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La musique baroque

Réjouissances publiques pour le Réstablissement de la Santé de Sa Majesté très Chrétienne Louis le Grand à Rome...
Réjouissances publiques pour le Réstablissement de la Santé de Sa Majesté très Chrétienne Louis le Grand à Rome...

© Biblioteca Nazionale Centrale di Roma - CC BY-NC-SA 4.0.

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Le baroque se caractérise, du point de vue musical, par un style expressif destiné à représenter les passions humaines. Il renvoie à l’époque où naissent l’opéra, le concerto et l’oratorio, même si les musiciens de cette période n’ont jamais utilisé le terme « baroque » pour qualifier leurs compositions. La renaissance, au 20e siècle, de la pratique de la musique baroque a dévoilé toute la richesse d’un répertoire à redécouvrir.

Le terme « baroque » et la musique

La musique dite « baroque » est celle qui a été composée à partir de la fin du 16e siècle jusqu’au début de la seconde moitié du 18e siècle. Ce découpage chronologique, parce qu’il englobe une grande diversité de compositeurs, traditions, répertoires, styles, formes et langages musicaux, est une convention. Derrière la catégorie historiographique et stylistique du « baroque » se cache donc une réalité musicale complexe.

Simphonie du Tympanum, du Luth et de la Flûte d'Allemagne
Simphonie du Tympanum, du Luth et de la Flûte d'Allemagne |

Bibliothèque nationale de France

Les compositeurs de cette période n’ont jamais considéré leur musique comme « baroque ». Jean-Jacques Rousseau, dans son Dictionnaire de Musique (1768), la caractérise comme « celle dont l’Harmonie est confuse, chargée de Modulations & de Dissonances, le Chant dur & peu naturel, l’Intonation difficile, & le Mouvement contraint ». Il faut attendre la fin du 19e siècle pour que les premières théorisations de « l’art baroque », en particulier pour l’architecture romaine et les arts visuels, donnent une connotation positive à cet adjectif et le définissent par opposition à la Renaissance (H. Wölfflin).

En ce qui concerne la musique, le musicologue allemand Manfred Bukofzer, reprenant l’opposition Baroque-Renaissance, publie en 1947 son ouvrage Music of Baroque Era. La notion de « baroque » en musique devient alors une évidence, notamment dans le monde anglo-saxon, comme le montre le livre que le musicologue américain Claude Palisca publie en 1968 (Baroque music). L’Italie reste quant à elle réticente à l’emploi de ce terme. En effet, le musicologue Lorenzo Bianconi, dans son ouvrage sur la musique au 17e siècle (Il Seicento, 1982), réfute l’emploi du mot, lui préférant une approche chronologique et thématique des phénomènes musicaux de ce siècle. Quant à la France, le paysage musical baroque fait l’objet d’une réinterprétation historique et esthétique à partir des années 1970, grâce notamment à Philippe Beaussant et à la création en 1987 du Centre de musique baroque de Versailles.

Comment définir la musique baroque ?

L’expression « musique baroque », qu’elle soit utilisée pour désigner une période de presque deux siècles, un style ou un ensemble de techniques de composition, a survécu. D’une manière générale, les œuvres musicales baroques se caractérisent par un certain goût pour la théâtralité et l’ostentation, par l’artifice, le contraste et la spatialisation du son. Sur le plan historique, il s’agit d’un art musical issu de la crise de la Contre-Réforme (milieu du 16e siècle). Du point de vue esthétique, il s’agit d’une musique dont l’expression suit les préceptes des pratiques musicales que Monteverdi a identifiées en 1605.

Concert de musique
Concert de musique |

Bibliothèque nationale de France

Ces nouvelles pratiques ont inversé le rapport entre musique et parole en donnant la suprématie à la seconde : l’art musical, se met dès lors à imiter et à servir la poésie, et change donc de constitution. Cela ne veut pas dire que cette musique est en rupture avec la période précédente ou que les anciennes techniques de composition, comme le contrepoint, sont abandonnées : tout n’est donc pas radicale nouveauté. Il s’agit plutôt d’une nouvelle répartition des rôles qui a modifié en profondeur la conception, la perception et l’interprétation de la musique et a permis aux compositeurs de s’affranchir de certaines règles au nom de la représentation des affects.

