Le symbole au 19e siècle

Bibliothèque nationale de France
Une mystification antimaçonnique
Publicité pour le livre de Gabriel Jogand-Pagès, alias Léo Taxil, écrivain anticlérical et antimaçon. Avec l’aide de quelques collaborateurs, dont Paul Rosen, Jogand-Pagès monta à partir de 1 885 une mystification célèbre contre la maçonnerie, pour laquelle il fabriqua de fausses preuves. Il avoue publiquement le canular en 1897.
Gabriel-Antoine Jogand-Pagès (1854-1907), alias Léo Taxil, escroc, mystificateur, journaliste anticlérical, visiblement en proie à des difficultés financières, se convertit subitement au catholicisme en 1885. Il publie alors ses Révélations sur la franc-maçonnerie, dans lesquelles il dénonce les francs‑maçons comme des conspirateurs adorateurs de Lucifer. Le succès est au rendez‑vous. À partir de 1891, Taxil commence à divulguer des informations sur l’ordre du Palladium, directoire satanique secret de la franc-maçonnerie. Brouillant les pistes jusque dans les moindres détails et fabriquant des rôles pour des acteurs volontaires ou non, Taxil met en circulation, sous différents pseudonymes, plusieurs ouvrages venant corroborer ses dires. Parmi les divers personnages mis en scène, le plus célèbre est Diana Vaughan, prétendue prêtresse luciférienne convertie au catholicisme.
Au fil des années, des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer une supercherie. Taxil jette finalement le masque lors d’une conférence retentissante le 19 avril 1897, révélant avoir, pendant plus de douze ans, trompé les catholiques en leur faisant croire des histoires abracadabrantes. Il meurt en libre penseur en 1907. E. K.
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L’expression symbolique, chargée de « rendre » des objets « sensibles à l’esprit », est au service d’un sensualisme philosophique (la connaissance passe par les sens) et d’un objectif déclaré de « connaissance ».
Un rêve de science assis sur la maîtrise du langage symbolique
Le Régulateur du maçon (qui, au tournant des 18e et 19e siècles, fixe un canon du rite français pour les grades dits « symboliques », apprenti, compagnon, maître) montre non seulement l’omniprésence du symbole dans le rite maçonnique, mais plus encore la manière dont il est utilisé. Immergé dans une symbolique, l’initié n’est cependant pas laissé en tête à tête avec les symboles : le rituel formule un discours explicatif au fur et à mesure de leur apparition. « Ces épreuves sont toutes mystérieuses et emblématiques ; apportez-y toute l’attention dont vous êtes capable. » (Initiation.)
Sitôt le « premier voyage » accompli, le sens en est défini : « Ce premier voyage est l’emblème de la vie humaine : le tumulte des passions, le choc des divers intérêts, les difficultés […], tout cela est figuré par le bruit et le fracas qui ont frappé vos oreilles, par l’inégalité de la route que vous avez parcourue. » Et ainsi de suite. Avec le symbole viennent donc l’énoncé d’un sens, la volonté de faire sens et une situation d’enseignement : un groupe forme le néophyte par la mise en scène symbolique. Le terme d’« emblème » (largement préféré à celui de « symbole » dans le Régulateur, tandis que de nos jours le terme de « symbole » est le plus en usage) suppose une composition symbolique d’une relative complexité. À la fin du 19e siècle, le Grand Larousse tente ainsi de distinguer ces mots proches, qui désignent un mode d’expression figuré, et qui sont souvent interchangeables : « Le symbole […] est quelque chose de connu, il se présente sans effort ; tandis que l’emblème est plus ou moins ingénieux […] et peut quelquefois demander, pour être compris, une explication plus ou moins détaillée. » (1872).

