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Quels textes imprime-t-on au 15e siècle ?

Historia naturalis. Venetiis
Historia naturalis. Venetiis

© Bibliothèque nationale de France

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L'imprimerie va tenter de répondre à la demande de textes, diffuser d'abord des textes connus depuis l'Antiquité. Mais elle va permettre que se développe une édition de textes originaux, souvent en langue vulgaire et non plus en latin. Ouvrages pédagogiques, livres de prières, petits opuscules vont fleurir en nombre mais aussi quelques ouvrages d'exceptions présentés au roi par de grands libraires.

Quels textes imprime-t-on ?

Historia naturalis Venetiis
Historia naturalis Venetiis |

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Toute nouvelle technologie permet à la fois la sauvegarde d’un corpus antérieur, le tri entre des œuvres qui passent d’un support à un autre (ici, du manuscrit à l’imprimé) et d’autres qui ne bénéficent pas de ce transfert et se trouvent peu à peu rejetées dans l’oubli, et l’apparition de nouvelles œuvres. Des milliers de textes manuscrits ne connaîtront pas de nouvelle diffusion, car ils ne seront jamais – ou seulement très tard – livrés à l’impression, alors que d’autres, jusqu’alors peu diffusés, deviendront de véritables « best-sellers » avec l’imprimerie. D’autres enfin jettent leurs derniers feux à la fin du 15e et au début du 16e siècle, alors que leur gloire déclinante est comme épuisée par quelques éditions incunables, qui suffisent à assécher le marché pour des décennies voire des siècles. Quarante-quatre éditions entre 1459 et 1500 du copieux Rationale divinorum officiorum de Guillaume Durand, évêque de Mende au 13e siècle, traité déjà riche d’une longue tradition manuscrite, seront encore suivies de cinquante-trois au 16e siècle, mais seulement de huit au 17e siècle. Enfin, de nouveaux auteurs, contemporains de l’imprimerie, prennent assez rapidement la mesure de l’intérêt de ce nouveau mode de diffusion : l’humanisme est en marche.

L'imprimerie va tenter de répondre à la demande de textes, diffuser d'abord des textes connus depuis l'Antiquité. Mais elle va permettre que se développe une édition de textes originaux, souvent en langue vulgaire et non plus en latin. Ouvrages pédagogiques, livres de prières, petits opuscules vont fleurir en nombre mais aussi quelques ouvrages d'exceptions présentés au roi par de grands libraires.

Édition princeps et édition originale

Satires
Satires |

© Bibliothèque nationale de France

L’édition princeps est la première édition imprimée d’un texte dont la rédaction remonte souvent à plusieurs siècles : toute la littérature de l’Antiquité classique, grecque ou latine, et du Moyen Âge depuis saint Augustin jusqu’aux scolastiques et à la devotio moderna ou aux recueils juridiques… Une œuvre de Cicéron, d’Aristote ou d’Euclide ne peut faire l’objet que d’une édition princeps. Quant à l’édition originale, c’est la première édition d’un texte du vivant de son auteur. Bernhard von Breydenbach (1454-1497) et son fameux Voyage en Terre Sainte réalisé en 1483 et imprimé à Mayence dès 1486, accompagné de spectaculaires vues de villes, Sebastian Brant (1458-1521), auteur d’une célèbre Nef des fous (Das Narrenschiff, Bâle, 1497, illustré par Albrecht Dürer), ou Josse Bade (1462-1535), éditeur et imprimeur humaniste, auteur d’une Nef des folles (Paris, 1500), sont parmi les premiers à pouvoir conjuguer une mise en page déterminée avec la « mise en texte » de leur édition originale au temps des incunables.

