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Personnalité
Sophie de Ségur
Histoire du livre pour enfants

© Bibliothèque nationale de France
ABC petits contes
L’album dont est issu cet alphabet est au départ un recueil de contes écrit par l’académicien Jules Lemaître pendant les années 1913-1914. L’éditeur Mame le fit illustrer par le grand dessinateur Job (acronyme de Jacques Onfroy de Bréville). Chaque historiette prenant pour titre un mot dont l’initiale est l’une des 26 lettres de l’alphabet, on peut ainsi classer alphabétiquement l’ensemble des contes. Job a fait de ces initiales de titres de véritables lettrines ornées, qu’il a ensuite rassemblées en début d’album, pour former un abécédaire : A pour Âne, B pour Bélier, C pour Canard, etc. ; si bien que cet alphabet fait office de « sommaire », renvoyant le lecteur à chacune des histoires.
© Bibliothèque nationale de France
Des livres destinés aux enfants
« Livre pour enfants », « livre de jeunesse », « livre pour l’enfance et la jeunesse », tous ces vocables suggèrent un livre destiné par sa forme et son contenu à l’enfance : à l’enfant lecteur certes, à l’enfant apprenti lecteur aussi, et même, dès le dernier quart du 19e siècle, à l’enfant qui ne sait pas lire. Les enfants étant par définition des êtres en devenir, en continuelle transformation, les éditeurs vont très tôt décliner leurs collections, ou « bibliothèques », selon les différents âges – et parfois selon la distinction fille/garçon. Le livre va devenir le compagnon privilégié de l’enfance, des berceuses qui endorment le nourrisson jusqu’aux histoires que, tout petit, l’enfant aime écouter, sans oublier les chansons qu’il prend plaisir à fredonner. L’éditeur va prendre en compte également son plaisir à dessiner, à colorier, à se saisir d’un album en carton fort ou en tissu et à regarder des images.

Bébé saura bientôt lire
Réhabilitée par les romantiques, portée par le modèle bourgeois familial, la petite enfance polarise dès les années 1860 l’attention sociale. Le mot « bébé » se répand d’abord dans les milieux cultivés, sous l’influence probable de la nurse anglaise chargée d’un « baby ». Il désigne à cette époque un enfant d’âge préscolaire (de 0 à 6 ans). La « Bibliothèque de Bébé », que Théodore Lefèvre lance au début des années 1870, exprime particulièrement cette tendance. Destinée à une clientèle aisée, cette bibliothèque affirme son désir d’offrir aux enfants une éducation familiale à la fois substantielle et récréative. Les différents titres de la collection : Bébé saura bientôt lire (1874), Bébé sait lire (1876) et Bébé devient savant (1878) articulent acquisition de la lecture et premiers savoirs préscolaires.
Le recours à la gravure sur bois de bout autorise l’imbrication étroite du texte et des illustrations qu’elles soient récréatives ou investies d’un rôle didactique.
© Bibliothèque nationale de France
© Bibliothèque nationale de France

My very first little book of letters
Comme nous l’apprend la dédicace, ce petit abécédaire anglais fut offert par un père à sa fille en 1914. Son ambition ? Le titre le dit assez : être le « tout premier livre », celui qui fera entrer l’enfant dans le monde des « lettres ». S’adressant aux plus jeunes, pas question ici de développer une aride méthode, mais plutôt, à travers le charme des images et sous les dehors d’un parcours ludique, de sensibiliser l’apprenti lecteur à la forme et au son de chaque lettre. Suivant la tradition anglo-saxonne, l’image est légendée d’un quatrain dont le rythme et les rimes aident à la mémorisation. Ce quatrain précise l’analogie établie entre la forme de la lettre et l’élément du quotidien représenté, qui lui sert en quelque sorte d’ancrage sensible. Quelques mots acrophones sont aussi donnés, qui doivent inciter l’enfant à poursuivre le jeu. Dans la seconde partie de l’album, l’une des plus anciennes comptines du répertoire anglais « Great A, Little a, Boucing B... », sert de point de départ à un jeu de reconnaissance des lettres dans la phrase. L’enfant devient alors un petit détective.
Max Bulten : le livre de jeunesse
Dès qu’il sait lire, de nouveaux univers à explorer vont s’offrir à lui : les livres de ses parents, certes, mais aussi des recueils de « leçons de choses », des récits d’aventures, des histoires de « clubs » ou de « clans », etc. Textes et images sont souvent indissociables, si bien qu’étudier l’histoire du livre pour enfants suppose d’envisager à la fois celle de ses auteurs et celle de ses illustrateurs.
Livre pour enfants ou littérature pour la jeunesse
Il est pourtant nécessaire de distinguer « livre pour enfants » et « littérature pour la jeunesse », même si cette distinction reste somme toute théorique. Si on s’intéresse aux publications destinées aux enfants dans une perspective littéraire, c’est-à-dire en s’attachant au corpus des œuvres de fiction mises entre les mains des enfants, on parlera de littérature pour la jeunesse. Si on adopte une perspective historique, en considérant tous les ouvrages écrits et édités pour les enfants – abécédaires, manuels scolaires, documentaires, albums, romans, contes, revues… –, alors on parlera de livres pour enfants.
Au carrefour des domaines littéraire, éditorial, artistique, pédagogique, l’histoire du livre pour enfants est « celle [des] objets culturels de l’enfance et elle dépend donc de la prise en compte de la spécificité enfantine, c’est-à-dire la reconnaissance d’un public enfantin et de ses besoins propres ». Or cette prise en compte a évolué au long des siècles.
Au fait, demandera-t-on, quel est le premier livre pour enfants ? La question fait débat : les historiens achoppent toujours sur la question des origines, les uns citant la Civilité puérile d’Érasme (1530), d’autres prenant pour point de départ l’Orbis sensualium pictus de Comenius (1658), tout à la fois méthode d’apprentissage de la lecture par l’image et premier livre d’images pour enfants, ou bien encore les Histoires ou Contes du temps passé, avec des moralitez de Perrault (1697) et la Suite du quatrième livre de « l’Odyssée » d’Homère ou les Avantures de Télémaque, fils d’Ulysse de Fénelon (1699).

