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Les livres dans la tradition juive

Une Alliance gravée dans la pierre
Une Alliance gravée dans la pierre

© Bibliothèque nationale de France

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Dans le judaïsme, le livre est un élément fondamental de l’existence des individus et des sociétés. Lire, interpréter et écrire les livres est un devoir pour chacun.

Pour le judaïsme, la construction de l’individu et de la société passe par la lecture, l’étude et l’interprétation. Ainsi le rapport au livre n’est pas seulement un accident de l’existence mais une des conditions sine qua non de la possibilité même de la vie. Parmi les 613 commandements, le dernier, l’ultime, est justement l’obligation pour chaque homme et pour chaque femme d’écrire un livre  la Torah ou ses commentaires, ou, de façon dérivée, toute autre forme d’écriture, poésie, roman, essai.

Le peuple de l’interprétation du livre

Quand on entend parler de judaïsme, souvent reviennent les termes de Torah, de Talmud, de Kabbale, de Midrach (commentaire), de Halakhah (réflexions sur la constitution et la construction des lois), de Aggadah (récit, mythe, anecdotes, remarques biographiques, jeux de mots, tout ce qui n’est pas directement juridique). Ces termes désignent des livres et des catégories de textes et de pensées différents, dans lesquels est expliqué le judaïsme.

Al-Maqâmât (Les Séances)
Moïse transmet les Tables de la loi à son peuple |

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« Le peuple du Livre » est une expression célèbre. On l’applique souvent au peuple juif mais ce n’est pas une expression tout à fait exacte, le peuple juif n’est pas « le peuple du Livre » mais « le peuple des livres » ou, selon une formule d’Armand Abécassis, « le peuple de l’interprétation du livre. » Il faut en effet insister sur ce point, le judaïsme n’a pas pour base qu’un seul livre car, à côté de la Bible, il en existe un autre, le Talmud. Seule la Bible, on dit parfois la Torah, éclairée et interprétée par le Talmud inscrit le lecteur dans une lecture juive des Écritures.

Loi écrite et Loi orale

Ainsi le judaïsme repose sur deux enseignements : un enseignement écrit ou Torah ché bi-khtav, qui va devenir la Bible (en hébreu Tanakh), et un enseignement oral ou Torah ché be-al-pé, littéralement « la loi qui est sur la bouche », qui deviendra le Talmud et le Midrach et certains textes de la Kabbale de l’époque talmudique.
L’enseignement écrit ou encore Loi écrite, Torah chébikhtav, est ce que nous appelons communément la Bible. Par son origine, le mot Bible, dérivé du grec, est pluriel.

Abrégé du Talmud
Abrégé du Talmud |

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Les traducteurs grecs de rouleaux très anciens écrits en hébreu utilisèrent, pour nommer ces rouleaux, l’expression ta biblia (les livres) d’où, par l’intermédiaire du latin biblia, a été tiré le féminin singulier « Bible. » L’étymologie grecque nous renvoie à biblion et à biblos, nous expliquant que biblos signifie d’abord « écorce intérieure » ou « mœlle du papyrus », d’où « écorce » en général et, par dérivation, « papier à écrire », « tablette à écrire », « livre », « écrit ». C’est donc la matérialité du support qui donne son nom au livre, matériau sur lequel on peut inscrire des signes qui font trace, mémoire et sens.

Structure de la Bible hébraïque : le Tanakh

La Bible se présente comme une collection d’ouvrages, collection dont le contenu diffère selon les traditions qui s’en réclament (Bible hébraïque ou juive, Bible catholique ou protestante.)

La Bible hébraïque est divisée en livres, eux-mêmes divisés en chapitres et en versets ; ainsi lorsqu’on donne une référence, on cite le nom du livre, le numéro du chapitre et le numéro du verset : par exemple, Jérémie, III, 14 signifie livre de Jérémie, chapitre III, verset 14. Elle comprend trois grandes parties : le Pentateuque ou Torah, les Prophètes ou Neviim, les Hagiographes ou Ketouvim. En hébreu le mot Bible n’a pas d’équivalent, on utilise le mot TaNaKH, composé à partir des initiales des mots Torah, Neviim et Ketouvim. La Torah, c’est le Pentateuque (du grec penta qui veut dire « cinq » ), ce sont les cinq livres écrits par Moïse  en hébreu on dit le Houmach (de hamèch, cinq) ou on utilise le terme de Torah. Ce mot vient de la racine yarah dont découle le mot hora’ah qui veut dire « enseignement » ; il signifie aussi « parent » et « fécondité » (la « grossesse » se dit hérayon). C’est aussi essentiellement la transmission de l’idée qu’il existe un but dans l’existence et que nous avons chacun le devoir de rechercher le sens de ce but. Torah peut désigner par extension les trois parties de la Bible hébraïque et, par abus de langage, tous les textes juifs traditionnels...