Le Régulateur du Maçon
En 1785, le Grand Orient de France adopte un rituel de référence pour les trois premiers grades d’apprenti, compagnon et maître. Un débat s’engage alors sur la meilleure manière de le diffuser aux loges : faut-il l’imprimer ? Certains s’y opposent : « Le G. O. peut-il faire imprimer un ouvrage qui n’est pas de lui, qui lui a été transmis d’âge en âge par la tradition, un bien commun enfin, qui ne doit point être altéré et qu’il doit transmettre à ses successeurs dans le même état, et de la même manière qu’il l’a reçu ? » (7 avril 1786). Le rituel est donc diffusé par copies manuscrites, ce qui est une procédure longue, compliquée et onéreuse. C’est au nouveau départ des loges sous le Consulat qu’un des premiers commerçants spécialisés dans les affaires maçonniques (tabliers, bijoux, livres, etc.), le frère Brun, le fait imprimer, sans aucune autorisation, sous le titre Régulateur du maçon. Le Grand Orient condamne cette profanation que représentent l’impression et la commercialisation, le frère Brun est sanctionné… Mais le rituel imprimé est moins cher et plus pratique, son usage se développe donc en quelques années.
Rituel qui clôt le 18e siècle maçonnique, le Régulateur du maçon est aujourd’hui considéré comme le texte de référence pour le rite français.
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Bijou d’officier tuileur
Dans un triangle, une main tient une épée verticale sur fond de rameaux feuillus. La fonction du tuileur est de garder la porte de la loge et de n’en autoriser l’accès qu’aux seuls francs-maçons détenteurs du grade auquel travaille l’atelier.
« Tuiler » signifie, en franc-maçonnerie, vérifier si quelqu’un qui se présente comme franc-maçon à la porte d’un temple l’est en effet, et à quel grade. Le « tuilage » consiste en un échange stéréotypé de demandes et de réponses qui doivent attester de la qualité maçonnique de la personne « tuilée » par le « tuileur ». Le tuileur est donc d’abord un officier de loge, préposé aux vérifications, garantissant que le temple est « couvert », c’est-à-dire à l’abri des « profanes ».
© GLNF
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L’expression symbolique, chargée de « rendre » des objets « sensibles à l’esprit », est ainsi au service d’un sensualisme philosophique (la connaissance passe par les sens, il faut donc les impacter en premier) et d’un objectif déclaré de « connaissance » :
« Mon F. les connoissances que vous avez acquises depuis que vous avez été admis à nos Mystères, ont dû rendre sensible à votre esprit les emblêmes qui accompagnent la réception d’Apprenti, nous vous avons donné la première, c’est-à-dire que nous vous avons ouvert le chemin des connoissances auxquelles le commun des hommes ne sauroit parvenir. Plus vous irez en avant et plus à force de travail vous ferez des découvertes satisfaisantes. Réfléchissez attentivement sur tous les emblêmes qui vont accompagner votre réception. » (Deuxième degré.)
Ainsi s’enclenche un mode de questionnement intellectuel dans lequel le « mystérieux » (ce qui est voilé par l’emblème) opère comme stimulant. Le rituel construit méthodiquement le mécanisme d’une quête du sens :
« Oui, mon Frère, tout ce que vous avez vu jusqu’à présent dans la Maçonnerie, tout ce que vous y verrez par la suite, est couvert du voile mystérieux de l’emblême ; voile que le Maçon intelligent, zélé et laborieux, sait pénétrer. Faites bien attention à ce qui vous est arrivé, et à ce qui vous arrivera. » (Troisième degré.)

La revendication de la filiation égyptienne : le poignard des jésuites retrouvé dans les ténèbres
Écrivain vénitien initié en Belgique, Marcello Reghellini (1763 ? -1855) s’inscrit dans ce courant de l’âge romantique pour qui la haute antiquité de la franc-maçonnerie ne fait pas de doute, et pour qui en particulier les mystères de l’Égypte pharaonique, recueillis par des juifs, furent transmis aux croisés et de là à la franc-maçonnerie en une chaîne ininterrompue. Souvent jugées de nos jours confuses, ses explications, reposant sur de nombreuses lectures, emplissent trois volumes, auxquels s’ajoutent des planches au caractère ésotérique marqué.
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En administrant ce vaccin contre l’incohérence, le rituel du troisième degré (celui du maître maçon) couronne le discours sur le symbole : mission est imposée au récipiendaire de produire par lui-même « le » sens, en surmontant « diversité » et « contradictions ». Outre le paradoxe de cette liberté très dirigée, l’ambiguïté est qu’il appelle du même coup l’attention sur les imperfections, les décrochages, les limites et accidents du rituel et de la symbolique, objets eux-mêmes constitués de manière complexe et contingente dans l’histoire.
C’est à l’aide de ces deux mâchoires (d’un côté la frénésie du tout-lié, de l’autre une sensibilité aiguë à la lacune et à la discordance) que la maçonnerie du 19e siècle, réputée bavarde, rumine un vaste discours interprétatif, à la fois fervente adepte du sens et de l’unité, mais en même temps animée et surexcitée par l’esprit critique.

