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Une société religieuse

Couronnement de Lothaire, Lothaire et Richard sans Peur
Couronnement de Lothaire, Lothaire et Richard sans Peur

Bibliothèque nationale de France

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La religion imprègne en profondeur les sociétés de l'Occident médiéval. L'Église sacre les rois, concentre dans ses mains le savoir et les enseignements, assiste les malades, les prisonniers et les pauvres, recueille les enfants abandonnés. Alors que la vie se déroule au rythme des fêtes religieuses, nombreux sont ceux qui prennent le bâton du pèlerin pour rendre grâce à Dieu, à la Vierge ou aux saints.

Un roi très chrétien

Le 25 décembre 498 selon la tradition, Clovis se fait baptiser ; le pouvoir, lié jusqu'alors à des origines familiales (appartenance à la famille de Mérovée) et à des capacités militaires (le roi doit être un chef de guerre), bascule dans la sphère du sacré.
Pépin le Bref, en 754, usurpant le pouvoir aux Mérovingiens, légitime son acte en se faisant sacrer une première fois par l'évêque Boniface, puis par le pape Étienne II.

De même, quand Hugues Capet, élu par ses pairs à la dignité royale, met fin à la dynastie carolingienne, il est sacré à la cathédrale de Reims.

Désormais la cérémonie du sacre donne lieu à un rituel extrêmement codifié, un ordo, qui sera plusieurs fois remanié par des rois soucieux de garantir ainsi leur légitimité.

Une représentation chrétienne du monde

Les trois parties du monde
Les trois parties du monde |

© Bibliothèque nationale de France

En Occident, les mappemondes médiévales héritent des représentations antiques partiellement conservées, et reflètent la manière dont la chrétienté conçoit l'évolution historique et la localisation de l'humanité.

Conformes à la division tripartite du monde dans l'Antiquité – Asie, Libye (Afrique) et Europe –, elles y superposent le partage réalisé après le Déluge entre les fils de Noé : l'Asie des hommes libres ou des prêtres pour Sem, l'Afrique des esclaves ou des travailleurs pour Cham, l'Europe des guerriers pour Japhet. Cette référence biblique permet d'embrasser l'humanité entière dans ses divisions ethniques et sociales. Le schéma géométrique dit en « T.O. » se trouve dans des manuscrits dès le 8e siècle : le cercle des terres habitées rassemble les trois continents inscrits dans le O de l'anneau océanique, séparés par le T formé avec la Méditerranée pour montant et l'axe Nil-Tanaïs (Don) comme barre.

La vision cosmique de la Terre s'inscrit dans une perspective spirituelle et théologique fondamentale. Le centre de l'univers ne peut être que la Terre où Adam et Ève ont vécu, où le Christ s'est incarné et a subi la Passion. La carte est dessinée avec l'Orient et le paradis terrestre en haut ; elle est complétée parfois par la figure du Christ dont la tête apparaît à l'est, les pieds à l'ouest, et les mains au nord et au sud, pour mieux montrer qu'elle est représentation spirituelle de la chrétienté, donc de Jésus incarné parmi les hommes. Cette orientation lui donne sa signification profonde, renforcée par l'indication de son centre géométrique et spirituel, Jérusalem, qui acquiert une valeur particulière dans le contexte de la croisade, à partir du 12e siècle.

L'emplacement du Saint-Sépulcre avec le tombeau du Christ ressuscité en fait « l'ombilic de la Terre habitable » ; c'est de là, à égale distance du paradis terrestre à l'est – au commencement du temps et de l'espace – et de l'Occident – où se dressent les colonnes d'Hercule, signes de l'extrémité de la terre habitée –, qu'a été diffusé le message divin.

Dévoilement de la puissance divine, la mappemonde en T.O. est à la fois un schéma géographique, de plus en plus complexe, et un objet de méditation spirituelle. C'est aussi un récit de l'histoire du salut, inscrit dans la linéarité de l'espace et du temps, depuis l'Orient, lieu de la naissance édénique de l'humanité, jusqu'à l'Occident de la mort et de la fin des temps, en passant par l'événement central de l'incarnation et de la rédemption.

Le temps des cathédrales

Élévations intérieure et extérieure d’une travée de la nef de Reims
Élévations intérieure et extérieure d’une travée de la nef de Reims |

© Bibliothèque nationale de France

La période médiévale est l'âge d'or de l'architecture religieuse. À partir du 12e siècle, les formes ramassées et arrondies de l'art roman font place à l'architecture élancée et lumineuse des cathédrales de l'art « français », appelé aujourd'hui « gothique ». L'initiative en revient à Suger, abbé de Saint-Denis où sont enterrés les rois de France. Il veut mettre en valeur les nombreuses reliques rassemblées dans son abbaye et fait détruire l'ancienne église carolingienne pour la remplacer par un chœur percé de vastes fenêtres inondant les reliques de lumières. En 1144, pour l'inauguration du nouveau chœur, il invite le roi, les pairs du royaume et tous les évêques de France. Chacun n'aura de cesse de se faire construire une cathédrale plus belle et toujours plus élancée jusqu'à ce qu'en 1284, la voûte de la cathédrale de Beauvais s'écroule…

L'architecture gothique s'affirme jusqu'au 15e siècle, mobilisant d'énormes moyens financiers et humains. Parallèlement, la statuaire, la peinture murale et la sculpture sur bois atteignent des sommets de raffinement.