Des siècles de construction ininterrompue du judaïsme
Des siècles de construction ininterrompue du judaïsme |

© Bibliothèque nationale de France

Des siècles de construction ininterrompue du judaïsme
Des siècles de construction ininterrompue du judaïsme |

© Bibliothèque nationale de France


Les 613 commandements ou mitsvot

Un des mots clefs de la Bible que l’on retrouve dans le Talmud est le mot mitsva (pluriel : mitsvot, de la racine tsavah, ordonner), c’est un « commandement », une « ordonnance ». La tradition orale nous a transmis le nombre de 613 mitsvot, toutes inscrites dans le Pentateuque, subdivisées en 248 mitsvot positives et en 365 mitsvot négatives.

La Halakhah et la Aggadah

La Torah comporte deux catégories de textes totalement imbriquées l’une dans l’autre. Il y a, d’une part, les textes qui racontent l’histoire : le récit de la Création du monde ; l’histoire des patriarches et des matriarches ; les épisodes de la vie des Hébreux en Égypte et dans le désert, etc. Ces textes narratifs constituent la catégorie appelée Aggadah (récit).

D’autre part, il y a les textes purement législatifs, prescriptifs, qui expliquent ce qu’il faut faire et ne pas faire ; cette seconde catégorie est dite Halakhah (loi). Ces deux catégories sont les clefs de la compréhension du texte biblique, du Midrach et du Talmud.

Les cinq livres de Moïse ou le Houmach

Les noms hébreux de ces cinq livres correspondent au premier mot, ou à l’un des premiers mots, du premier verset de chacun de ces livres. Le premier livre, Beréchit (littéralement « Au commencement » ou Genèse), relate l’histoire du monde depuis la Création jusqu’à Abraham, puis l’histoire de la famille d’Abraham jusqu’à la mort de Joseph en Égypte. Le second livre, Chemot (littéralement « Noms » ou Exode), contient le récit de l’Exode, de la révélation du Décalogue au Sinaï et de l’édification, après l’incident du Veau d’or, de la tente du Rendez-vous, ou michkan. Dans le troisième livre, Vayiqra (littéralement « Il a appelé » ou Lévitique, loi des prêtres), on trouve essentiellement des prescriptions religieuses et sociales, dont le célèbre verset « Et tu aimeras ton prochain comme toi-même » 1 et aussi toutes les lois concernant le culte au temple, dont les sacrifices. Le quatrième livre, Bamidbar (littéralement « dans le désert » ou Nombres), débute par le dénombrement du peuple, ou reprend le récit du séjour des Hébreux dans le désert, jusqu’à l’annonce de la mort prochaine de Moïse à la fin de la quarantième année. C’est le testament de Moïse que contient le cinquième livre, Devarim (littéralement « Paroles » ou Deutéronome, c’est-à-dire « répétition de la Loi » ), sous forme d’un discours qui reprend la plupart des grands thèmes exposés précédemment dans la Torah.

Bible hébraïque
Bible hébraïque |

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Les Prophètes ou Neviim

En hébreu prophète se dit navi ou nabi, le pluriel masculin se terminant par la désinence im : donc Neviim. Les Neviim se composent des Livres de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois, des trois « Grands prophètes » (Isaïe, Jérémie, Ézéchiel), des douze « Petits prophètes » (Osée, Yoël, Amos, Obadia, Jonas, Michée, Nahoum, Habacuc, Sophonie, Hagée, Zacharie, Malachie), le terme « Petit » dans l’expression « Petits prophètes » ne désignant pas la qualité de la prophétie mais la longueur du texte, réduit à un seul court chapitre dans le cas d’Obadia.

La Parole de Dieu est sanctuaire
La Parole de Dieu est sanctuaire |

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Sept siècles de visions prophétiques
Sept siècles de visions prophétiques |

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Aux bordures de la Révélation
Aux bordures de la Révélation |

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Les Hagiographes ou Ketouvim

Dans cette troisième partie de la Bible, on trouve les « Écrits », Ketouvim (de katouv, écrit), textes qui n’appartiennent pas à la catégorie historique, qui ne racontent pas l’histoire du peuple juif ni le récit des prophéties rattachées ce sont des textes de sagesse ou des histoires symboliques comprenant les Psaumes, les Proverbes, Job, le Cantique des cantiques, Ruth, les Lamentations, l’Ecclésiaste, Esther, Daniel, Esdras, Néhémie et les Chroniques. Le total de ces livres est de 36, cependant la tradition n’en compte que 24 car elle considère les 12 « Petits prophètes » (les Tré-assar c’est-à-dire « les douze » ) comme un seul livre divisé en douze parties (24 se dit en hébreu kad, ce qui signifie la « cruche », moyen mnémotechnique pour retenir le nombre de livres).

Notes

  1. Lévitique, XIX, 18.

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