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Zadig ou la Destinée

Voltaire
Zadig retrouve Astarté
Zadig retrouve Astarté

Bibliothèque nationale de France

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Zadig ou la Destinée retrace les mésaventures d’un jeune homme victime d’injustice qui fait l’expérience du monde dans un Orient de fantaisie. Sur le ton de l’humour et de l’ironie, Voltaire se livre à une satire féroce de la société des Lumières.
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Michel Delon parle de Zadig de Voltaire

Les tribulations d’une jeune Babylonien

Zadig est un jeune Babylonien qui croit tout avoir pour être heureux. Mais sa fiancée l’abandonne pour un rival. Puis c’est sa femme qui lui est infidèle. Il cherche alors le bonheur dans la science et se met en péril. La vie mondaine crée des envieux qui lui nuisent : « qu’il est difficile d’être heureux dans sa vie ! »
Retournement de fortune quand le roi Moabdar le nomme premier ministre. Mais la reine Astarté le regarde avec complaisance, ce qui éveille la jalousie du roi. Zadig doit s’enfuir en toute hâte, maudissant l’injustice de la destinée.

Il se figurait alors les hommes tels qu'ils sont en effet, des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue.

Voltaire, Zadig, chapitre IX, 1747

Esclave du marchand Sétoc, il devient l’ami de son maître et fait abolir la coutume de faire brûler les veuves avec le corps de leur mari. Mais on l’accuse d’impiété et il est condamné au bûcher. Il s’enfuit et retrouve Astarté, devenue esclave, qu’il fait libérer. De retour à Babylone, un ermite lui révèle le secret du bonheur : se soumettre aux décrets de la Providence. Tout s’arrange enfin : Zadig épouse Astarté et devient roi.

D’après Longchamp, secrétaire de Voltaire, c’est en 1747, au cours des soirées mondaines données à Sceaux, chez la duchesse du Maine, que l’idée d’écrire des contes inspire à Voltaire ce petit roman, qualifié aussi de conte philosophique. Voltaire aurait écrit Zadig en une journée pour le faire jouer dans le parc de Sceaux le soir même.

Stratégie éditoriale

C’est à Amsterdam que Voltaire fit publier pour la première fois le texte du conte qui, avant de porter le titre de Zadig, devait s’intituler Memnon. Cette version primitive, de 1747, à l’inspiration si conforme à la mode du temps, avait été publiée anonymement par Arkstée et Merkus. Personne, apparemment, ne reconnut la plume du véritable auteur.

Vue du château de Sceaux prise du haut de l’allée de la Diane
Vue du château de Sceaux prise du haut de l’allée de la Diane |

Bibliothèque nationale de France

L‘édition de l’année suivante fut augmentée de deux chapitres, tandis que le chapitre VI se voyait modifié ; la principale innovation résidait dans le changement de nom du héros. C’est grâce à Longchamp, son secrétaire, que l’on a pu reconstituer les conditions précises de la fabrication de l’ouvrage, typiques de la stratégie éditoriale de Voltaire. Il s’adressa cette fois à deux maisons distinctes (Prault à Paris, et Lefèvre à Nancy) : il confia à l’une le début, à l’autre la fin de son texte, écartant ainsi tout risque d’édition sans son aval, et brouillant les pistes en cas d’enquête de police. Il ne lui restait plus, après avoir racheté à Prault la première partie, qu’à faire procéder au brochage et à la couverture des livres en une seule unité. La réalité de ce procédé est attestée par le fait que le treizième cahier, commençant à la page 145, ainsi que les suivants sont d’une impression différente des douze premiers, tandis que la provenance des papiers diffère.

Une critique sur fond de fantaisie orientale

Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.

Voltaire, Zadig, chapitre VI, 1747

Les Mille et Une Nuits
Les Mille et Une Nuits |

Bibliothèque nationale de France

Le thème d’un Orient à la fois exotique et érudit inspirait peintres et graveurs. Voltaire, qui avait lu l’orientaliste d’Herbelot et les Mille et Une Nuits, dédia cette fantaisie à la sultane Sheera, autrement dit la marquise de Pompadour. Depuis la joie de vivre du mondain, le caractère de Voltaire s’est assombri en approchant de la cour et de ses intrigues. La critique politique et sociale se fait jour dans son œuvre qui dénonce, encore discrètement, les défauts de la monarchie.

Conte d’inspiration stoïcienne, ce voyage newtonien illustre également les théories de Locke et de Pope et réunit ainsi les préceptes de la grande trinité philosophique.

Provenance

Cet article provient du site Les Essentiels de la littérature (2015).

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