Le développement de l'édition universitaire à Paris

Rhetorica
Rhetorica |

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Le premier livre imprimé dans le royaume de France – excluant bien entendu Strasbourg, alors en terre d’Empire – est aujourd’hui connu à moins d’une quinzaine d’exemplaires, dont plusieurs comportent un encadrement peint à la main et des lettres ornées dans le style parisien. Composé de 118 feuillets de vingt-deux lignes à la page, à longues lignes laissant des marges blanches assez larges, l’ouvrage ne comporte ni foliotation ni titres courants. Il est imprimé sur un papier petit in-quarto inhabituellement fort et épais. Son aspect particulier est dû au choix d’un caractère romain rond d’assez gros corps, très lisible et fort différent de la lettre de forme gothique en usage à Paris et dans l’Université : même les ligatures de lettres et les abréviations se résolvent sans difficulté. Originaire de Constance (Bade-Wurtemberg), Ulrich Gering est l’un des trois imprimeurs d’origine germanique, avec Michael Friburger et Martin Cranz, venus introduire l’art de l’imprimerie en France, à l’appel de deux membres du collège de Sorbonne, Guillaume Fichet et Jean Heynlin. Ils créent alors l’atelier de la Sorbonne et leur choix, pour le premier ouvrage sorti de leur atelier, est celui de l’édition princeps d’un modèle d’art épistolaire rédigé en latin par un humaniste italien, Gasparin de Bergame ou Gasparino Barzizza (vers 1370 - 1431), et de caractères romains inspirés de ceux de Subiaco et de Rome.
Le livre s'achève sur un fier colophon de huit vers latins, dont voici la traduction :
« De même que le soleil répand partout la lumière, ainsi Paris, capitale du royaume et nourricière des Muses, tu verses la science sur le monde. Reçois donc en récompense cet art d’écrire presque divin qu’inventa l’Allemagne. Voici les premiers livres produits par cette industrie sur la terre de France et dans tes propres murs. Les maîtres Michel, Ulrich et Martin les ont imprimés et ils en feront d’autres. »

Miroir de la rédemption de l’humain lignage. Le Mirouer de la redemption de l’umain lignage ou Speculum humanae salvationis
Miroir de la rédemption de l’humain lignage. Le Mirouer de la redemption de l’umain lignage ou Speculum humanae salvationis |

© Bibliothèque nationale de France

Il s’agit clairement de dresser un programme pédagogique et non de répondre à des besoins commerciaux : les deux promoteurs établissent eux-mêmes les textes qu’ils font imprimer, qu’il s’agisse d’œuvres humanistes (les Elegantiæ de Lorenzo Valla ou la Rhétorique de Guillaume Fichet) ou de classiques de l’Antiquité latine comme Cicéron, Salluste, Valère Maxime, Perse ou Juvénal.
Vingt-deux éditions voient le jour dans l’atelier de la Sorbonne de 1470 à 1472, avant le départ de Fichet pour l’Italie et le déménagement de l’atelier dans la toute proche rue Saint-Jacques – qui devient ainsi, pour cinq siècles, le lieu de l’édition universitaire et scolaire. L’adoption d’une enseigne, « au Soleil d’or », marque l’entrée de l’atelier dans le monde des réalités commerciales de la rue Saint-Jacques, où il est rejoint dès 1473 par des ateliers concurrents. En tout, les trois imprimeurs allemands associés sont responsables jusqu’en 1478 de 53 éditions conservées, avant le départ de Crantz et de Friburger. Ulrich Gering reste à Paris et continue à y publier, seul ou en association, jusqu’en 1508.

Page de titre avec marque typographique
Page de titre avec marque typographique |

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Après les ateliers du « Soufflet vert », bien des officines parisiennes prospèrent auprès de la soixantaine de collèges du quartier de l’Université et y trouvent un public de proximité : Félix Baligault, Antoine Denidel, Étienne Jehannot, Guy Marchant, Antoine Caillaut et plusieurs autres se spécialisent parfois exclusivement dans la production de brèves plaquettes, de manuels élémentaires et de courts extraits d’auteurs classiques (Cicéron, Ovide, Aristote représenté par des condensés de sa philosophie) ou de philosophie scolastique et de théologie morale (des textes attribués, souvent à tort, à saint Augustin ou à Jean Gerson). Tout ceci est destiné à un public captif, celui des étudiants ès arts, perpétuant un enseignement médiéval fondé sur le ressassement et l’argumentation (disputatio) plus que sur une réflexion originale.

Les livres d’heures : une spécialité parisienne

Les livres d’heures, ouvrages de dévotion destinés à un usage privé, connurent plus de 500 éditions différentes entre 1470 et 1500. Assez vite, cela devint une spécialité parisienne entre les mains d’une dizaine d’imprimeurs-libraires publiant des éditions, soit générales au monde catholique (heures à l’usage de Rome), soit adaptées par leur calendrier et l’ajout de quelques saints locaux à l’usage de dizaines de diocèses différents, de France ou de l’étranger. Paris, héritier d’une florissante tradition de copies manuscrites et illustrées, démontre rapidement un savoir-faire inégalable dans la production semi-industrielle de ces livres de petit format largement illustrés. C’est grâce à une habileté rapidement reconnue dans leur illustration, mêlant parfois bois gravés (pour les illustrations de petite taille ou pour les bordures formant encadrement) et illustrations sur métal à fond criblé (pour des grandes scènes récurrentes : Annonciation, Visitation, Crucifixion, Bethsabée au bain, homme anatomique…), que Paris devient le principal acteur de ce marché, permettant à des imprimeurs comme Philippe Pigouchet, Ulrich Gering et Berthold Rembolt ou Thielmann Kerver de multiplier les éditions pour des libraires importants comme Antoine Vérard, les frères Enguilbert, Jean et Geoffroy de Marnef ou Simon Vostre.