Auberge de Dieu, la cathédrale sert de refuge à une population de mendiants ou de voyageurs ; vide de chaises, on y déambule librement, on y parle à voix haute ; certains métiers y tiennent réunion pendant que les étudiants y suivent un cours. Les clercs y organisent des mises en scène de l'histoire du Christ qui quitteront bientôt l'intérieur de l'église pour le parvis. À travers mystères et passions, naît ainsi, en France, le théâtre.

Le savoir aux mains de l'Église

L’arbre à alphabet
L’arbre à alphabet |

© Bibliothèque nationale de France

Durant tout le Moyen Âge, l'Église est, avec les princes, le principal commanditaire des artistes et des artisans ; elle a le monopole de l'instruction et contrôle les grands domaines du savoir.

En 789, Charlemagne ordonne que les évêques et les abbés ouvrent des écoles pour enseigner les psaumes, le chant, le calendrier religieux et la grammaire. Mais la décision de Charlemagne se met lentement en place et, à l'effondrement du pouvoir central au 10e siècle, ne subsistent que les écoles monastiques. Les élèves qui suivent cet enseignement apprennent à écrire sur des tablettes de cire, à lire le latin, assimilent la grammaire à partir des textes des pères de l'Église et des rudiments de calcul en se servant de leurs doigts. À partir du 11e et surtout du 12e siècle, on assiste à un nouveau développement de l'école. Les écoles monastiques disparaissent au profit d'écoles urbaines : écoles cathédrales, écoles canoniques et écoles privées. La multiplication de ces écoles fait des maîtres et des étudiants un nouveau groupe social qui tend à s'organiser. C'est ainsi que naissent au 13e siècle les universités.

Une lente laïcisation

Des rudiments à l’Université
Des rudiments à l’Université |

© Bibliothèque nationale de France

Dans l'histoire de la civilisation occidentale, un tournant décisif se produit au 12e siècle lorsque, dans la chrétienté, la raison commence à concurrencer la foi, le souci de vérité à empiéter sur la croyance, et que les meilleurs esprits, bravant le dogme de la chute originelle de l'homme, aperçoivent pour lui la possibilité d'un progrès matériel et moral. Les signes les plus visibles de ce changement fondamental de mentalité sont dans le renouveau d'une économie marchande et monétaire, qui bouleverse les conditions d'existence, dans l'affirmation des libertés urbaines, l'essor des pouvoirs monarchiques et la naissance des administrations. Ils sont aussi dans la succession rapide des inventions utiles : moulins à propulsions diverses, ponts articulés, horloge mécanique, boussole, gouvernail d'étambot, canon et lettre de change. Mais les signes les plus profonds se manifestent dans le renouvellement des supports et des expressions de la pensée.

L'art du livre

Flavius Josèphe dans son cabinet
Flavius Josèphe dans son cabinet |

© Bibliothèque nationale de France

Pendant toute la première partie du Moyen Âge, le livre reste le monopole des églises et des monastères. La majorité des livres sont des textes religieux ou des recueils de textes antiques à usage didactique, écrits en latin. À partir de la seconde moitié du 12e siècle, l’essor des villes puis des universités entraîne une demande croissante de livres en langue vernaculaire. De nouvelles structures de production du livre se développent sous le contrôle étroit des autorités universitaires : une organisation du travail se met en place qui partage entre de nombreux scribes les différents cahiers du modèle, l’exemplar, pour en assurer plus rapidement la copie.

Autour d’un nouveau personnage, le libraire, gravitent parcheminiers, copistes, enlumineurs et relieurs. Désormais laïcs, les métiers du livre connaissent à partir du 14e siècle un remarquable épanouissement lié à l’essor du mécénat princier. Les rois, imités par l’aristocratie, encouragent auteurs et traducteurs en distribuant pensions et récompenses et passent commande de manuscrits somptueux.

L’enlumineur est guidé dans son travail par un programme iconographique qui lui est signifié sous forme d’indications écrites ou d’esquisses à la mine de plomb, destinées à être effacées avant la remise de l’ouvrage au destinataire. Celles qui ont échappé au grattoir du libraire constituent un témoignage précieux pour la connaissance des méthodes de fabrication du livre au Moyen Âge.

Seuls les très grands artistes peuvent échapper à l’empire des modèles et procéder parfois à une libre relecture des textes.

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