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Les fêtes de Louis XIV à Versailles

Le Grand Divertissement royal de Versailles. Vue en perspective du marais d’eau à Versailles, gravure d’Adam Perelle, 1668
Le Grand Divertissement royal de Versailles. Vue en perspective du marais d’eau à Versailles, gravure d’Adam Perelle, 1668

© Bibliothèque nationale de France

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Les souverains ont toujours organisé des fêtes mais pour Louis XIV, la fête de cour est un acte à la fois esthétique et politique, un instrument au service du pouvoir qui lui permet d’exercer un contrôle sur les courtisans. Il s’en explique dès 1661 dans ses Mémoires pour l’instruction du Dauphin : « Cette société de plaisirs, qui donne aux personnes de la cour une honnête familiarité avec nous, les touche et les charme plus qu’on ne peut dire. Les peuples, d’un autre côté, se plaisent au spectacle où, au fond, on a toujours pour but de leur plaire ; et tous nos sujets, en général, sont ravis de voir que nous aimons ce qu’ils aiment, ou à quoi ils réussissent le mieux. Par là nous tenons leur esprit et leur cœur, quelquefois plus fortement peut-être, que par les récompenses et les bienfaits ; et à l’égard des étrangers, dans un État qu’ils voient d’ailleurs florissant et bien réglé, ce qui se consume en ces dépenses qui peuvent passer pour superflues, fait sur eux une impression très avantageuse de magnificence, de puissance, de richesse et de grandeur. »
Tous les ans, les châteaux royaux de Versailles, Saint-Germain-en-Laye, Chambord ou Paris, au Louvre puis aux Tuileries, servent de cadre à ces festivités. Les trois plus grandes fêtes royales des années 1660-1670 organisées à Versailles font l’objet de publications accompagnées quelques années plus tard de gravures d’Israël Silvestre, François Chauveau et Jean Lepautre, sous le contrôle du ministre Jean-Baptiste Colbert, afin d’en diffuser largement le récit et les images, et d’illustrer la grandeur de la monarchie française. D’autres journées mémorables ont vu la création du Bourgeois gentilhomme à Chambord en 1670 ou de Psyché pour le carnaval de 1671 dans le théâtre du palais des Tuileries.

Du 7 au 13 mai 1664,
Les Plaisirs de l’île enchantée

Les Plaisirs de l'île enchantée, ouverture de la première journée : le grand char d’Apollon, dessin de François Chauveau, 1664
Les Plaisirs de l'île enchantée, ouverture de la première journée : le grand char d’Apollon, dessin de François Chauveau, 1664 |

© Bibliothèque nationale de France
 

Les Plaisirs de l'île enchantée, première journée : entrée de Pan, Diane et leur suite, dessin de François Chauveau, 1664
Les Plaisirs de l'île enchantée, première journée : entrée de Pan, Diane et leur suite, dessin de François Chauveau, 1664 |

© Bibliothèque nationale de France


Donnés du 7 au 13 mai 1664 en l'honneur d'Anne d'Autriche et de la reine Marie-Thérèse, Les Plaisirs de l'Île enchantée constituent la première des grandes fêtes versaillaises du règne de Louis XIV. À la demande du roi, le duc de Saint-Aignan, premier gentilhomme de la chambre et ordonnateur des fêtes royales, emprunte au Roland furieux de l’Arioste le thème de la magicienne Alcine tenant prisonniers en son palais le chevalier Roger et ses compagnons. La fête est secrètement dédiée à Mademoiselle de La Vallière, la maîtresse du roi. Elle consacre aussi, sous l’égide du roi, la collaboration entre Molière et Lully.
Durant trois jours, Les Plaisirs de l’île enchantée mêlent jeux équestres, représentations théâtrales, banquets et spectacles nautiques. Le premier jour, les courtisans assistent au défilé équestre du roi dans le rôle de Roger, revêtu de somptueux habits, accompagné de cavaliers tout aussi somptueusement vêtus, suivis du char d’Apollon. Ils se dirigent vers le palais d’Alcine dressé sur le Rond-d’eau, futur bassin d’Apollon. Suit une course de bague dans laquelle les cavaliers doivent décocher de leur lance un anneau à une potence. La nuit tombée, le parc s’illumine tandis qu’un cortège de musiciens et de comédiens (la troupe de Molière) évolue à la lumière des flambeaux sur le thème des Saisons. La journée se termine par un festin servi par des serviteurs costumés et masqués.
Le deuxième jour, la cour assiste à la création de La Princesse d’Élide, comédie-ballet spécialement conçue par Molière et Lully, dans laquelle sont associés la troupe des comédiens, les musiciens, les chanteurs et les danseurs du roi.

