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Scène du « Tableau magique » dans Zémire et Azor de Grétry, 1771

Scène du « Tableau magique » dans Zémire et Azor de Grétry, 1771
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Cette gravure de François Voyez, d’après un dessin de Jacques Louis François Touzé, est inspirée d’une scène fameuse de Zémire et Azor, « comédie-ballet mêlée de chants et de danses » de Grétry, sur un livet de Marmontel (d’après le conte de La Belle et la Bête), créée au château de Fontainebleau, le 11 septembre 1771, à l’occasion des fiançailles de Marie-Antoinette et du Dauphin de France, puis donnée à la Comédie-Italienne le 16 décembre 1771, et reprise au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles à partir de juillet 1772. Cette œuvre « marque un point de non-retour dans ce que l’on pourrait considérer comme l’ascension de l’opéra-comique au sein de la hiérarchie des genres dramatiques de l’Ancien Régime », en raison de « sa forme inhabituelle en quatre actes », de l’importance donnée aux ballets et d’« un dispositif scénique ambitieux, imposant des décors multiples et des costumes raffinés » (Patrick Taieb et Judith le Blanc, « Merveilleux et réalisme dans Zémire et Azor : un échange entre Diderot et Grétry », Dix-Huitième Siècle, 2011, n° 43, p. 185).

La dimension féérique si prégnante dans Zémire et Azor avec la présence d’une Fée (elle a jeté un sort à Azor pour le rendre monstrueux, mais lui a conféré le don de « commander aux éléments ») et d’une troupe de génies et de fées – atteint son acmé au troisième acte avec la scène du « tableau magique » (III, 6). Dans un tableau (ici encadré par des colonnes corinthiennes ornées de guirlandes) qui se laisse découvrir derrière un rideau de gaze, les deux sœurs de Zémire et leur père chantent un trio de plaintes déchirantes (auxquelles l’héroïne ne peut répondre), soutenu par un ensemble d’instruments à vent placés dans la coulisse. Alarmée par l’état de santé de son père (Sander), Zémire touche finalement l’image et provoque sa disparition. Elle obtient d’Azor la permission de partir retrouver les siens, à condition qu’elle revienne avant le coucher du soleil (III, 7). Azor lui remet un anneau magique : il lui suffira de l’ôter pour qu’elle soit à nouveau auprès de lui, si elle le désire. Le troisième acte s’achève sur le spectacle du char volant qui conduit Zémire près de sa famille. La gravure de François Voyez parvient à rendre la dimension pathétique du tableau magique, qui à la fois recrée, aux yeux de Zémire, l’image familiale chérie – avec une place centrale occupée par le père, tendant désespérément les mains en avant, comme s’il voulait saisir le souvenir de sa fille – et la tient irrémédiablement à distance (l’héroïne, pure spectatrice d’une telle peine, ne peut apporter le moindre réconfort). ILD

Mots-clés

  • 18e siècle
  • Théâtre

Bibliothèque nationale de France

  • Date
    1771 pour Zémire et Azor d’André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813)
  • Lieu
    Paris, imprimé par J. B. Dute[rtre]
  • Auteur(es)
    Gravure de François Voyez (1746-1805) d’après un dessin de Jacques Louis François Touzé (1747-1807)
  • Description technique
    Gravure à l'eau-forte et au burin, 44,2 x 31,7 cm
  • Provenance

    BnF, département des Estampes et de la photographie, RESERVE QB-370 (1)-FT 4

  • Lien permanent
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