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Jean-François Champollion, le père de l'égyptologie

Jean-François Champollion
Jean-François Champollion

© Département de l'Isère / Musée Champollion

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1822. Dans la Lettre à Monsieur Dacier,  Jean-François Champollion (1790-1832) annonce sa grande découverte : le déchiffrement des hiéroglyphes. Après des années de labeur acharné, ce fils de libraire, en grande partie autodidacte, donne ainsi naissance à une nouvelle discipline : l’égyptologie.
 

L’enfant de Figeac

C’est en 1790 à Figeac, dans le Lot, que naît Jean-François Champollion. En ce début de Révolution, son père travaille comme colporteur-libraire dans cette petite ville relativement prospère. Dernier de quatre enfants, Jean-François apprend la lecture auprès de son aîné de douze ans, Jacques-Joseph, qui est aussi son parrain. Lorsque celui-ci part à Grenoble, berceau de la famille paternelle, en 1798, il poursuit son apprentissage par l’étude du latin et du grec auprès de l’abbé Calmels, avant de rejoindre son frère en 1801.

La cité médiévale de Figeac restera un lieu de refuge pour les frères Champollion : en 1815-1817, ils s’y établissent ainsi pendant de longs mois, lorsque leurs sympathies bonapartistes les poussent à l’exil après la chute de l’Empire.

Un adolescent précoce à Grenoble

À onze ans, Jean-François découvre donc Grenoble, une ville où il se met à étudier l’hébreu puis d’autres langues orientales, manifestant très tôt son intérêt pour l’étymologie. De 1804 à 1807, Jean-François fréquente le lycée, où, s’il n’est pas un élève passionné, il peut compléter ses connaissances. Joseph Fourier, préfet de l’Isère et ancien de l’expédition d’Égypte, proche de son frère influence sans doute son choix de se tourner vers l’étude de la langue égyptienne.

Remarques sur la fable des géants
Remarques sur la fable des géants |

BnF, département des Manuscrits, NAF 20327, folio 12

En 1807, Jean-François fait sa première présentation devant l’Académie delphinale, intitulée Essai de description géographique de l’Égypte avant la conquête de Cambyse. Il en devient membre correspondant par la suite. La reconnaissance académique de ses premiers travaux est le fruit d’une étude poussée des langues et des encouragements de son frère, qui aiguille ses recherches, comme en atteste la riche correspondance qu’ils échangent dès qu’ils sont éloignés. Très attaché à la région, Champollion se décrit comme un « Dauphinois endiablé » ; il n’a de cesse de passer par Grenoble et par Vif, où son frère possède une maison suite à son mariage avec Zoé Berriat, fille d’un notable local, notamment lorsqu’il traverse les Alpes pour aller étudier les collections égyptiennes du Piémont ou de Toscane.

À Paris, étudiant sans le sou

En 1807, toujours recommandé par son frère, Jean-François Champollion rejoint Paris où il suit les cours de l’École spéciale des langues orientales, abritée au sein de la Bibliothèque impériale. Il se forme aussi en en persan auprès de Silvestre de Sacy au Collège de France et s’adonne avec ferveur au copte, qu’il veut « savoir comme son français ». Il passe aussi deux années à améliorer sa maîtrise de l’arabe et de l’hébreu, à découvrir de nouvelles langues – parfois très éloignées comme l’étrusque et le chinois – tout en s’intéressant dès 1809 aux inscriptions de la Pierre de Rosette.

Mon Cher Ami ! Tu me conseilles d'étudier l'inscription de Rosette. C'est justement là par où je veux commencer.

Lettre de Jean-François Champollion à son frère, 21 avril 1809
La Pierre de Rosette
La Pierre de Rosette |

© British Museum
 

Ce séjour parisien est toutefois difficile, car il se sent peu à l’aise dans les salons mondains et manque d’argent pour s’habiller correctement, comme il s’en plaint régulièrement dans les lettres adressées à son aîné. En octobre 1809, il retourne donc à Grenoble. La ville lui offre un poste de professeur d’histoire adjoint d’histoire ancienne qu’il occupera tant bien que mal en fonction des changements de régime jusqu’en 1821, en dehors de deux années d’exil. Cette période d’enseignement est formatrice et participe au souci de transmettre qui guidera une grande partie de sa carrière.

L’année 1821 est finalement marquée par son déménagement à Paris avec Rose, dite Rosine Blanc, qu’il a épousé en 1818 et dont il aura une fille, Zoraïde, en 1824.

Premiers pas vers une reconnaissance parisienne

Extrait de la lettre adressée à Monsieur Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques
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Extrait de la lettre adressée à Monsieur Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques

En septembre 1822, ses recherches aboutissent enfin avec sa Lettre à M. Dacier. À 32 ans, elles le positionnent ainsi comme un sérieux concurrent pour les postes convoités par les anciens de l’expédition d’Égypte, comme le géographe Edme-François Jomard. Jacques-Joseph n’a de cesse de modérer le caractère parfois tranché de son cadet pour qu’il fasse sa place dans le milieu académique parisien.

Il faut te faire connaître à Paris pour pouvoir réussir ailleurs et à Paris.