Les plaquettes « gothiques »

Recueil Trepperel : Le Grant Voiage et Pelerinage de saincte Caquette et autres pièces
Recueil Trepperel : Le Grant Voiage et Pelerinage de saincte Caquette et autres pièces |

© Bibliothèque nationale de France

Le développement de l'imprimerie voit fleurir quantité d’éditions bon marché en français. Ces minces brochures, appelées au 19e siècle « plaquettes gothiques », ont un format réduit (in-4° ou parfois in-8°), et sont le plus souvent en vers, qu’il s’agisse de farces, de soties et facéties, complaintes, doctrinaux, « dits » ou débats, mais aussi d'abrégés de romans de chevalerie ou de vies de saints que les fidèles se procurent à l’occasion d’un pèlerinage. Elles constituent un marché peu coûteux à fabriquer et d’écoulement facile. C’est le cas des six feuillets de la Vie de sainte Geneviève – ou plutôt La vie ma dame saincte geneuiefue –, que l’on peut dater avant le 22 décembre 1493 d’après l’état de la marque de l’imprimeur, le Parisien Jean Trepperel, à qui sa veuve succède en 1511, et qui était l’un des plus actifs imprimeurs spécialisés dans ce domaine des éditions à diffusion populaire. Geneviève, devenue à la fois la protectrice de la ville de Paris et de la dynastie royale, faisait l’objet d’une grande dévotion qui alla s’accentuant avec le rayonnement de la capitale.
De tels opuscules sont parfois ornés de quelques bois gravés rarement conçus pour s’adapter au texte qu’ils viennent égayer. Très souvent dépourvus de date et de nom d’imprimeur, ils offrent un aspect codifié remarquablement stable des années 1490 aux années 1530 : de format modeste, en langue vernaculaire (français), ils sont imprimés avec des caractères « bâtards », ni gothiques ni romains. Lus jusqu’à tomber en lambeaux, ces ouvrages populaires ont été victimes de leur succès puis d’une longue désaffection : bien des éditions ne sont plus connues que par un seul exemplaire, et sans doute nombre d’autres ont totalement disparu.

Occasionnels et propagande : les débuts de l’information

Prise et Réduction de Naples et autres fortes places
Prise et Réduction de Naples et autres fortes places |

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En France, ce sont les guerres d’Italie (1494-1559) qui ont suscité la première floraison de pièces d’actualité que l’on nomme « occasionnels », apportant à un vaste public les dernières nouvelles – à une époque où ni la presse périodique ni le journalisme n’existaient. Ces petites publications où se mêlent information, récit aventureux et propagande royale sont largement diffusées à partir de Lyon, la première ville sur le chemin de l’Italie, de Paris ou de Rouen. Ainsi le Traicté de la paix faicte entre le Treschrestien Roy de france et le Roy dangleterre donne en six feuillets le texte du traité conclu à Étaples, le 3 novembre 1492, entre le roi de France Charles VIII (1470-1498) et Henri VII d’Angleterre (1483-1509) et est suivi de la mention de sa proclamation à Rouen. L’exemplaire provient d’un recueil factice composé de dix occasionnels concernant les guerres d’Italie, qui a dû être anciennement constitué en Normandie. L’impression est attribuable à Jacques Le Forestier, de Rouen, après le 2 janvier 1493.
Situé à la frontière ténue entre astronomie et astrologie, entre occasionnel et propagande, cet autre opuscule de six feuillets intitulé La Prophécie, vision et révélation divine de la prospérité et victoire du trescrestien roy de France Charles VIII est signé d’un certain Jean Michel, qui s’intitule lui-même « très pauvre et humble mendiant », mais que l’on a parfois identifié avec le médecin personnel du roi Charles VIII. Sans doute contemporain des premières victoires du roi de France en Italie, vers 1495, le texte lui promet un destin éclatant. L’imprimeur n’a pas jugé bon de signer une publication considérée alors comme mineure, mais aujourd’hui recherchée car rarissime. L’atelier, certainement lyonnais, d’où est issue cette prophétie, est difficile à identifier. Il s'agit peut-être de Matthias Huss, éditeur d’origine wurtembourgeoise en activité à Lyon entre 1482 et 1500. L’exemplaire, unique, provient de la riche bibliothèque de Jean-Pierre Imbert Chastre de Cangé, acquise en bloc par la Bibliothèque du Roi en 1733.

À côté de ces éditions éphémères, de ces fascicules largement diffusés, existaient aussi des éditions rares. De livres d'exception.

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