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« Le rouleau de la manche » (Sode no maki)

« Le rouleau de la manche » (Sode no maki)
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Torii Kiyonaga (1752-1815), le grand portraitiste des courtisanes de la fin du 18e siècle, a réalisé avec cette série de douze planches de format très étroit (hashira-e), probablement montées à l’origine en rouleau, le chef-d’œuvre incontestable de la gravure érotique japonaise. L’idée lui en fut peut-être inspirée par la série très similaire de Shimokôbe Shûsui, ou par des peintures sur rouleau horizontal du même genre, comme celle de Tsukioka Settei (1710-1786) intitulée Les Six Rivières de joyaux (Mutamagawa) réalisée vers 1780 (coll. Gerhard Pulverer, Cologne).
Cet ensemble présente une préface, absente de cet exemplaire, dans laquelle figure l’expression « Rouleau de la manche » (Sode mo maki) qui lui vaut son titre. Cette formule évoque ces petits rouleaux peints qui pouvaient être glissés dans la manche du kimono, qui fait office de poche. Le choix de ce format utilisé de manière horizontale pour représenter les ébats amoureux d’une douzaine de couples, et le cadrage très serré sur les personnages, qui coupe une partie des motifs, sont d’une modernité surprenante. Le dessin, très épuré, fait abstraction de tout élément superflu. Kiyonaga dépeint des femmes d’âge et de classes différentes dans des situations variées, reconnaissables à leurs attributs ou à leurs parures : des femmes mariées aux dents noircies selon la coutume (2e et 5e image en partant du haut), une femme portant le capuchon traditionnel (tsunokakushi) pour aller faire ses dévotions au temple (3e image), une jeune paysanne du village d’Ôhara (à proximité de Kyôto) avec son fagot de bois noirci au feu et ses sandales de paille (4e image), un couple d’âge mûr repu de plaisir (6e image), des courtisanes (10e image), un jeune couple qui interrompt une leçon de calligraphie (8e image), une jeune fille (9e image), une femme enceinte (11e image).

L’artiste met aussi en scène des personnages historiques, avec la première planche où sont figurés le jeune guerrier Minamoto no Yoshitsune (dit « Ushiwakamaru » ) et son amante jôrurihime, dont les aventures galantes furent célébrées par la littérature depuis le Moyen Âge (1re image). La dernière estampe représente en gros plan dans des cercles, comme vus à travers une lorgnette, trois types de vulves (tsubi ou littéralement « ouverture » d’après le sinogramme). Soit, de droite à gauche, la « nouvelle fente en forme de petit pain rond » (ou manjû, terme argotique pour le sexe d’une fille pubère), la « fente du Paradis suprême » et la « fente lubrique ». Ce type de représentation en gros plan ne sera pas sans influencer un artiste comme Utamaro dans son Ehon kiku no tsuyu (« Livre érotique : la rosée sur les chrysanthèmes »), album publié vers 1794-1795, mais qui fut daté de 1786 pour échapper à la censure. Notons enfin qu’un fac-similé xylographique de cette série à succès fut réalisé à l’époque de Taishô (1912-1925). (C. M.)

© Bibliothèque nationale de France

  • Date
    Vers 1785
  • Auteur(es)
    Kiyonaga Torii (1752-1815)
  • Description technique
    Sans signature
    Nishiki-e, format hashira-e, environ 125 x 677-700 mm
  • Provenance

    BnF, département des Estampes et de la Photographie, RESERVE DE-5

  • Lien permanent
    ark:/12148/mm314200091w