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À la cour du roi Arthur

Lancelot contant ses aventures
Lancelot contant ses aventures

© Bibliothèque nationale de France

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Lieu où siègent les chevaliers de la Table ronde, la cour arthurienne est le lieu par excellence de la chevalerie et de ses valeurs : aventure, vaillance et honneur.

« Toujours on parlera des bons chevaliers qui, à la cour, furent choisis pour siéger à la Table ronde et de leurs propres prouesses, car jamais quelqu’un venu demander leur aide - pourvu qu’il pût montrer son bon droit - ne s’en est retourné dépourvu de secours (Roman de Jaufré, 13e siècle). Dans les romans français de la fin du 12e siècle et du 13e siècle, l’expression « chevaliers de la Table ronde » est devenue synonyme de chevalerie arthurienne. Les auteurs, tout particulièrement Chrétien de Troyes, reprennent ce motif et l’intègrent dans un univers romanesque nourri de réminiscences de la matière de Bretagne. Les sources de Chrétien de Troyes étaient vraisemblablement en grande partie celtiques, contes et récits lointains circulant oralement et présentant des schémas qui annoncent parfois certains motifs romanesques : enlèvement de reines, voyages dans l’au- delà, quête d’objets merveilleux, etc. De ce fonds ancien, imprégné de mythologie, Chrétien de Troyes a tiré des romans structurés, habilement agencés, où la matière arthurienne s’organise selon le modèle féodal.

Tournoi de Camelot
Tournoi de Camelot |

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Boccace, De casibus virorum illustrium
Boccace, De casibus virorum illustrium |

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La cour d’Arthur rallie les meilleurs chevaliers du monde

Les récits s’ouvrent le plus souvent sur une scène présentant la cour dans toute sa splendeur, symbolisée par l’assemblée prestigieuse des chevaliers de la Table ronde lors des fêtes solennelles, comme l’Ascension ou la Pentecôte, ou bien lors de mariages ou d’un couronnement. Ainsi, dans Érec et Énide, l’auteur dénombre trente et un chevaliers présents. Quelques-un étaient déjà nommés par Wace, comme Gauvain, Lot, Keu et Bédoier ; beaucoup sont ajoutés par Chrétien de Troyes. Aux plus grands noms portés par des chevaliers issus de haut lignages, tels Érec, Lancelot, Sagremor, Gomemant de Goort, sont mêlés des personnages moins connus, comme Banin, Karados Court-Bras ou Bliobléris. Dans d’autres romans, des aventures de premier plan sont réservées à Yvain, Calogrenant ou Perceval. Combien de chevaliers font partie de cette compagnie de la Table ronde ? Le roman Merlin, dit cent cinquante, mais d’autres texte doublent le chiffre. Les récits jouent de cette imprécision mais s’accordent sur le fait que la vitalité de la Table ronde est constante et qu’elle concerne uni élite. Douze chevaliers hors de pair son parfois désignés parmi tous comme les meilleurs.

L’honneur d’être admis à cette Table ronde est fort grand et les qualités du chevalier qui mérite d’y prendre plan éclatent aux yeux de tous. C’est tout d’abord sa valeur chevaleresque qui est en cause, et le meilleur moyen pour un jeune homme de montrer ce qu’il vaut est de se mesurer aux compagnons de la Table ronde eux-mêmes. C’est par exemple ce que fait Perceval lorsqu’il arrive pour la première fois à la cour d’Arthur, du moins selon la version racontée par Robert de Boron. Tous les regards se portent alors sur ce chevalier qui se voit désigné comme « mereoir a toutes gens » : miroir, car il reflète les qualités exigées à la Table ronde et tous se reconnaissent en lui, mais aussi modèle, car il vient d’accomplir un exploit qui le qualifie. Ainsi, le chevalier admis à cette place d’honneur s’identifie-t-il à la gloire de la cour d’Arthur.

