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Méphistophélès apparaissant à Faust

Méphistophélès apparaissant à Faust
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Faust est rentré dans son cabinet accompagné du barbet. II essaie sa magie sur le chien et fait apparaître Méphistophélès sous des habits d'étudiant. Celui-ci lui demande alors les raisons de tout ce vacarme et le dialogue s'engage entre les deux hommes.
Cette lithographie a servi de base à un tableau, aujourd'hui à la Wallace Collection de Londres. À quelques détails près, Delacroix a repris telle quelle sa composition.

Texte de Goethe traduit par Gérard de Nerval

Méphistophélès (entre pendant que le nuage tombe, et sort de derrière le poêle, en habit d'étudiant) : D'où vient ce vacarme ? Qu'est-ce qu'il y a pour le service de monsieur ?
Faust : C'était donc là le contenu du barbet ? Un écolier ambulant ?
Méphistophélès : Je salue le savant docteur. Vous m'avez fait suer rudement.
Faust : Quel est ton nom ?
Méphistophélès : La demande ma paraît ben frivole, pour quelqu'un qui a tant de mépris pour les mots, qui toujours s'écarte des apparences, et regarde surtout le fond des êtres.
Faust : Chez vous autres, messieurs, on doit pouvoir aisément deviner votre nature d'après vos noms, et c'est ce qu'on fait connaître clairement en vous appelant ennemis de Dieu, séducteurs, menteurs. Eh bien ! qui donc es-tu ?
Méphistophélès : Une partie de cette force qui tantôt veut le mal et tantôt fait le bien.
Faust : Que signifie cette énigme ?
Méphistophélès : Je suis l'esprit qui toujours nie ; et c'est avec justice : car tout ce qui existe est digne d'être détruit, il serait donc mieux que rien n'existât. Ainsi, tout ce que vous nommez péché, destruction, bref, ce qu'on entend par mal, voilà mon élément.
Faust : Tu te nommes partie, et te voilà en entier devant moi.
Méphistophélès : Je te dis la modeste vérité ; Si l'homme, ce petit monde de folie, se regarde ordinairement comme formant un entier, je suis, moi, une partie de la partie qui existait au commencement de tout, une partie de cette obscurité qui donna naissance à la lumière, la lumière orgueilleuse, qui maintenant dispute à sa mère la Nuit son rang antique et l'espace qu'elle occupait : ; ce qui ne lui réussit guère pourtant, car malgré ses efforts elle ne peut que ramper à la surface des corps qui l'arrêtent ; elle jaillit de la matière, elle y ruisselle et la colore, mais un corps suffit pour briser sa marche. Je puis donc espérer qu'elle ne sera plus de longue durée, ou qu'elle s'anéantira avec les corps eux-mêmes.
Faust : Maintenant, je connais tes honorables fonctions ; tu ne peux anéantir la masse, et tu te rattrapes sur les détails.
Méphistophélès : Et franchement, je n'ai point fait grand ouvrage : ce qui s'oppose au néant, le quelque chose, ce monde matériel, quoi que j'aie entrepris jusqu'ici, je n'ai pu encore l'entamer ; et j'ai en vain déchaîné contre lui flots, tempêtes, tremblements, incendies ; la mer et la terre sont demeurés tranquilles. Nous n'avons rien à gagner sur cette maudite semence, matière d'animaux et des hommes. Combien n'en ai-je pas déjà enterrés ! Et toujours circule un sang frais et nouveau. Voilà la marche des choses ; c'est à en devenir fou. Mille germes s'élancent de l'air, de l'eau, comme de la terre, dans le sec, l'humide, le froid, le chaud. Si je ne m'étais pas réservé le feu, je n'aurais pour ma part.
Faust : Ainsi tu opposes au mouvement éternel, à la puissance secourable qui crée, la main froide du démon, qui se roidit en vain avec malice ! Quelle autre chose cherches-tu à entreprendre, étonnant fils du chaos ?
Méphistophélès : Nous nous en occuperons à loisir dans la prochaine entrevue. Oserai-je bien cette fois m'éloigner ?
Faust : Je ne vois pas pourquoi tu me le demandes. J'ai maintenant appris à te connaître ; visite-moi désormais quand tu voudras : voici la fenêtre, la porte, et même la cheminée, à choisir. [...]

Bibliothèque nationale de France

  • Date
    19e siècle, 1827
  • Lieu
    Paris
  • Auteur(es)
    Eugène Delacroix (lithographe)
  • Description technique
    Lithographie, 28,6 x 22,6 cm (feuillet)
  • Provenance

    BnF, département des Estampes et de la photographie, RESERVE DC-183 (N,4)-FOL

  • Lien permanent
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