Carte philosophique et mathématique
L’œuvre est inspirée d’un « calendrier magique » de la Renaissance attribué, faussement, à Tycho Brahé (1546-1601). Elle fut dessinée et gravée en 1775 par un maçon versé dans les sciences occultes, le frère Duchanteau, au château de Schaerbeek, près de Bruxelles, et tirée par l’éditeur Louvois.
Dans cet exemple étonnant d’ « ésotérisme graphique », l’auteur veut illustrer deux idées majeures. Derrière les différentes religions, il existe une unique philosophia perennis, une tradition primordiale à laquelle l’étude de la kabbale et des symboles peut nous donner accès. Toutes les composantes de la création et de la vie sont liées par des liens subtils mais bien réels. D’où un vaste réseau d’analogies et de correspondances qui insuffle et entretient la dynamique qui anime et soutient le monde. Cette grande et complexe composition révèle donc les correspondances et les liens que la pensée hermético-kabbalistique croit pouvoir établir entre les constellations du zodiaque, les hiérarchies angéliques, les attributs divins de la kabbale, les sept cieux de l’Antiquité, les saisons, les parties du corps humain…
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Carte philosophique et mathématique
L’œuvre est inspirée d’un « calendrier magique » de la Renaissance attribué, faussement, à Tycho Brahé (1546-1601). Elle fut dessinée et gravée en 1 775 par un maçon versé dans les sciences occultes, le frère Duchanteau, au château de Schaerbeek, près de Bruxelles, et tirée par l’éditeur Louvois.
Dans cet exemple étonnant d’ « ésotérisme graphique », l’auteur veut illustrer deux idées majeures. Derrière les différentes religions, il existe une unique philosophia perennis, une tradition primordiale à laquelle l’étude de la kabbale et des symboles peut nous donner accès. Toutes les composantes de la création et de la vie sont liées par des liens subtils mais bien réels. D’où un vaste réseau d’analogies et de correspondances qui insuffle et entretient la dynamique qui anime et soutient le monde. Cette grande et complexe composition révèle donc les correspondances et les liens que la pensée hermético-kabbalistique croit pouvoir établir entre les constellations du zodiaque, les hiérarchies angéliques, les attributs divins de la kabbale, les sept cieux de l’Antiquité, les saisons, les parties du corps humain…
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De la fin du 18e siècle, elle hérite de vastes systèmes dont l’ambition – faire tout tenir et concorder dans une grille d’interprétation – va de pair avec une attention extrême portée aux emblèmes et à la symbolique. Ainsi, de Charles-François Dupuis (1742-1809), elle récupère le système d’interprétation des religions. Il s’agissait pour Dupuis, académicien et spécialiste de l’Antiquité dont l’heure de gloire sonna sous la Convention (Origine de tous les cultes ou Religion universelle, 1795), de décoder toutes les symboliques religieuses, le flambeau de la raison à la main, pour en livrer la clé unique : cette dernière consiste, d’après Dupuis, en une connaissance nullement surnaturelle, une science de la nature et de l’astronomie. Le savant, livrant au public à la fois le sens et le code des symboles religieux, entendait ainsi retrouver une science antique que les savants de la nuit des temps, c’est-à-dire les prêtres, avaient voilée pour mieux l’accaparer.

