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Faust, Wagner et le barbet

Illustrations du Faust de Goethe par Eugène Delacroix
Faust, Wagner et le barbet
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Delacroix illustre ici la fin de la scène précédente. Les deux hommes regagnent la ville ; ils sont suivis par un barbet qui tourne sans cesse autour d'eux. Faust se demande s'il ne s'agit pas d'un esprit ; Wagner n'y reconnaît qu'un chien, opinion à laquelle son maître finit par se ranger.

L'artiste a choisi de représenter la scène au soleil couchant pour accentuer les contrastes de la composition et donner une couleur plus sombre à cette étrange rencontre.

Texte de Goethe traduit par Gérard de Nerval

Vagner : [...] Mais retirons-nous ! le monde se couvre déjà de ténèbres, l'air se rafraîchit, l brouillard tombe ! C'est le soir qu'on apprécie surtout l'agrément du logis. Qu'avez-vous à vous arrêter ? Que considérez-vous là avec tant d'attention ? Qui peut donc vous étonner ainsi dans le crépuscule ?
Faust : Vois-tu ce chien noir errer au travers des blés et des chaumes ?
Vagner : Je le vois depuis longtemps ; il ne me semble offrir rien d'extraordinaire.
Faust : Considère le bien ; pour qui prends-tu cet animal ?
Vagner : Pour un barbet, qui cherche à sa manière la trace de son maître.
Faust : Remarques-tu comme il tourne en spirale, en s'approchant de nous de plus en plus ? Et, si je ne me trompe, traîne derrière ses pas une trace de feu.
Vagner : Je ne vois rien qu'un barbet noir ; il se peut bien qu'un éblouissement abuse vos yeux.
Faust : Il me semble qu'il tire à nos pieds des lacets magiques, comme pour nous attacher.
Vagner : Je le vois incertain et craintif sauter autour de nous, parce qu'au lieu de son maître, il trouve deux inconnus.
Faust : Le cercle se rétrécit, déjà il est proche.
Vagner : Tu vois ! ce n'est là qu'un chien, et non un fantôme. Il grogne et semble dans l'incertitude ; il se met sur le ventre, agite sa queue, toutes manières de chien.
Faust : Accompagne-nous ; viens ici.
Vagner : C'est une folle espèce de barbet. Vous vous arrêtez, il vous attend ; vous lui parlez, il s'élance à vous ; vous perdez quelque chose, il le rapportera, et sautera dans l'eau après votre canne.
Faust : Tu as bien raison, je ne remarque en lui nulle trace d'esprit, et tout est éducation.
Vagner : Le chien, quand il est bien élevé, est digne de l'affection du sage lui-même. Oui, il mérite bien tes bontés. C'est le disciple le plus assidu des écoliers. (Ils rentrent par la porte de la ville.)

Bibliothèque nationale de France

  • Date
    1827
  • Lieu
    Paris
  • Auteur(es)
    Eugène Delacroix (1789-1863), lithographe
  • Description technique
    Lithographie, 24,9 x 20,9 cm (feuillet)
  • Provenance

    BnF, département des Estampes et de la photographie, RESERVE DC-183 (N,4)-FOL

  • Lien permanent
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