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Extrait

Des outils et des armes

Jules Verne, L'Île mystérieuse, 1re partie, chapitre 13

« Eh bien, monsieur Cyrus, par où allons-nous commencer ? demanda le lendemain matin Pencroff à l’ingénieur.
 Par le commencement », répondit Cyrus Smith. […]

Or, ce commencement dont parlait l’ingénieur, c’était la construction d’un appareil qui pût servir à transformer les substances naturelles. On sait le rôle que joue la chaleur dans ces transformations. Or, le combustible, bois ou charbon de terre, était immédiatement utilisable. Il s’agissait donc de bâtir un four pour l’utiliser.

« À quoi servira ce four ? demanda Pencroff.
 À fabriquer la poterie dont nous avons besoin, répondit Cyrus Smith.
 Et avec quoi ferons-nous le four ?
 Avec des briques.
 Et les briques ?
 Avec de l’argile. En route, mes amis. Pour éviter les transports, nous établirons notre atelier au lieu même de production. Nab apportera des provisions, et le feu ne manquera pas pour la cuisson des aliments.
 Non, répondit le reporter, mais si les aliments viennent à manquer, faute d’instruments de chasse ?
 Ah ! si nous avions seulement un couteau ! s’écria le marin.
 Eh bien ? demanda Cyrus Smith.
 Eh bien ! j’aurais vite fait de fabriquer un arc et des flèches, et le gibier abonderait à l’office !
 Oui, un couteau, une lame tranchante... » dit l’ingénieur, comme s’il se fût parlé à lui-même.

En ce moment, ses regards se portèrent vers Top, qui allait et venait sur le rivage.

Soudain, le regard de Cyrus Smith s’anima.

« Top, ici ! » dit-il.

Le chien accourut à l’appel de son maître. Celui-ci prit la tête de Top entre ses mains, et, détachant le collier que l’animal portait au cou, il le rompit en deux parties, en disant : « Voilà deux couteaux, Pencroff ! »

Jules Verne, L'Île mystérieuse, Paris : Hachette, Jules Hetzel, 1973, p. 114-115.