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Langues et écritures

Histoire du pêcheur Urashima Tarô
Histoire du pêcheur Urashima Tarô

© Bibliothèque nationale de France

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Si le nom d’une langue peut désigner également le nom du système d’écriture qui sert à la noter, il ne faut pas assimiler systématiquement les deux. Une même écriture peut noter des langues diverses, parfois très différentes les unes des autres.

La divergence entre langue et écriture

Après avoir ignoré l’écriture, les Hellènes sont descendus du Nord pour s’établir dès le IIe millénaire av. J.-C. dans l’actuelle région des Balkans. Ils ont alors emprunté dans un premier temps un système d’écriture syllabique d’origine crétoise dit linéaire B, peu pratique pour transcrire leur langue. Ils ont ensuite découvert l’écriture des marchands phéniciens, qu’ils ont adoptée et adaptée pour pouvoir transcrire les nombreuses voyelles de la langue grecque, inconnues des langues sémitiques. Ainsi, la consonne aleph de l’alphabet sémitique est devenue la voyelle alpha.

De la même manière, les Vietnamiens, à l’instar des Japonais, ont adopté l’écriture chinoise et l’ont modifiée. Ils ont ensuite utilisé l’alphabet latin introduit par Alexandre de Rhodes.

L’alphabet arabe sert quant à lui à écrire la langue arabe, mais aussi le persan, l’ourdou, le malais. Des langues qui ont déjà un alphabet peuvent être transcrites dans un autre : les caractères hébraïques ont ainsi parfois servi à noter l’arabe, le berbère, l’espagnol, l’italien, l’allemand, le persan.

L’écriture précipite la langue.

Pascal Quignard

Choix et changements de systèmes d’écritures

Les conflits ou les diverses colonisations ont parfois imposé un système d’écriture à un peuple. En Amérique du Nord, certaines langues non écrites ont été consignées en alphabet latin par les missionnaires ; ces transcriptions plus ou moins phonétiques ont contribué à l’extinction de ces langues, à l’exception de la langue cree dont la transcription est restée assez fidèle à la structure linguistique.

Le passage d’une écriture à une autre peut s’effectuer sans violence lorsque des peuples adoptent successivement les écritures qu’ils rencontrent au cours de leur longue migration. C’est ainsi que les langues turques ont été successivement notées avec les caractères chinois pour les textes prototurcs du 4e siècle, des signes runiformes vers les 6e-8e siècles, grâce aussi à l’alphabet ouïgour issu du sogdien ou à l’écriture tibétaine, puis, lors de l’islamisation des 9e-10e siècles, par les caractères arabes aménagés ; ils ont adopté enfin les caractères latins au début du siècle pour le turc de Turquie, tandis qu’un grand nombre de peuples turcs d’Asie centrale durent utiliser les caractères cyrilliques.

Recueil de poésies turques
Recueil de poésies turques |

© Bibliothèque nationale de France

Si l’écriture s’adapte au génie d’une langue, elle l’influence aussi. En permettant de cerner la pensée, elle la fait évoluer. Ce rapport complexe entre langue et écriture fait toute la difficulté de la traduction.

Provenance

Cet article provient du site L'aventure des écritures (2002)

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