© Musée de la Franc‑maçonnerie
Ce que la maçonnerie emprunte au 19e siècle (et jusqu’au 20e siècle) de ce type de système, c’est surtout, outre une référence astronomique obsédante chez de nombreux auteurs, un rêve de science assis sur la maîtrise du langage symbolique. L’idée est qu’on sait, enfin, ce que veulent dire les symboles des religions : ils codent un discours scientifique sur la nature. Par là se développe la conception d’une franc-maçonnerie qui se distingue radicalement des religions (ces dernières étant vues comme des consommatrices équivoques du symbole, des productrices d’ignorants et de dupes) mais qui en même temps les transcende et les comprend toutes, par une pleine conscience de l’expression symbolique qu’elles mobilisent et du langage symbolique dans son universalité.
Ainsi, le maçon (et auteur maçonnique prolifique) Jean-Marie Ragon se montre complaisamment offusqué, dans la seconde moitié du 19e siècle, de ce que certaines églises catholiques ne soient pas correctement orientées : lui, maçon (mais non dévot ni croyant), sait comment et pourquoi on dispose les espaces sacrés, il est maître en orient et en symbolique, tandis que les prêtres modernes ne sont, dit-il, que des ignorants des symboles qu’ils prétendent manier.
Une superproduction de formes maçonniques
Le 19e siècle ouvre et met à vif toutes les grandes questions, laissant la voie libre aux réponses les plus diverses, de l’intériorisation du symbolisme aux théorisations de son effacement.
Le symbole et la symbolique sont donc des lieux de pouvoir et d’affrontement : non pas tant sur le détail de telle ou telle interprétation que sur la maîtrise même du code et sur la démonstration de cette connaissance. Autour de Ragon et au-delà, un vaste pan de la maçonnerie du 19e siècle se pense comme enseignante et formatrice des peuples (précisément parce qu’elle s’estime elle-même instruite de l’essentiel).
Ce n’est donc pas un hasard si l’antimaçonnisme fin de siècle ne se contente pas de dénoncer les liens de pouvoir tangibles ou supposés tels : ainsi c’est la « clef des symboles secrets de la franc-maçonnerie » que prétend révéler Léo Taxil (dans Les Sœurs maçonnes, 1886). Sous ce nom, il présente comme le code ultime et obscène des arrière-loges un texte par lui fabriqué en latin de cuisine, dont l’objectif, conformément à une solide tradition antimaçonnique, est d’ouvrir les yeux du lecteur sur le sens sexuel des symboliques de la nature.
Mais c’est aussi à l’intérieur de la maçonnerie que s’exercent des luttes de pouvoir, de prestige, d’influence. Quel rite fait le mieux valoir les symboles (ou encore, quel autre « dégoûte » les maçons sitôt qu’ils entrent) ? Quelle loge, quel frère les interprète avec le plus de talent ?… Quel manuel est le plus fiable (c’est aussi le siècle du boom des manuels) ?

© Musée de la Franc‑maçonnerie

Manuel maçonnique, ou Tuileur de tous les rites…
Le « Système des 33 degrés de l’écossisme ». Manuel maçonnique, ou Tuileur de tous les rites de maçonnerie pratiqués en France, dans lequel on trouve l’étymologie et l’interprétation des mots et des noms mystérieux de tous les grades qui composent les différens rites, précédé d’un Abrégé des règles de la prononciation de la langue hébraïque, dont presque tous les mots sont empruntés, et suivi du Calendrier lunaire des Hébreux, à l’usage des institutions maçonniques… par un vétéran de la maçonnerie par Claude-André Vuillaume
© Bibliothèque nationale de France
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C’est à qui, au sein de la maçonnerie, démolira le « système de grades » de son voisin, mais aussi reconstruira le sien propre, ou jouera les grades symboliques (les trois premiers) contre les hauts grades, ou inversement… L’auteur d’un tuileur (Delaulnaye, au début du 19e siècle) a pour maxime Risum teneatis (« On ne rit pas ! ») et pour occupation d’épouiller des documents maçonniques de leurs absurdités, pour un public de maçons. L’angoisse est grande concernant les incohérences, les tiraillements ou les franches éclipses du sens, ainsi que la prolifération des formes maçonniques, grades, rites, paramaçonneries et formes dérivées de toutes couleurs. Jean-Marie Ragon désigne comme des « superfétations » ces formes qu’il voit pulluller de tous côtés et qui à ses yeux outrepassent le raisonnable. Il en appelle quant à lui à une « orthodoxie ». Et pourtant, cette superproduction de formes maçonniques trouve encore un sens et une place à ses yeux : il en raffole et les collectionne pour lui-même, estimant que la forme maçonnique débridée teste efficacement la résistance ou la fragilité mentale des maçons, atteste (ou pas) si les intelligences peuvent résister au délire des décors, des titres et des affabulations, et pour finir permet de distinguer au sein du peuple des maçons entre « vrais initiés » et « maçons ignorants », ces derniers étant voués aux gémonies : la nef des fous-maçons (pour ainsi dire) sert en ultime ressort l’esprit de l’initiation.
Ragon, producteur d’une Orthodoxie maçonnique dont le titre dit bien l’intention dirigiste et normalisatrice, réalise du même coup ce qu’on pourrait appeler une « histoire des égarements de l’esprit maçonnique ». À travers le symbole et ses interprétations, se manifeste l’angoisse qu’éprouve la franc-maçonnerie à propos d’elle-même, au long du 19e siècle, siècle bavard, siècle de disputations et de crises. Si elle pose un rêve de science grandiose, archaïque, sur le modèle d’une Antiquité hiératique et fantasmatique, elle constate aussi que la science appartient désormais à tous : quel code symbolique, alors, pour quels type et contenu de connaissance et pour quel mode d’action, sur quel aspect de l’humain ? Dopant et faisant prospérer les hauts grades ou les petits systèmes hauts en couleurs, la franc-maçonnerie les combat aussi et alimente un questionnement non clos sur sa propre créativité en matière de formes, d’imaginaires et de pratiques, qu’aucune prise de position « orthodoxe » sur le délirant ou le sain, sur le débridé ou le rigoureux, sur le rationnel ou l’insensé (chacun étant sensé à ses propres yeux et tous produisant du sens avec la même énergie) ne résout évidemment.

