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La pierre de Rosette, la clé pour déchiffrer les hiéroglyphes

La pierre de Rosette
La pierre de Rosette

© Bibliothèque nationale de France

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Découverte en Égypte, rapportée en Grande Bretagne, la Pierre de Rosette est mondialement connue pour avoir été la clé du déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion. Mais connaissez-vous son histoire ?

 Mon Cher Ami! Tu me conseilles d’étudier l’inscription de Rosette. C’est justement là par où  je veux commencer.
 

Jean-François Champollion à son frère. Lettre du 21 avril 1809

15 juillet 1799, l’expédition d’Égypte bat son plein. En quête de gloire, Bonaparte a entraîné ses troupes vers le pays des Pyramides. Son but est avant tout de contrôler la Méditerranée et la route vers les Indes pour s’opposer à la Grande-Bretagne, alors en guerre contre la France. Mais ce projet militaire se double d’une véritable aventure scientifique : derrière les soldats se pressent plus de 167 artistes et savants, qui se livrent à une étude complète du pays. La faune, la flore, les arts, les mœurs : tout est observé, mesuré, étudié.

Environs de Rosette
Environs de Rosette |

© Bibliothèque nationale de France

Dans le village de Rachid (on dit « Rosette » en français), dans le delta du Nil, l’officier Pierre-François-Xavier Bouchard est chargé de la réfection de fortifications. C’est dans les fondations qu’il met alors au jour une pierre noire, couverte d’inscriptions. L’objet a sans doute été déplacé à cet endroit durant le Moyen Âge. L’officier vient de faire une découverte décisive pour l’histoire et la linguistique.

La pierre

La pierre de Rosette – 1 mètre de haut, 75 cm de large, 28 cm d’épaisseur et près de 760 kg – est un fragment de stèle en granodiorite noire. Mais ce qui apparaît immédiatement comme exceptionnel aux découvreurs, ce sont ses inscriptions.

Le même texte – un décret émis sous le règne du pharaon Ptolémée V en 196 av. J.-C. – est rédigé dans trois écritures différentes : hiéroglyphique, égyptien démotique (une forme simplifiée des hiéroglyphes) et grecque. Les savants tiennent enfin là de quoi percer le mystère de l’écriture égyptienne.

Le sujet en lui-même n’est pas d’un immense intérêt : la pierre contient une série de mesures pour le culte de Ptolémée V divinisé, en remerciement des nombreux dons qu’il avait fait aux temples égyptiens. Mais comme il s’agit d’un acte officiel, le texte est traduit en grec, langue de l’administration à cette époque, de manière presque littérale. De ce fait, les trois versions peuvent être aisément confrontées.

La pierre en Europe

Si la découverte de la pierre de Rosette a un rôle décisif dans le déchiffrement de l’écriture, Champollion ne l’a jamais vue directement. En effet, l’œuvre a été saisie par les Anglais lors de la capitulation des Français, en 1801, en guise de butin de guerre, et transférée au British Museum, où elle se trouve encore aujourd’hui. Plusieurs copies et estampages en ont cependant été réalisés et diffusés dans toute l’Europe, permettant à de nombreux savants de tenter de relever le défi que représentait le déchiffrement des hiéroglyphes.

Comme la plupart de ses confrères, Champollion travaille ainsi à partir de copies. Le texte de la pierre l’intéresse dès 1809. Il n’a alors que 18 ans, mais, étudiant précoce, il est déjà professeur d’histoire ancienne.

Avec une bonne copie je suis en état d’envoyer dans un mois, un mémoire raisonné sur cette inscription en plaçant sous chaque groupe hiéroglyphique le mot français et le mot égyptien cursif. 

Jean-François à Jacques Joseph, le 28 mars 1818

Toutefois la pierre ne livre pas à elle seule tous les secrets : il faut à Champollion encore dix années d’études, de travaux, avant de s’exclamer en septembre 1822 : « Je tiens mon affaire ! » au moment où il découvre enfin la clé du déchiffrement des hiéroglyphes.

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