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François Chauveau, Frontispice pour L’Illusion comique de Pierre Corneille, 1660

François Chauveau, Frontispice pour L’Illusion comique de Pierre Corneille, 1660
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L'Illusion comique est une pièce exceptionnelle en ce qu’elle commence comme un spectacle à machine (un magicien prétend faire apparaître au père qui a perdu la trace de son fils des visions de son destin), se continue comme une comédie (avec une dimension de roman picaresque), vire ensuite à la tragi-comédie, puis à la tragédie, avant que ne soit révélé que le fils était devenu comédien, et qu’il s'agissait de la pièce qu’il était en train de jouer... mais depuis quand ? Donc, se mêlent ici toutes les tonalités théâtrales, plus un jeu sur l’illusion, par le biais du théâtre dans le théâtre. Corneille lui-même en parle comme d’un « étrange monstre », d’une « galanterie extravagante ».

ALCANDRE
« Cessez de vous en plaindre. À présent le théâtre
Est en un point si haut que chacun l’idolâtre,
Et ce que votre temps voyait avec mépris
Est aujourd’hui l’amour de tous les bons esprits,
L’entretien de Paris, le souhait des provinces,
Le divertissement le plus doux de nos princes,
Les délices du peuple, et le plaisir des grands :
Il tient le premier rang parmi leurs passe-temps ;
Et ceux dont nous voyons la sagesse profonde
Par ses illustres soins conserver tout le monde,
Trouvent dans les douceurs d’un spectacle si beau
De quoi se délasser d’un si pesant fardeau.
Même notre grand roi, ce foudre de la guerre,
Dont le nom se fait craindre aux deux bouts de la terre,
Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois
Prêter l’œil et l’oreille au théâtre-François :
C’est là que le Parnasse étale ses merveilles ;
Les plus rares esprits lui consacrent leurs veilles ;
Et tous ceux qu’Apollon voit d’un meilleur regard
De leurs doctes travaux lui donnent quelque part.
D’ailleurs, si par les biens on prise les personnes,
Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes ;
Et votre fils rencontre en un métier si doux
Plus d’accommodement qu’il n’eût trouvé chez vous.
Défaites-vous enfin de cette erreur commune,
Et ne vous plaignez plus de sa bonne fortune. »
L'Illusion comique, acte V, scène 5

Bibliothèque nationale de France

  • Date
    Dans Le Théâtre de P. Corneille, reveu et corrigé par l'autheur, volume 1/3, 1660
  • Lieu
    À Paris, chez A. Courbé et G. de Luyne
  • Auteur(es)
    Gravure de François Chauveau
  • Provenance

    BnF, département des Arts du spectacle, RESERVE 8-RF-1701 (1)

  • Lien permanent
    ark:/12148/mmdnsxw4fqct1