Les Plaisirs de l’île enchantée, seconde journée : représentation de La Princesse d’Élide, gravure d’Israël Silvestre, 1673
Les Plaisirs de l’île enchantée, seconde journée : représentation de La Princesse d’Élide, gravure d’Israël Silvestre, 1673 |

© Bibliothèque nationale de France

Le troisième jour voit l’embrasement du palais d’Alcine dans un somptueux feu d’artifice. Une baleine flottante et ses deux baleineaux portent Alcine, incarnée par la comédienne Du Parc, et ses servantes. Les festivités se poursuivent du 10 au 13 mai avec courses de chevaux, loterie, visite de la ménagerie et représentations théâtrales : Molière donne pour la première fois, le soir du 12 mai, son célèbre Tartuffe qui sera interdit malgré le soutien du roi. La cour éblouie reprend le lendemain le chemin de Fontainebleau.
Première des grandes fêtes données à Versailles par Louis XIV, Les Plaisirs de l’île enchantée établissent définitivement le mythe de Versailles comme lieu de réjouissances.

Le 18 juillet 1668,
Le Grand Divertissement royal

Collation donnée dans les jardins de Versailles, gravure de Jean Lepautre
Collation donnée dans les jardins de Versailles, gravure de Jean Lepautre |

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Le 18 juillet 1668, le roi Louis XIV offre à la cour dans les jardins de Versailles une fête connue sous le nom de Grand Divertissement royal, pour célébrer la paix d’Aix-la-Chapelle avec l’Espagne, qui marque le rattachement à la France de plusieurs places flamandes (Lille, Douai, Dunkerque…). Pour ces réjouissances, la somme fabuleuse de 117 000 livres sera dépensée, soit le tiers de celle consacrée à Versailles en 1668 !
Contrairement à la fête de 1664, celle-ci ne dure qu’une journée. Se succèdent à travers les jardins, une collation au bosquet de l’Étoile, une comédie de Molière et Lully, un festin et un bal à l’emplacement du futur bassin de Cérès. L’attraction principale en est la comédie mêlée d'une pastorale chantée de Molière et Lully, George Dandin ou le Mari confondu, dont Pierre Beauchamp a chorégraphié les ballets. Inventé par Molière en 1661 avec Les Fâcheux, ce genre de spectacle nécessite cette fois plusieurs dizaines de danseurs et de chanteurs. Des tapisseries et des chandeliers de cristal ornent la scène. Mille deux cents personnes sont assises sur les gradins, trois cents autres sur le parterre. La fête se termine par un splendide feu d’artifice.

Festin donné dans le petit parc de Versailles le 18 juillet 1668, gravure de Jean Lepautre
Festin donné dans le petit parc de Versailles le 18 juillet 1668, gravure de Jean Lepautre |

© Bibliothèque nationale de France

La salle du bal donné dans le petit parc de Versailles, gravure de Jean Lepautre
La salle du bal donné dans le petit parc de Versailles, gravure de Jean Lepautre |

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Les Divertissements de Versailles, 1674

Première journée : représentation d’Alceste, tragédie en musique de Lully ornée d'entrées de ballet, gravure de Jean Lepautre
Première journée : représentation d’Alceste, tragédie en musique de Lully ornée d'entrées de ballet, gravure de Jean Lepautre |

