Découvrir, comprendre, créer, partager

Image

Peines de cœur d’une chatte anglaise

Scènes de la vie privée et publique des animaux
Peines de cœur d’une chatte anglaise
Le format de l'image est incompatible

Les Scènes de la vie privée et publique des animaux sont une vaste entreprise éditoriale menée par Paulin et Jules Hetzel, et dont les livraisons s’échelonnent de novembre 1840 à décembre 1842. Il s’agit de dresser un tableau des mœurs de l’époque, sous couvert d’animaux anthropomorphes. Ici, c’est une chatte anglaise qui prend la plume pour raconter quelle fut sa vie, sous la plume de Balzac.

« Je fus exceptée de la noyade constitutionnelle à cause de l’entière blancheur de ma robe. Aussi me nomma-t-on Beauty. Hélas ! la pauvreté du ministre, qui avait une femme et onze filles, ne lui permettait pas de me garder. Une vieille fille remarqua chez moi une sorte d’affection pour la Bible du ministre ; je m’y posais toujours, non par religion, mais je ne voyais pas d’autre place propre dans le ménage. Elle crut peut-être que j’appartiendrais à la secte des Animaux sacrés qui a déjà fourni l’ânesse de Balaam, et me prit avec elle. Je n’avais alors que deux mois. Cette vieille fille, qui donnait des soirées auxquelles elle invitait par des billets qui promettaient thé et Bible, essaya de me communiquer la fatale science des filles d’Ève ; elle y réussit par une méthode protestante qui consiste à vous faire de si longs raisonnements sur la dignité personnelle et sur les obligations de l’extérieur, que, pour ne pas les entendre, on subirait le martyre.

Un matin, moi, pauvre petite fille de la nature, attirée par de la crème contenue dans un bol, sur lequel un muffing était posé en travers, je donnai un coup de patte au muffing, je lapai la crème ; puis, dans la joie, et peut-être aussi par un effet de la faiblesse de mes jeunes organes, je me livrai, sur le tapis ciré, au plus impérieux besoin qu’éprouvent les jeunes Chattes. En apercevant la preuve de ce qu’elle nomma mon intempérance et mon défaut d’éducation, elle me saisit et me fouetta vigoureusement avec des verges de bouleau, en protestant qu’elle ferait de moi une lady ou qu’elle m’abandonnerait. »

Bibliothèque nationale de France

  • Date
    1842
  • Lieu
    France
  • Auteur(es)
    Grandville (1803-1847), illustrateur ; Joseph-Hippolyte-Jules Caqué (1814-1885), graveur ; Jules Hetzel et Paulin, éditeurs
  • Description technique
    Estampe sur papier d'après une gravure sur bois, h. 27 cm
  • Provenance

    BnF, Réserve des livres rares, RES-Y2-1007

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm132201950x