Lettre de Jacques-Joseph Champollion-Figeac à son frère, 4 juillet 1809

Preuve de leur collaboration intellectuelle constante, il rédige lui-même la Lettre, placée sous les auspices de leur protecteur, Bon-Joseph Dacier, alors secrétaire de perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres.

Extrait de la lettre adressée à Monsieur Dacier relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques

Jean-François Champollion
Paris, le 22 septembre 1822 Monsieur, Je dois aux bontés dont vous m’honorez l’indulgent intérêt que...
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Malgré les critiques, Champollion est nommé en 1826 conservateur de la « division des monuments égyptiens et orientaux » du Musée Charles X, qui ouvre l’année suivante. Il en rédige le premier catalogue (Notice descriptive des monuments égyptiens au Musée Charles X) et veille à inventorier, classer et enrichir les collections réparties thématiquement dans quatre salles, toujours avec un grand souci de pédagogie.

Voyages en Europe et en Égypte

Outre son étude des collections conservées à Paris, Lyon ou encore Aix-en-Provence, Champollion se rend entre 1824 et 1826 à Florence, à Rome, au Vatican et surtout à Turin, dont le musée accueille alors la plus grande collection d’antiquités pharaoniques hors d’Égypte. Il y parcourt notamment le fameux papyrus du Canon royal, décisif pour établir une chronologie de la civilisation égyptienne et admire de nombreuses statues et stèles qui lui servent à illustrer son Panthéon égyptien, édité en plusieurs livraisons à partir de 1823.

Feuillet évoquant la méthode de travail de Champollion 
Feuillet évoquant la méthode de travail de Champollion  |

© Bibliothèque nationale de France

Hathor
Hathor |

© Bibliothèque nationale de France


Ses visites de musées lui permettent de nouer de solides amitiés, par exemple avec Ippolito Rosellini, en compagnie duquel il organise deux années plus tard sa mission en Égypte. Enfin, c’est lors d’un séjour à Livourne en 1826 qu’il s’éprend de la poétesse Angelica Palli à qui il écrit plusieurs missives plus intimes, dévoilant une autre facette du personnage – un attachement qui n’a toutefois pas été payé de retour (Lettres à Zelmire).

Une lettre d’un de ses collègues italiens indique en outre qu’il a effectué avec son frère un séjour en Angleterre en 1824,  sans aucun doute pour voir la Pierre de Rosette au British Museum, même si aucun de ses courriers n’évoque ce voyage. On ne sait donc pas ce qu’il a ressenti en voyant pour la première fois la célèbre Pierre sur laquelle il a travaillé pendant de longues années…

En 1828-1829, son séjour dans la vallée du Nil à la tête d’une mission franco-toscane lui permet de conforter in situ ses hypothèses. Prévue initialement pour un an, la mission est finalement  prolongée de six mois. Champollion en rapporte des milliers de relevés de hiéroglyphes et de dessins, qui lui servent à compléter ses publications en cours, mais aussi à en envisager d’autres, éditées seulement après sa mort.

L'expédition franco-toscane en Égypte
L'expédition franco-toscane en Égypte |

© Musée archéologique national de Florence

À son retour d’Égypte, il est reçu à l’Académie des Inscriptions et belles-lettres puis en 1831, nommé à la chaire d’archéologie nouvellement créée au Collège de France. Une belle revanche pour un autodidacte… et des nominations qui n’auraient pu se faire sans le réseau de relations tissé par son frère.

Il y a longtemps que tu me prouves que moi c’est toi. Mon cœur m’assure que nous ne ferons jamais deux personnes. Maudit soit le jour qui amènerait cette distinction

Lettre de Champollion à son frère, 1818

Tombe de Ramsès VI
Tombe de Ramsès VI |

© Bibliothèque nationale de France

Mais le voyage d’Égypte l’a épuisé et Jean-François Champollion sent sa santé décliner. À sa mort, à Paris, le 4 mars 1832, il est à la fois reconnu et toujours décrié par une partie du milieu académique parisien. Son frère, poursuit son œuvre, qu’il fait publier de manière posthume. Ainsi paraissent, dans les années suivantes, les Monuments de l’Égypte et de la Nubie (1835-1845) et la Grammaire égyptienne (1836). En 1833, Jacques-Joseph veille également à faire acquérir par l’État les manuscrits de l’égyptologue qui rejoignent la Bibliothèque royale ; ils sont reliés en 88 volumes rassemblant notes, brouillons, lettres, cartes, relevés, calques, estampages... Un véritable monument de papier qui donne à voir la prodigieuse force de travail d’un savant à la carrière fulgurante, fondateur d’une nouvelle discipline promise à un bel avenir : l’égyptologie.

Temple de Karnak
 
Temple de Karnak
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© Bibliothèque nationale de France

Grammaire égyptienne
Grammaire égyptienne |

© Bibliothèque nationale de France


Provenance

Cet article a été conçu à l'occasion de l'exposition L'aventure Champollion, dans le secret des hiéroglyphes, du 12 avril au 24 juillet 2022 à la BnF.

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