© Bibliothèque nationale de France

Les divertissements de l’été 1674, organisés pour célébrer la reconquête de la Franche-Comté, se succèdent entre le 4 juillet et le 31 août 1674. L’été 1674 voit l’accession de Lully au poste de véritable maître des fêtes de la cour. À l’issue de ces manifestations, Louis XIV décide de construire la partie neuve du château, ouverte sur les jardins.
Le soir du premier jour, le 4 juillet, après une collation en musique dans le bosquet du Marais, la tragédie en musique d’Alceste, de Lully et Philippe Quinault, est représentée. La soirée se termine par un souper offert au château.
Lors de la deuxième journée de fête, le 11 juillet, on joue L’Églogue de Versailles, un intermède de Lully et de Quinault, dans un Salon de Verdure, du jardin du Trianon. Après quoi, le bosquet de la Salle du Conseil du petit parc sert de cadre au souper illuminé par cent cinquante lustres, servi au son des violons et des hautbois.
Le 19 juillet, troisième journée de ces réjouissances, une collation à la Ménagerie offerte aux dames de la cour se poursuit avec une promenade en gondoles sur le grand canal, agrémentée de musique. À la nuit tombée, la comédie-ballet du Malade imaginaire de Molière et Marc-Antoine Charpentier est représentée dans un théâtre dressé devant la grotte de Thétis.
Le quatrième jour, le samedi 28 juillet, une collation est organisée au Théâtre d’eau dans une mise en scène grandiose : cent soixante arbres chargés de fruits, cent vingt corbeilles de pâtisseries et de confitures, quatre cents coupes de glace et une infinité de carafes de liqueurs ont été disposés sur les marches entourant le théâtre. Plus tard, dans le parc, les souverains et la cour assistent à la représentation des Fêtes d’Amour et de Bacchus, pastorale en musique, dans un théâtre dressé à cet effet. Après une promenade à travers les jardins à la lueur des torches, et un feu d’artifice sur le grand canal, un grand festin est proposé aux invités dans la cour de Marbre, dans un somptueux décor conçu par Vigarani.

Représentation du Malade imaginaire, comédie-ballet de Molière et Marc-Antoine Charpentier, le 19 juillet 1674, gravure de Jean Lepautre
Représentation du Malade imaginaire, comédie-ballet de Molière et Marc-Antoine Charpentier, le 19 juillet 1674, gravure de Jean Lepautre |

© Bibliothèque nationale de France

Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus, pastorale en trois actes de Lully sur un livret de Molière et Philippe Quinault, gravure de Jean Lepautre, 1672
Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus, pastorale en trois actes de Lully sur un livret de Molière et Philippe Quinault, gravure de Jean Lepautre, 1672 |

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Lors de la cinquième journée, le 18 août, le public assiste à la représentation d’Iphigénie de Racine donnée à l’Orangerie. Le spectacle est suivi d’une illumination du grand canal conçue par Le Brun, le peintre du roi. Au milieu de l’eau se dresse un obélisque de lumière surmonté d’un soleil. Un feu d’artifice exceptionnel conclut le spectacle.
La fête se termine le 31 août par une illumination qui surpasse toutes les autres : « La dernière nuit – l’une des plus noires et les plus calmes de l’été –, vers une heure, le parc tout entier fut illuminé : la terrasse, les balustrades, les bassins, le canal furent entourés de colliers de perles lumineuses, les fontaines jetèrent de mystérieux éclats, le canal ressembla à un étrange miroir de cristal. À son extrémité, on vit s’illuminer la façade d’un palais magique. Toute la cour monta sur des gondoles. Neptune arriva, tiré par quatre chevaux marins, se dirigeant sur l’eau vers les convives. Le palais était couronné de personnages. Lorsque la musique approcha, ils se mirent à chanter délicieusement sous le ciel bas et les lourdes vapeurs de la nuit de juillet. » (Richard Alewin, Le grand théâtre du monde)
Il s’agit là de la dernière grande fête versaillaise des premières décennies du règne de Louis XIV. Le château et son parc serviront plus tard de cadre à d’autres réjouissances somptueuses, notamment lors des mariages princiers et royaux.

Festin, quatrième journée des fêtes de Versailles, gravure de Jean Lepautre
Festin, quatrième journée des fêtes de Versailles, gravure de Jean Lepautre |

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Illuminations autour du grand canal de Versailles, sixième journée, gravure de Jean Lepautre
Illuminations autour du grand canal de Versailles, sixième journée, gravure de Jean Lepautre |

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