Kabbale et franc-maçonnerie
Juif hongrois né à Tokay (1793- v. 1850) et émigré à Londres puis à Paris, David Rosenberg est présenté dans son dossier de police comme « un ancien rabbin allemand, fort savant en hébreu ». Franc-maçon très actif, il fréquente de nombreuses loges où il diffuse ses lithographies maçonnico-kabbalistiques et prononce des conférences sur la kabbale. Le Miroir de la Sagesse propose, pour la première fois, une équivalence appelée à un grand succès entre structure de la loge et arbre séfirotique.
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Les grades maçonniques, miroirs de la sagesse mystique
Cette planche a été lithographiée pour la première fois à Londres en 1813, à l’occasion de l’ « Acte d’union » entre la Grande Loge des Modernes et celle des Anciens. Le dessin est une reprise fidèle de l’eau-forte réalisée par Lambert de Lintot en 1789. On y distingue les emblèmes et symboles de différents hauts grades de la fin du 18e siècle.
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C’est aussi la fin du symbole que le 19e siècle pense frontalement : si la franc-maçonnerie maîtrise si bien les codes du symbole, pourquoi aurait-elle encore besoin de voiler les choses, et d’utiliser des signes qui par nature poussent à l’équivoque ou fonctionnent en activant les passions ? Au début du siècle, à travers son vaste poème d’Orphée, Pierre-Simon Ballanche (1776-1847) pense, du dedans de l’ésotérisme, la fin de l’ésotérisme, qu’il estime promise à l’humanité adulte. À travers la fiction et la mise en scène romanesque, les romans de George Sand Consuelo et La Comtesse de Rudolstadt (1842-1844) expriment excellemment la dialectique du romantisme social : un besoin d’éducation de l’humanité jusqu’au moment où… « le voile du temple sera déchiré pour jamais, et où la foule emportera d’assaut les sanctuaires de l’arche sainte. Alors les symboles disparaîtront » (La Comtesse de Rudolstadt). Ce « temps est proche », dit le personnage du roman qui porte cette prophétie. À la romancière (du reste nourrie de documentation maçonnique), il revient d’imaginer un rituel fictif, celui qu’elle fait vivre à Consuelo, où les initiés se partagent en deux camps, les uns dupes d’un symbolisme à leur taille (ambitions étroites, appétit de faste, interprétations limitées), les autres conscients de l’idée et du but historique : ici l’histoire et le contact émouvant de l’histoire prennent la place, comme centre et cœur du symbolisme, de l’emblème qui parle aux sens. Le fragment d’histoire humaine atroce (l’instrument de torture qui a servi, les débris de vrais cadavres que l’héroïne reçoit en plein visage) devient nouveau « symbole » vivant, par opposition aux « simulacres » (les symboles maçonniques, perçus négativement).
Ainsi, le 19e siècle ouvre et met à vif toutes les grandes questions, laissant la voie libre aux réponses les plus diverses, de l’intériorisation du symbolisme aux théorisations de son effacement.

L’encyclopédie maçonnique d’un militaire anglais saisie par l’armée française
Le Free-Mason’s Pocket Companion de William Smith, qui connut de très nombreuses éditions en Angleterre et en Écosse, était une version abrégée et bon marché des Constitutions d’Anderson. Cette encyclopédie maçonnique portative faisait partie des bagages d’un militaire britannique envoyé aux Pays-Bas dans le cadre de la guerre de Succession d’Autriche. Deux mois après Fontenoy, la prise de Gand (15 juillet 1745) concrétisait la domination française. Dans le butin, des livres, attribués à la Bibliothèque du roi, qui s’empressa de les revêtir de maroquin rouge et de les estampiller d’un fier « Pris sur les Anglois à Gand. 1745 ».
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