Voyages de Gulliver
Graveur, lithographe et éditeur d’images religieuses, Charles Letaille se fait également à la fin des années 1830 éditeur de livres, proposant pour étrennes, prix et cadeaux, des publications spécialement destinées à la jeunesse. Parmi celles-ci, une « Bibliothèque du jeune âge ou lectures amusantes », série de neuf titres en douze volumes in-18 présentant la particularité d’être ornés de huit ou neuf vignettes découpées, imprimées en sépia, qui se détachent du volume et peuvent être posées debout maintenues par un pied ; leur réunion offre « une peinture animée de l’ensemble de l’ouvrage et de ses charmants détails ». Après L’Histoire d’Aladin, L’Histoire d’Ali-Baba, Paul et Virginie, Les Aventures de Robinson Crusoé, l’éditeur publie Les Voyages de Gulliver. Mais, constatant que l’ouvrage de Swift ne peut être mis entre les mains de la jeunesse dans sa version originale en raison de « l’inconvenance de plusieurs passages qui choquent à la fois et notre délicatesse française et les règles de la morale » mais aussi en raison de sa portée philosophique inappropriée à l’enfance, il ne retient que la partie merveilleuse, à savoir les voyages à Lilliput et à Brobdingnac, venant ainsi enrichir la liste des versions abrégées qui fleurissent depuis le début des années 1820. (C. P.)
Bibliothèque nationale de France
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Le Nouveau Robinson pour servir à l’amusement et à l’instruction des enfans de l’un et l’autre sexe
Bibliothèque nationale de France
Bibliothèque nationale de France
Force est de constater cependant que l’essor du livre pour enfants, en dehors de la pédagogie, ne devient possible qu’à partir du moment où la société reconnaît à l’enfance un statut particulier, ce qui se produit principalement au 18e siècle, dans le sillage de John Locke et de Jean-Jacques Rousseau. Et c’est fort logiquement que le livre pour enfants n’apparaît en tant que genre littéraire à part entière et en tant que secteur éditorial que dans la seconde moitié du 18e siècle, pour connaître son plein épanouissement à partir du siècle suivant. Progressivement se forme également la distinction entre, d’une part, une littérature destinée à l’origine aux adultes puis passée dans le répertoire de l’enfance (Jonathan Swift, Daniel Defoe, Walter Scott, Alexandre Dumas) et, d’autre part, une littérature adressée spécifiquement à la jeunesse, par exemple Les Aventures de Jean-Paul Choppart de Louis Desnoyers, publiées en 1832.
Goûts et attentes des enfants
Se pose également la question des goûts et des attentes des enfants. Comment les connaît-on ? Par les enfants eux-mêmes, sans doute, mais alors, comment les formulent-ils ? Par les adultes aussi, mais quelle interprétation en donnent-ils ?
Roland Topor : « Il y a des livres que les adultes trouvent très compliqués et que les enfants dégustent comme des tartines. Et réciproquement. Il y a des enfants stupides et des adultes idiots. Mais pas dans les mêmes proportions. »

Alice au pays des lettres
Roland Topor, l’auteur et illustrateur de l’histoire, s’est inspiré du livre de Lewis Caroll. En s’endormant sur la page vingt-trois d’un livre, Alice va découvrir un monde étrange, captivant, le pays des lettres. La jeune fille va découvrir la vie autonome des lettres coquines, inventives, drôles, embringuées dans une société particulière où la révolte à l’encontre de Mesdames Grammaire et Syntaxe est tout à fait envisageable !
© Éditions du Seuil
© Éditions du Seuil
Les adultes et les enfants n’ont pas forcément la même perception face à un univers textuel ou graphique. Et les livres pour enfants en disent souvent plus sur les intentions des adultes qui les proposent ou les imposent que sur les attentes des enfants : « Les uns [les adultes], achètent des livres qu’ils ne lisent pas. Les autres [les enfants] lisent des livres qu’ils n’auraient pas achetés… » Cette citation de Marc Soriano extraite de son article consacré à la littérature pour la jeunesse, dans l’Encyclopædia universalis, évoque en filigrane toute la problématique de l’adulte prescripteur et de l’enfant lecteur, des livres parfois incompris, méprisés ou jugés indignes par les adultes, que les enfants dévorent plus ou moins en cachette (Le Club des Cinq, Martine ou Titeuf, pour n’en citer que quelques-uns). Bons livres, mauvais livres, n’est-ce pas en définitive à l’enfant d’en décider ?
Provenance
Cet article provient du site Babar, Harry Potter et Compagnie. Livres d’enfants d’hier et d’aujourd’hui (2008).
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