Érec et Énide
Érec et Énide |

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Arthur chassant le cerf blanc
Arthur chassant le cerf blanc |

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La réputation des chevaliers de la Table ronde

Roman de Merlin
Bien d’autres chevaliers les suivirent, et en si grand nombre que je ne peux tous les citer ; mais je...
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Le chevalier errant en quête d’aventures

Attiré et fasciné par cette société, le chevalier doit l’être aussi par l’aventure. Il n’occupe une place à la Table ronde que pour la quitter à nouveau et retourner à la recherche de l’épreuve qui prouvera sa valeur. C’est auprès de cette Table que s’ouvrent et se terminent les quêtes et les expéditions. De la cour arthurienne partent tous les chevaliers, appelés les uns après les autres à des aventures prestigieuses, non seulement par souci de leur gloire mais pour obéir à une sorte de mission qui leur est réservée : soit ils cherchent à sauver l’honneur de la cour, comme Lancelot ou Gauvain s’élançant à la poursuite de la reine Guenièvre enlevée par Méléagant (Le Chevalier à la charrette ou Lancelot, de Chrétien de Troyes) ou comme Perceval partant punir le Chevalier Vermeil d’avoir osé défier le roi Arthur (Le Conte du Graal ou Perceval, de Chrétien de Troyes) ; soit ils affrontent des coutumes anciennes et merveilleuses, comme Érec qui va chasser un cerf blanc (Érec et Énide, de Chrétien de Troyes) ou comme Yvain qui assiste aux prodiges de la fontaine de Laudine dans la forêt de Brocéliande (Le Chevalier au lion ou Yvain, de Chrétien de Troyes).

Lancelot combattant deux lions et un léopard surgis par enchantement
Lancelot combattant deux lions et un léopard surgis par enchantement |

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L’aventure est alors à chaque fois individuelle, mais lorsque le chevalier vainqueur revient à la cour, la joie collective est telle que le héros rehausse et consacre par sa prouesse l’institution de la chevalerie à laquelle il appartient. Les romans arthuriens ont créé ainsi le personnage superbe du « chevalier errant », toujours disponible, toujours en quête d’aventures, et qui ne songe qu’à partir et à prouver sa valeur avant de revenir à la cour parmi ses pairs de la Table ronde. Son unique souci est de ne pas paraître « recréant », c’est-à-dire qu’on puisse l’accuser d’oublier ce qui doit être la justification de l’existence d’un chevalier.

Le Conte du Graal
Le Conte du Graal |

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Cycle du Lancelot-Graal
Cycle du Lancelot-Graal |

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Au centre de cette cour règne donc le roi Arthur, modèle de sagesse et de courtoisie. Par sa générosité et sa détermination, il encourage les chevaliers à prouver leur vaillance. Il distribue présents et richesses avec libéralité, et sa royauté est liée à ces dons par lesquels il s’attache ses vassaux, tenus de répondre à ces bienfaits par des exploits qui vont, en retour, rehausser l’éclat de sa cour.

Le roi Arthur cautionne les exigences chevaleresques

Dans les romans arthuriens, tout particulièrement ceux de Chrétien de Troyes, la Table ronde et la convivialité d’Arthur avec ses chevaliers symbolisent l’équilibre du royaume. Quand il arrive au roi d’oublier ses devoirs, lorsqu’il néglige de distribuer ses biens et d’organiser des fêtes, ses chevaliers se dispersent et la cour sombre dans la tristesse et la décadence. Il faut alors qu’un nouveau venu se manifeste et se lance dans des aventures qui permettront à la cour de retrouver son rayonnement. C’est le cas dans le roman du Conte du Graal où Chrétien de Troyes montre le roi Arthur pensif, au bout de la Table, parce qu’aucun chevalier n’a relevé le défi lancé par le Chevalier Vermeil. C’est Perceval, encore naïf et impatient, qui partira alors à la conquête des armes de ce chevalier.

Roman de Tristan
Roman de Tristan |

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Arthur et les nouveaux chevaliers de la Table ronde
Arthur et les nouveaux chevaliers de la Table ronde |

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Ainsi le rôle joué par la cour du roi rythme-t-il les récits arthuriens : les chevaliers de la Table ronde lui procurent tout son dynamisme et sont les garants de sa vitalité, à condition que le souverain les incite à donner toute la mesure de leur valeur, physique et morale. Pour les aventures que doivent affronter les héros, la vaillance est, certes, indispensable, mais n’est pas seule en cause : les chevaliers agissent aussi selon un code de l’honneur, au nom de la justice et du droit, et mettent volontiers leurs forces et leur épée au service des défavorisés. C’est en effet à la cour que l’on vient demander aide ou protection, que des demoiselles réclament vengeance pour la mort de leur ami ou de leurs parents, que des reines assiégées envoient des messagères pour que l’on vienne à leur secours. La cour arthurienne n’est jamais en défaut car il y a toujours un chevalier de la Table ronde pour accepter la mission qui se présente. Les valeurs ainsi exaltées dans ces romans arthuriens ne sont plus seulement liées à la gloire et à la renommée mais sont fondées sur une exigence éthique et un accomplissement moral indéniables qui rejoignent les valeurs chrétiennes.

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