Ces transformations musicales ont également favorisé la production de spectacles, le mécénat, la circulation des musiciens et la facture instrumentale et donné naissance à une grande variété de genres, styles et pratiques dont l’opéra, le style concertant et l’utilisation de la basse continue (technique instrumentale permettant de réaliser des accords d’harmonie pour accompagner une voix principale) sont les plus emblématiques.

La musique baroque : compositeurs, genres et styles

Arcangelo Corelli (1653-1713)
Arcangelo Corelli (1653-1713) |

Bibliothèque nationale de France

La cardinal Jules Mazarin (1602-1661)
La cardinal Jules Mazarin (1602-1661) |

Bibliothèque nationale de France

La musique dite baroque est donc celle qui va de l’époque de Claudio Monteverdi à celle de Jean-Sébastien Bach. Outre ces deux importants compositeurs, nous pouvons citer : Alessandro et Domenico Scarlatti, Arcangelo Corelli et Antonio Vivaldi, pour l’Italie ; Heinrich Schütz, Georg Friedrich Haendel et Georg Philip Telemann, pour l’Allemagne ; Henry Purcell, pour l’Angleterre ; Jean Baptiste Lully, Marc-Antoine Charpentier et Jean-Philippe Rameau, pour la France.

Des genres musicaux comme la sonate, le concerto, le concerto grosso, la monodie accompagnée, l’oratorio et l’opéra apparaissent, tandis que d’autres répertoires, comme le madrigal polyphonique, disparaissent ou se métamorphosent. Des instruments comme la viole de gambe ou le cornet à bouquin cessent peu à peu d’être utilisés. L’opéra, principale nouveauté de cette période, est un observatoire privilégié de l’émergence, de la cohabitation et des influences réciproques des styles des différentes nations européennes. Ainsi, entre 1645 et 1662, le cardinal Mazarin tente d’introduire l’opéra italien en France en l’adaptant au goût national. Mais c’est seulement à partir de 1673, avec la création de la tragédie lyrique par Lully et Quinault, que s’impose un modèle français de théâtre musical qui atteindra son apogée au siècle suivant avec Rameau.

Fête donnée à Rome par le marquis Coccogliudo, ambassadeur d’Espagne
Fête donnée à Rome par le marquis Coccogliudo, ambassadeur d’Espagne |

© Stockholm, Kungliga biblioteket

Concert « Trionfo Romano »
Concert « Trionfo Romano » |

Photo © Damiano Rosa

Renaissance de la musique baroque

À partir des années 1960-1970, plusieurs musiciens (Gustave Leonhardt, Nikolaus Harnoncourt ou Frans Brüggen peuvent être considérés comme pionniers) commencent à jouer et à enregistrer le répertoire baroque avec des instruments anciens et selon des critères historiquement informés. Ce courant (qu’on a appelé les « Baroqueux ») a fait école en Europe et dans le monde et a révolutionné l’écoute et l’interprétation de la « musique ancienne », non sans susciter de vives polémiques.

Les Indes Galantes, opéra-ballet de Rameau (1735)
Les Indes Galantes, opéra-ballet de Rameau (1735) |

Bibliothèque nationale de France

L’approche philologique de l’interprétation de la musique baroque (aujourd’hui élargie à des périodes postérieures) noue les questions de la tradition, de l’authenticité, de l’évolution de l’écoute et de la pratique musicales. Elle met le musicien et l’auditeur face à l’inévitable contradiction entre le retour au contexte historique originel et la nécessité de l’exécution pour les oreilles d’aujourd’hui. Un son recréé est-il pour autant un son authentique ?

Le souci constant d’une meilleure connaissance du contexte de création des œuvres adossé au caractère évolutif de la recherche et de la performance musicales font résonner passé et présent et montrent que la musique baroque n’a pas dit son dernier mot.

video |

Opéra National de Paris

Les Indes Galantes : Danse du Grand Calumet de la Paix

Provenance

Cet article a été publié à l’occasion de l’exposition Molière en musiques, présentée à la bibliothèque-musée de l’Opéra du 27 septembre 2022 au 15 janvier 2023.

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