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Église St-Maclou. Portail principal, planche XI

Album Principaux monuments de Rouen par Bisso
Église St-Maclou. Portail principal, planche XI
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« On est effrayé, par exemple, à la vue de ces portails, et surtout de cette façade occidentale, dont le développement, les décorations, la variété, dans les deux magnifiques tours qui la couronnent, présentent à l’œil quelque chose d’inimaginable pour ceux qui ne l’ont point vue ; mais il est besoin de passer rapidement : il faudrait des volumes pour analyser un pareil chef-d’œuvre d’architecture, de sculpture et d’ornementation. Ne prenons donc l’église qu’à vol d’oiseau et n’en signalons en passant que les principaux traits." L’écrivain Paul Nibelle tenait dans La Lumière une chronique sur les grands monuments de l’architecture qui était une invite à les photographier : "Il est des tâches qu’on ne saurait entreprendre, et la description de la cathédrale de Rouen, de ses admirables bas-reliefs, de ses colonnettes, de ses clochetons, de ses sculptures, de ses arcades, de ses innombrables ogives, etc., est de ce nombre. Je n’ai voulu qu’en esquisser l’histoire à grands traits ; c’est à la photographie à nous en donner les détails. »
La cathédrale, qui avait perdu sa flèche de la Renaissance lors d’un coup de foudre en 1822, était en cours de restauration par l’architecte Alavoine, qui avait conçu une flèche gothique dans le goût de celle de la cathédrale de Salisbury. « Cet audacieux travail fut couronné d’un plein succès, et la charpente, tout en fer coulé depuis le sommet jusqu’à la base, fut dressée de manière à défier les coups de foudre. » La cathédrale, sujet d’actualité, fut donc incluse dans le programme des frères Bisson pour leurs plus beaux types d’architecture et de sculpture. Vingt-deux photographies de Rouen en furent rapportées, répertoriées dans l’encart publicitaire de leur production contenu dans le numéro du 14 décembre 1856 de L’Artiste. On en rassembla quinze vues, la cathédrale, l’église Saint-Ouen, l’église Saint-Maclou et le palais de justice, dans un album dont la reliure de J. Bovelé, un relieur peu connu, est frappée du chiffre de Napoléon III. Le lui avait-on offert ? On ne remarque aucune estampille d’une bibliothèque impériale ou d’une bibliothèque privée des souverains comme celle de la bibliothèque de l’impératrice que l’on trouve dans la Galerie historique du règne de Napoléon III. Sébastopol de Méhédin.
Cet album constitue un ensemble exceptionnel car on n’en connaît pas d’autre qui rassemble en suite les photographies d’architecture des frères Bisson parues en livraisons, exprès dépareillées pour fidéliser la clientèle. Il y a bien les douze photographies de la Monographie de Notre-Dame-de-Paris des architectes Lassus et Viollet-le-Duc mais, mêlées à des gravures pour un livre d’architectes, elles prennent un ton de constat qu’elles n’ont pas ici. On avait pour Rouen une suite d’artiste.
Le photographe embrassait le portail occidental de la cathédrale en vue plongeante prise de la tour du beffroi puis, abaissant son regard, il le fixait sur la porte principale et, de ce point, l’élevait peu à peu vers son couronnement, fouillant la dentelle du gable et de la rosace, pour s’arrêter brutalement à la base de la tour. Un gros plan ornemental cadré sur l’alternance des gables et de la rosace, enchevêtrant les lignes et les valeurs d’ombre et de lumière, aboutissait à une vue abstraite époustouflante au portail septentrional vu des libraires. À Saint-Ouen, c’est l’étonnante ligne des multiples clochers se détachant sur un ciel devenu blanc qui l’avait intéressé. À Saint-Maclou, la prise de vue du portail principal depuis une rue sombre et étroite faisait apparaître l’église dans une lumière sainte, tel le tabernacle de la cité. Et le photographe n’avait pas hésité à pénétrer à l’intérieur des nefs alors que le manque de lumière l’obligeait à un véritable tour de force technique. Une colonne penchée qui l’avait attiré prés de l’escalier des orgues de Saint-Maclou détruisait l’équilibre classique de la composition, mais le photographe avait gardé la vue. Le regard était moderne. C’était sans doute celui du plus jeune des frères, Auguste-Rosalie.
On aimerait qu’il ait offert cet album à l’empereur.
M.-C. S.-G.

© Biliothèque nationale de France

  • Date
    vers 1855-1856
  • Auteur(es)
    Auguste-Rosalie Bisson (1826-1900)
  • Description technique
    [1] f.-[15] f. de pl. 15 photographies sur papier albuminé d’après négatif sur verre au collodion précédées d’une table manuscrite
    Signature : timbre humide noir « Bisson frères » sur le montage en bas à droite de l’image
    Reliure de J. Bovelé, 7 rue Guénégaud, Paris. Chagrin violet, encadrements de filets à froid et dorés, coins ornés, le plat supérieur frappé au centre du monogramme couronné de l’empereur « LNL » entrelacés. Titre au dos. Gardes en moire blanche
  • Provenance

    Acquisition 11 648, ancienne collection Gilles
    Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie, Ve 1510 folio Réserve

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm408200046q