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Diffusion et traduction des Évangiles

De la Trinité aux « Trois Majestés »
De la Trinité aux « Trois Majestés »

© Bibliothèque nationale de France

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Au contraire du judaïsme, le christianisme, comme l’islam, est une religion prosélyte : elle cherche à accroître le nombre de ses fidèles par la conversion. À ce titre, la question de la diffusion et de la traduction des textes est un enjeu essentiel.

La fidélité des copistes

Sans la scrupuleuse fidélité des copistes, le texte de la Bible n’aurait jamais franchi les millénaires qui le séparent aujourd’hui de son commencement. Les textes originaux de la Bible nous demeureront sans doute à jamais inaccessibles : ne sont disponibles que des copies de copies renvoyant à une longue et parfois souterraine aventure de transmission aux acteurs innombrables et souvent anonymes.

Saint Grégoire dictant à ses scribes
Saint Grégoire dictant à ses scribes |

Bibliothèque nationale de France

Mais les découvertes archéologiques effectuées depuis le 19e siècle attestent toutes de l’extraordinaire précision qui a présidé à la transcription des textes à partir de la fin du 2e siècle. Transmis sous forme de rouleaux de papyrus, de manuscrits de parchemin ou de livres imprimés sur papier, déployé sur des dizaines de petits volumes ou rassemblé dans un livre unique, consigné au 11e siècle dans des manuscrits de taille gigantesque ou accessible en format de poche au 13e siècle, par-delà les métamorphoses qui affectent sa mise en page au fil des époques et des usages, le texte biblique varie peu ; émouvant témoignage de la passion du texte qui anime des générations de copistes ouvrant dans le silence du scriptorium à l’ombre des cathédrales puis à partir du 13e siècle dans le sillage des universités naissantes, fatiguant leurs yeux et brisant leur dos dans l’accomplissement d’une fonction sacrée dont les évangélistes constituent le modèle inspiré.

Guillaume des Ursins et son copiste-enlumineur
Guillaume des Ursins et son copiste-enlumineur |

© Bibliothèque nationale de France

Alcuin, dit-on, avait fait graver aux portes de son scriptorium cette inscription : « C’est une noble tâche que de copier des livres sacrés et le scribe ne manquera pas sa récompense. Il est préférable d’écrire des livres que de planter des vignes ; celui-là entretient son ventre, celui-ci son âme. » (Alcuin, Carmina, éd. Ernst Dümmler, 1881.)

Les traductions en langues nationales : un enjeu fort

La traduction de la Bible latine représente un enjeu essentiel pour l’accès des fidèles à l’intelligence du texte : ce sera l’œuvre des humanistes européens à la fin du 15e siècle et l’emblème de la Réforme au début du siècle suivant. Les nouvelles traductions ont pour modèle, non plus la Vulgate latine, mais les anciens textes hébreu et grec redécouverts avec jubilation.

Une étape vers la traduction en français
Une étape vers la traduction en français |

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En France, la traduction en langue vernaculaire constitue un terrain d’affrontement déchirant entre catholiques et protestants. Du côté catholique, Jacques Lefèvre d’Étaples (vers 1455-1536), un érudit appartenant au cercle d’Érasme, fait paraître de manière anonyme en 1523 à Paris une traduction du Nouveau Testament et en 1530 une Bible complète. Du côté protestant, Pierre Robert Olivetan (vers 1506-1538) publie à Neuchâtel (Suisse) en 1535 sa version de la Bible directement traduite à partir de l’hébreu et du grec. Ces traductions avaient été précédées au 13e siècle, sous l’impulsion de saint Louis, d’une première entreprise, associant, au sein de l’Université, différents traducteurs dans la rédaction d’un texte en français qui entremêlait encore au texte biblique gloses et paraphrases.

Au Proche-Orient, la traduction de la Bible dans des langues comme l’arménien, le géorgien, l’albanien, implique la création d’alphabets. En Europe orientale, au 4e siècle, la traduction de la Bible en langue gothique, réalisée par l’évêque Ulfila et copiée en caractères grecs, est le plus ancien témoignage littéraire dans une langue germanique. Au 9e siècle, en Moravie, deux frères, Cyrille et Méthode, fixent en vieux slavon leur traduction de la Bible grâce à l’invention des caractères cyrilliques. Pour le copte ou le syriaque, langues munies plus anciennement d’une écriture, les traductions remontent aux premiers siècles ; quant à l’arabe, dont la langue et l’écriture s’affermissent avec la révélation coranique au 7e siècle, il est aussi utilisé pour noter des traductions de textes bibliques, suivi plus tard par le persan et le turc ottoman.

Imprimerie, humanisme, Réforme. Les bouleversements de la modernité

À la fin du 15e siècle, le statut du texte sacré change profondément. Avec la réalisation de Gutenberg en 1455, la Bible devient un objet commercial dont l’exclusivité échappe à l’Église. Avec le développement de l’humanisme et le retour aux textes originaux hébreu et grec qui le caractérise, elle devient objet d’étude et de critique. L’impulsion donnée par Luther, à partir des années 1520, aux traductions en langues nationales en fait un objet accessible à tous sans l’intermédiaire du clergé, inscrit désormais dans la vie quotidienne d’un public innombrable. La mise au ban par le pape de la traduction de Luther la transforme en objet de combat autour duquel catholiques et protestants se déchirent. La nouvelle Bible traduite à partir du grec et de l’hébreu fait figure, dans les pays du Nord de l’Europe, d’emblème même de la Réforme tandis que la tradition catholique maintient la version latine de saint Jérôme dont le concile de Trente confirme en 1546 la suprématie.

Incipit de la Génèse
Incipit de la Génèse |

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Évangile selon saint Matthieu
Évangile selon saint Matthieu |

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Instruments du culte
Instruments du culte |

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Biblia sacra Vulgatae editionis
Biblia sacra Vulgatae editionis |

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La diffusion planétaire

L’imprimerie n’a fait qu’accélérer une diffusion planétaire de la Bible dont l’impulsion, bien antérieure, est liée à la propagation du christianisme à partir de son berceau vers les quatre coins de la terre : témoin, l’estampage de la stèle de Xian, en Chine, qui atteste l’existence d’une présence chrétienne aventurée très avant vers l’est dès le 8e siècle.

À partir du 16e siècle, le souci de l’Église de Rome de rendre disponibles aux chrétiens d’Orient les Saintes Écritures, très présentes au cœur de leur liturgie, la conduit à favoriser des traductions en arabe ; puis, le désir des missionnaires chrétiens de mettre la Bible à la disposition des peuples qu’ils voulaient évangéliser est à l’origine d’une multitude de traductions en langues non européennes et contribue à doter certaines d’une langue écrite. Cette extraordinaire dynamique garde toute sa vigueur au long des siècles ; aujourd’hui, l’œuvre de traduction et de diffusion se poursuit à travers l’utilisation des nouvelles technologies. La Bible reste le texte le plus traduit dans le monde.

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