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La pieuvre des Travailleurs de la mer

La pieuvre des Travailleurs de la mer
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Placé à l’intérieur du chapitre « Le monstre » (II, IV, II) du roman Les Travailleurs de la mer, ce dessin correspond bien à la longue description de la pieuvre : « La nuit, pourtant, et particulièrement dans la saison du rut, elle est phosphorescente. Cette épouvante a ses amours. Elle attend l’hymen. Elle se fait belle, elle s’allume, elle s’illumine, et, du haut de quelque rocher, on peut l’apercevoir au-dessous de soi dans les profonds ténèbres épanouie en une irradiation blême, soleil spectre  »

Comme L’Esprit de la tempête, La Pieuvre semble avoir été inspirée par des miniatures du Voyage miraculeux du Prophète. La feuille a été entièrement imbibée de lavis d’encre, rendant une parfaite évocation du milieu liquide. Ce dessin n’était pas prévu pour figurer dans le manuscrit puisqu’il était plus vaste et que toute la partie inférieure a été découpée (un fragment inédit en est conservé dans une collection particulière). On notera que la pieuvre dessine avec ses tentacules les lettres « V » et « H », initiales de l’auteur.

Avec Les Travailleurs de la mer, Victor Hugo popularise un nouveau mot, celui de pieuvre ; utilisé seulement dans le vieux parler normand, ce terme se retrouve dès 1866 sous la plume de George Sand, puis sous celle de Maupassant et tend à supplanter celui de poulpe alors usité.

« Pour croire à la pieuvre, il faut l’avoir vue.
Comparées à la pieuvre, les vieilles hydres font sourire. À de certains moments, on serait tenté de le penser, l’insaisissable qui flotte en nos songes rencontre dans le possible des aimants auxquels ses linéaments se prennent, et de ces obscures fixations du rêve il sort des êtres. L’Inconnu dispose du prodige, et il s’en sert pour composer le monstre. Orphée, Homère et Hésiode n’ont pu faire que la Chimère ; Dieu a fait la Pieuvre.
Quand Dieu veut, il excelle dans l’exécrable.
Le pourquoi de cette volonté est l’effroi du penseur religieux.
Tous les idéals étant admis, si l’épouvante est un but, la pieuvre est un chef-d’œuvre. »
(Les Travailleurs de la mer, II, IV, II)

Bibliothèque nationale de France

  • Date
    19e siècle, vers 1866
  • Auteur(es)
    Victor Hugo (1802-1885), dessinateur
  • Description technique
    Plume, pinceau, encre brune et lavis sur papier crème, 35,7 x 25,9 cm, encarté dans un feuillet, 41,7 x 30 cm.
  • Provenance

    BnF, département des Manuscrits, NAF 247452, fol. 382r

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm203200147b