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Les écritures égyptiennes : principes et styles

Stèle au nom d’Imenemhat
Stèle au nom d’Imenemhat

Photo (C) Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Christian Décamps

Le format de l'image est incompatible
L’écriture hiéroglyphique frappe par son caractère esthétique, peu adapté à l’écriture cursive. Il s’agit d’un système mixte, à la fois idéographique et phonographique, où un signe peut représenter une idée ou un son. Malgré l’utilisation par les scribes de systèmes simplifiés, l’écriture hiéroglyphique s’est maintenue pendant près de trois millénaires et demi sans grands changements.

L’écriture hiéroglyphique est apparue presque en même temps que l’écriture cunéiforme à la fin du 4e millénaire. Elles se sont éteintes à quelques siècles à peine d’intervalle, après n’avoir cessé de se complexifier.

L’Égypte au temps des pharaons
L’Égypte au temps des pharaons

Dans la civilisation égyptienne comme dans la civilisation mésopotamienne, l’écriture semble née d’un besoin pratique. Sur les bords du Nil comme auprès du Tigre et de l’Euphrate, l’écriture, au service d’un pouvoir politique et religieux fortement centralisé, s’est développée aussi comme un instrument de culture et de pensée. Ces deux écritures ont utilisé assez vite un système de notation mixte, idéographique et phonographique.

Mais il faut relever entre les deux systèmes une différence essentielle.

Si l’écriture cunéiforme a évolué de manière spectaculaire vers l’abstraction, l’écriture hiéroglyphique, en revanche, au cours de trois millénaires et demi d’histoire, a conservé un caractère figuratif et esthétique ; à l’époque ptolémaïque, le nombre des signes a augmenté afin d’accroître le pouvoir expressif de l’image qu’ils véhiculent. La notation phonétique n’a ainsi jamais supprimé la notation idéographique, elle l’a complétée.

Principes de l’écriture égyptienne

Trois types d'éléments coexistent dans l'écriture égyptienne

  • des signes logographiques, parmi lesquels figurent les idéogrammes qui signifient ce que les signes représentent. Par exemple, le signe du soleil signifie par extension « clarté », « jour ».
  • des signes phonétiques : ils ne retiennent du signe que sa valeur de son, voire seulement sa première lettre, nécessairement une consonne, l’écriture égyptienne ne notant pas les voyelles. Ils notent un son par l’image d’une chose qui se prononce à peu près de la même manière.
  • des déterminatifs, qui, par exemple, indiquent l’idée du mouvement ; ils précisent dans quelle catégorie d’objets ou de concepts il faut classer le mot écrit à l’aide des signes phonétiques.
Abrégé du Livre des morts
Abrégé du Livre des morts |

© photo RMN / René-Gabriel Ojéda

Les mêmes signes peuvent successivement être utilisés dans chacune de ces valeurs. Ils ne s’excluent pas, mais se complètent.

Phonogrammes

Le système d’écriture hiéroglyphique utilise, à côté des logogrammes ou idéogrammes et des déterminatifs, une palette de phonogrammes dont une série de vingt-quatre signes, équivalents égyptiens de nos consonnes, constituant ce qu’on a désigné par « alphabet égyptien ». Leur combinaison aurait été en principe suffisante pour tout écrire, mais les Égyptiens ne se sont pas souciés d’exploiter ce système. Ils ont donc utilisé ces signes phonétiques pour préciser la valeur phonétique de signes graphiquement plus complexes :

Sortir
Sortir

Par exemple, le signe « maison » se prononce PR et entre dans l’écriture du mot qui signifie « maison ». Mais le signe est aussi employé dans l’écriture du verbe signifiant « sortir » avec la valeur phonétique PR. Quand le signe « maison » est utilisé pour sa valeur idéographique première, il est suivi par un trait vertical. Quand il est employé pour sa valeur de son, il est doublement complété : par un complément phonétique, signe de la « bouche », ayant, ici, la valeur de la consonne R et confirmant que le signe est à lire à partir de sa valeur phonétique PR, et par un déterminatif exprimant l’idée du mouvement et indiquant que le groupe ainsi formé prend le sens de « sortir ».

La parole créatrice

Semelles votives
Semelles votives |

© Bibliothèque nationale de France

Si l’écriture égyptienne n’a jamais renoncé à la représentation des choses et des êtres, c’est parce que les Égyptiens croyaient à l’efficacité magique des hiéroglyphes ; ils pensaient qu’ils pouvaient faire vivre pour l’éternité ce qu’ils écrivaient, aussi sûrement que par la parole créatrice. Ainsi le nom d’un homme inscrit en caractères hiéroglyphiques contenait-il son identité ; détruire ces caractères, c’était réduire cet homme à néant. On attribuait aux figures d’êtres animés de certaines inscriptions le pouvoir de nuire et de mener une vie indépendante ou de se retourner contre le bénéficiaire des textes. C’est pourquoi il arrivait que les têtes des serpents soient délibérément omises ou le corps des oiseaux tronqué... Mais d’autres hiéroglyphes étaient supposés bénéfiques, ils servaient d’amulettes protectrices à leurs propriétaires. L’écriture n’était donc pas seulement pour les Égyptiens un simple outil de communication linguistique.

Accès restreint à la lecture

Un scribe au travail
Un scribe au travail |

Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Daniel Lébée

Toutefois, si l’écriture a joué un rôle immense dans la vie de l’Égypte ancienne, il semble établi qu’un nombre restreint d’individus avait accès à la lecture des textes et à la pratique de l’écriture. Selon des estimations récentes, moins de 1 % de la population aurait été alphabétisée au cours du règne des pharaons. Aussi le fait de savoir lire et écrire conférait-il un statut envié et pouvait-il conduire aux charges les plus élevées.
La fonction de scribe était une place recherchée mais difficile à atteindre.

Les styles d’écriture égyptienne

À la suite de l’écriture hiéroglyphique à caractère monumental, le plus souvent gravée en creux ou en relief sur des matières dures, les Égyptiens ont développé deux styles d’écritures cursives mieux adaptées aux matières plus fragiles : le hiératique et le démotique.

Livre des morts
Livre des morts |

© Bibliothèque nationale de France

L’écriture hiératique

L’écriture hiératique aux signes simplifiés permet une reproduction rapide. C’est l’écriture de l’administration et des transactions commerciales, mais elle sert aussi à noter les textes littéraires, scientifiques et religieux. Sur papyrus ou sur ostraca, elle est tracée à l’encre noire (ou rouge, pour souligner un passage, le début d’un texte ou un total numérique) avec un pinceau fait d’une tige de papyrus.

Livre des morts
Livre des morts |

© Bibliothèque nationale de France

L’écriture démotique

L’écriture démotique devient, à partir du 7e siècle av. J.-C., l’écriture officielle. C’est la seule écriture égyptienne à connaître une large utilisation dans la vie quotidienne ( « démotique », du grec demotika, « écriture populaire » ). Très cursive, riche en ligatures et abréviations, elle a perdu tout aspect figuratif.

Dans aucun de ces styles n’existent de capitales, de ponctuation, de coupure entre les mots.

Compte rendu d’un acte officiel du règne de Ramses II
Compte rendu d’un acte officiel du règne de Ramses II |

Photo (C) Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Poncet

Écriture démotique égyptienne précoce
Écriture démotique égyptienne précoce |

© photo RMN/Hervé Lewandowski


video |

© BnF- Éditions multimédias

Les écritures égyptiennes

Provenance

Cet article provient du site L’aventure des écritures (2002).

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