre mesure sa pensée, et d’autres fois au contraire amené à la concentrer de manière redoutable en bouleversant la syntaxe courante.